1789 !

(Mémoires Comte DUFORT - Episode n° 2)
Nous retrouvons Cheverny et Cour-Cheverny en ce début d'année 1789. Les États Généraux sont convoqués à Paris le 24 janvier. Blois envoie de Lavoisier, membre de l'Assemblée Provinciale et de l'Académie comme candidat du département.
Un autre candidat local est sur les rangs : Henri de Maupas, lieutenant colonel des Dragons, qui avait combattu le baron de Lussac, de Cormeray et de Sancerre suite à une décision du roi d'échanger la moitié de la forêt de Russy contre des terres en Sancerre. 

Le comte Dufort de Cheverny est témoin à Paris des élections à l'Assemblée qui se déroulent du 16 au 30 mars 1789. Il en revient très perturbé car il constate que l'"Égalité" tourne la tête de beaucoup de Français et que la violence s'installe. 
Le 5 mai, les troubles débutent et le duc d'Orléans envisage de brûler l'Opéra. Ce dernier rassemble n'importe qui veut faire la révolution, surtout des oisifs et des nigauds. Sans oublier tous les gardes emprisonnés qui ont été relâchés par des révolutionnaires ivres qui mettent Paris en effervescence en criant "Vive la liberté" ! Le Dauphin (Louis XVII) meurt un mois plus tard à l'âge de huit ans. 
Début juillet, le comte Dufort de Cheverny est affligé d'apprendre que son cousin et beaucoup de ses amis ont été exécutés à Paris (Foulon, de Berthier, de Flesselles...). Depuis le 14 juillet, on dépave les rues. Une partie de la population fuit Paris. Le comte Dufort de Cheverny se trouve devant le dilemme suivant : soit fuir comme beaucoup vers la Suisse ou un autre pays, soit rester en son château de Cheverny. C'est un homme de devoir très attaché à sa patrie, il choisit donc de rester et de contribuer selon ses moyens à rétablir l'ordre. Il lui semble que sa présence au milieu des siens et de la population de Cheverny depuis 30 ans est plus rassurante que de fuir en terre inconnue. 
Nous sommes le 17 juillet, au château, à l'heure du déjeuner, lorsqu'un cavalier arrive en sueur. Il se nomme Bimbenet et annonce, tout essoufflé, que "les anglais sont à Fougères et aux Montils, qu'ils tuent tout sur leur passage. Même le curé de Fougères !" panique générale au château et, dans les deux villages de Cheverny et Cour- Cheverny, on sonne le tocsin. 
Le comte Dufort arme ses gens... « La population est prise de panique et l’on peut voir des gens qui chargent leurs charrettes à la hâte de quelques effets et qui lâchent leurs animaux dans la nature. Dans la confusion générale le comte de Cheverny a bien du mal à rassurer la population réfugiée dans la cour du château. Tout le monde donne son avis et, après avoir obtenu le silence, le comte est nommé responsable de la défense des deux bourgs. Il arme tous les habitants de fusils, faux, broches, croissants... Il fait patrouiller 3 chirurgiens de cour et le contrôleur de fermes à 3 lieues à la ronde. Les fusils sont en première ligne autour des deux villages renforcés par des pelotons de volontaires. Tout le monde attend l’envahisseur de pied ferme ! Quelques heures plus tard, il faut se rendre à l’évidence : tous les courriers reviennent de leurs patrouilles bredouilles. Les gens rencontrés fuient un ennemi invisible. 

La tactique du duc d’Orléans et de M. Lameth d’envoyer des agitateurs pour faire courir de fausses rumeurs de pillages et de massacres a fonctionné parmi la population. Ils ont réussi à monter les gens les uns contre les autres et à préparer les massacres qui vont suivre. » 

A suivre ...

Sources :
  • “Les Chanceliers de Cheverny”, par le comte Henri de Vibraye, éditions Émile Hazan
  • “Mémoires du Comte Dufort de Cheverny : La Révolution”, éditions Plon, 1909 
  • “La terre de Cheverny”, par Paul de Vibraye, éditions Lecesne, Blois 1866
  • “Le Loir-et-Cher de la préhistoire à nos jours”, par Croubois, Denis, Loisel, Sauvage, Vassort, éditions Bordessoules, 1985

Le Colvert  - La Grenouille n°3 - Avril 2009