L'histoire de Philippe HURAULT de VIBRAYE, Comte de Cheverny

(Mémoires Philippe HURAULT - Episode n°1)
L'histoire de Philippe HURAULT de VIBRAYE, Comte de Cheverny, Chancelier de France sous Henri III et Henri IV, Chancelier de l'ordre du Saint Esprit
Ces lignes sont le récit condensé de la vie de cet homme remarquable qui a servi les rois de France et que l’on nommait « Cheverny ».


Il a raconté sa vie dans «Mémoires d’Estat» et si ses jugements sur les évènements vécus à son époque sont décalés avec la nôtre, nous pouvons nous réjouir de toutes ces divergences que l’on rencontre dans ces récits anciens, par cette citation d’Henri Houssaye : «L’histoire a ceci de bon, ou de mauvais, qu’elle apprend à ne s’indigner de rien !»

Philippe HURAULT,
Comte de Cheverny, Chancelier de France
Cheverny, printemps 1528, précisément le 25 mars, les premières violettes apparaissent sur les pelouses du château au moment où Marie de Beaune, dame de Cheverny, met au monde son septième enfant, Philippe, le futur chancelier de Cheverny.
Cette jeune femme est pourvue d’une volonté et d’un courage sans limites. Son époux, Raoul Hurault, seigneur de Cheverny, alors général des finances de François 1er est parti guerroyer avec l’armée d’Italie. Il est tué devant la ville de Naples au mois d’août de cette même année 1528.
Marie de Beaune vient alors de subir avec sa famille deux revers de la vie, l’un mettant à mal la famille Semblançay et l’autre mettant à mal sa belle famille, les Hurault, avec le connétable de Bourbon. Marie se retrouve ruinée après la mort de son époux, avec ses sept enfants.

À cette époque, les seigneurs comme les familles Semblançay et Hurault, pallient au manque de finances de l’État et, en cas de défaites, se retrouvent parfois ruinés comme ce fût le cas pour Marie de Beaune. Elle vend alors le domaine de Cheverny à une amie de la famille, Diane de Poitiers, duchesse du Valentinois et se retrouve habiter à « La Morelière » (une maison située en forêt, face à la route de l’actuel golf de Cheverny). Les hivers trop rudes l’obligent à quitter Cheverny pour Blois dans sa maison de famille.
La famille Hurault retrouvera son domaine de Cheverny 36 ans plus tard, en 1564, grâce à Jacques, seigneur de Vibraye et surtout Philippe, chancelier de Cheverny. Le domaine est alors une seigneurie qui deviendra en 1577 une vicom­té puis en 1582, un comté.
Marie meurt en 1567 en laissant de belles situations à tous ses enfants et une fortune confortable.

Revenons aux familles concernées par ce récit.
  • Les Hurault :

Cette famille est déjà implantée à Blois sous Saint-Louis. Ils sont anoblis par Philippe de Valois et s’avèrent être plutôt des financiers et des hommes d’État. Le grand-père de Philippe, Jacques, achète la terre de Vibraye (située dans la Sarthe) dont le nom est encore aujourd’hui celui de ses descendants (1)C’est le même Jacques qui, ambassadeur de Louis XII, négocie en 1483 la première alliance de la Suisse avec la France, dont sont issus les Gardes Suisses d’aujourd’hui. C’est aussi le roi Louis XII qui fait Jacques Hurault Chevalier, selon les rites de l’époque (2). 
Jacques devient gouverneur du comté de Blois sous François 1er et transmet son héritage à son fils Raoul qui épouse donc Marie de Beaune. Raoul Hurault a trois frères, dont Jacques, devenu Évêque d’Autun, qui tomba en disgrâce lors de la conspiration avec le connétable de Bourbon et Philippe II, abbé de Marmoutier et de Bourgueil. C’est sur ces deux beaux frères que Marie comp­tait pour inciter son fils Philippe à entrer, comme eux, dans les ordres.
  • Les Semblançay :

Marie de Beaune était la fille de Jacques de Beaune, lui-même fils de Jean de Beaune, maire de Tours.
Jacques de Beaune a été aussi maire de Tours en 1498 et trésorier général d’Anne de Bretagne puis de Louise de Savoie. À ce titre, cette der­nière lui a donné la baronnie de Saint-Blançay qui a donné son nom à la famille Semblançay.
L’épouse de Jacques de Beaune était une rusée dont le père était Grand Maître des eaux et forêts du duché d’Orléans, trésorier général de la Maison d’Orléans alliée à Florimond Robertet. Il n’en fallait pas plus pour attiser les jalousies et les convoitises. Sous prétexte de malversations (qu’il n’avait pas commises), Louise de Savoie fera pendre Jacques de Beaune en 1527 pour récupérer un peu de sa fortune…
Voici posé le début de la vie de Philippe Hurault avant son départ pour ses études.
À suivre...

1) L’origine du nom Vibraye viendrait du latin « vicus », qui veut dire « bourg » et du nom de la rivière qui y coule, la Braye.
2) C’est le 12 août 1504 que Jacques Hurault, qui possédait déjà les terres de la Grange en Sologne et de la Morelière, achète la seigneurie du Pressoir en Cheverny (domaine actuel).

Le Colvert - La Grenouille n° 17 - Octobre 2012