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Gustave Deterne |
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Le hangar de la scierie côté chaudière à Marçon |
Nicole Lejard, la fille de Gustave Deterne, se
souvient : « Devant l’ampleur du travail à effectuer en forêt de Cheverny,
nous nous sommes fixés à Marçon une dizaine d’années : nous étions devenus
sédentaires. Autour de la maison de Marçon, mon père construisit des bâtiments
pour abriter l’activité qui se développait. Il acheta d’autres machines. Durant
ces années de guerre, de jeunes hommes réfractaires au STO (Service du travail
obligatoire), se cachaient dans la forêt pour ne pas être envoyés en Allemagne.
Les bâtiments de Marçon dans lesquels nous logions se trouvant en pleine forêt,
ces hommes effectuaient pour nous des travaux de bûcheronnage... et tous
étaient logés à la maison. Madeleine, ma mère, s’arrangeait toujours pour
nourrir tout le monde. Nous étions quand même une quinzaine et n’avions
naturellement pas de tickets de rationnement pour tous ».
L’après guerre
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Madeleine Deterne sur le chantier |
Nicole Lejard poursuit son récit
: « La guerre terminée,
quand les jeunes réfractaires au travail du STO sont repartis, ce sont des prisonniers
allemands qui les ont remplacés. Ces prisonniers travaillaient surtout dans les
fermes. Quand ils n’étaient pas logés sur place, ils étaient regroupés dans des
baraquements à La Pinçonnière. Nous avons employé six d’entre eux que nous
logions à Marçon ».
L’après guerre était une période de reconstruction. En 1952, la
scierie Deterne s’installe au lieudit Les Robinières à Cheverny, sur un terrain
qu’elle loue au domaine de Cheverny. La scierie fournit les entreprises de
Bâtiment des environs et des boutiques de détail à Paris et une à Vendôme tenue
par la famille pour lesquelles elle prépare des tasseaux, du bois raboté, des
planches à tablettes sans noeuds ainsi que quelques meubles....
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La scierie Deterne à Marçon |
Dans les années
60, l’Armée était aussi en demande de planches pour la fabrication de caisses
d’emballages (pour des munitions, des pièces d’avions...) et diverses pièces de
bois de construction... Les emballages étaient montés à l’atelier de menuiserie
de Pruniers et expédiés un peu partout ensuite. Gustave Deterne effectuait
parfois jusqu’à quatre livraisons par jour en camion à Pruniers. Le matériel avait
évolué : le débardage du bois en forêt, qui s’est effectué de 1942 à 1952 en
utilisant d’abord des boeufs, des chevaux puis des mules, est désormais assuré
par un Latil, véhicule de tractage qui possédait un treuil à l’arrière et
fonctionnait au diesel. De nouvelles machines ont été achetées pour faire
évoluer l’activité de la scierie, notamment vers la menuiserie (raboteuses,
rogneuses...). Les machines à ruban, après avoir fonctionné à la vapeur pendant
la guerre, puis au diesel, fonctionnaient désormais à l’électricité, tout comme
la déligneuse, la scie circulaire, la dégauchisseuse, la toupie... La scierie
n’avait pas la puissance électrique nécessaire pour activer toutes ses machines
en même temps. Elle a dû faire installer un transformateur électrique avec une
puissance conséquente pour pouvoir continuer à se développer.
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Gustave Deterne avec les boeufs, Roland Lejard (futur beau-père de Nicole Lejard) et Eugène Rateau (un de ses beaux-frères) |
Nicole Lejard : « En sortant de la scie,
les planches étaient brutes sur les côtés : il fallait les "tirer de
largeur" à la déligneuse. Puis on les chargeait sur des wagonnets que l’on
poussait à la main jusqu’au hangar de séchage. Un réseau de rails reliait les bâtiments.
Il n’y avait pas encore de chariots élévateurs ». La scierie recevait parfois des
commandes inattendues : les usines Poulain prenaient régulièrement livraison de
chargements de sciure de pin qu’elles étalaient dans leurs ateliers de Blois.
Ce sont de petits camions électriques à trois roues appartenant aux usines qui
se chargeaient du transport. Leur autonomie était très juste pour le trajet Blois/
Cheverny, aller/retour...
La scierie Deterne était une entreprise familiale
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Débardage avec les chevaux devant la régie du château |
À son emplacement des Robinières,
six maisons étaient occupées par divers membres de la famille : Gustave Deterne
et sa femme Madeleine, deux beaux-frères, dont un marié, un neveu, la mère de
Gustave, son beaupère, et Nicole Deterne, fille de Gustave et de Madeleine, qui
s’est mariée avec André Lejard en 1960... Gustave Deterne cesse de travailler
en 1970 et décède en 1972. Sa femme Madeleine gère la scierie jusqu’en 1986,
date à laquelle Nicole et André Lejard prennent à leur tour la direction de
l’entreprise sous le nom de SARL Deterne-Lejard.
La fin des « Trente
glorieuses »
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Gustave Deterne avec le Latil devant le château de Cheevrny |
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Sortie du parc du château |
Le début des années 80 marque une période difficile pour la
scierie Deterne et le secteur du Bâtiment en général. Beaucoup d’entreprises donneurs
d’ordres font faillite et laissent des impayés conséquents à l’entreprise
chevernoise qui faisait travailler alors une dizaine de salariés. « On est resté six mois
sans commande suite aux élections de 1981 » se souvient Nicole Lejard. L’Armée avait cessé ses
commandes et le domaine de Cheverny son exploitation forestière suite au décès
de Philippe de Vibraye en 1976. En 1983, pour relancer l’activité, une cellule
de séchage du bois par déshydratation de 50 m3 est installée. La cellule séchait des lames de volets premier
choix pour l’Allemagne et la Suède. La scierie Deterne-Lejard était la seule
sur la région à proposer cette prestation. L’autre séchoir se trouvait en Dordogne
au Bugue. L’activité s’est poursuivie tant bien que mal en sous-traitance avec un
seul partenaire jusqu’en 1992, date de la fermeture de la scierie
Deterne-Lejard.
Merci à Nicole Lejard et à Christophe Lejard, son fils, qui ont permis à La Grenouille de raconter l’histoire de la scierie Deterne-Lejard.
J.-P. T.
La Grenouille n°45 - Octobre 2019
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Roger Duceau |

Le passage de Roger Duceau à la scierie Deterne de marçon
Roger Duceau, né en 1923,
faisait partie des réfractaires du STO réfugiés en forêt de Cheverny, qui ont
travaillé à la scierie Deterne de Marçon.
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Madeleine Deterne, au centre du groupe |
Destination la forêt de
Cheverny
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La scierie Deterne à Marçon en 1944 |
La forêt
constituait une excellente cachette. Un des compagnons de cavale de Roger s’est
souvenu être venu en forêt de Cheverny avec son père, fabricant de meubles dans
le faubourg Saint-Antoine à Paris, qui venait s’approvisionner en bois à la
scierie de Gustave Deterne. Les trois évadés décident donc de rejoindre ce lieu
propice. Gustave et Madeleine Deterne les accueillent et les trois amis
participent, avec quelques autres réfractaires au STO, à l’activité de la
scierie. Roger Duceau rapporte une anecdote de cet épisode de sa vie : Gustave
Deterne était une force de la nature, toujours en retard aux repas collectifs
que confectionnait Madeleine, son épouse. Elle lançait alors : « Le pot au feu bout
toujours et toujours pas de Gustave ! » Au cours de sa vie, Roger Duceau, souvent en retard
lui aussi à l’heure des repas, reprenait régulièrement à son compte
l’expression de Madeleine Deterne.
Après la guerre
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La scierie Deterne à Marçon en 1944 |
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La scierie Deterne à Marçon en 1944 |
Lors de son séjour à Marçon,
Roger avait fait la connaissance, au hameau voisin, de celle qui allait devenir
son épouse en 1947. Depuis 1945, Roger est employé comme mécanicien par le
garage Robin de Contres. Il y reste jusqu’en 1954, année où, avec sa femme Andrée,
ils achètent le garage Roulier à Cour- Cheverny, qui jouxte l’Hôtel des
Voyageurs (devenu l’Hôtel Saint-Hubert) (1). Roger Duceau a toujours conservé une profonde reconnaissance
et une grande amitié envers Gustave et Madeleine Deterne.
(1) Voir le livre « Les grandes heures de Cheverny et Cour-Cheverny en Loir-et-Cher… et nos petites histoires » Éditions Oxygène Cheverny 2018 - page 189.
Propos recueillis par
J.-P. T.
La Grenouille n°45 - Octobre 2019
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