De la "Maison d'Astrée" aux tableaux de Cheverny

Emblèmes, poèmes et chambres d’amour au temps de Tristan (1) : une visite insolite du château de Cheverny
Cet article est consacré au thème de l’amour au château de Cheverny et est complémentaire à celui dédié à la marquise de Montglas et à la période du XVIIe s., paru dans La Grenouille n° 46.
Le château actuel a été construit par Henri Hurault au début du XVII e s. Comme Charles Antoine de Vibraye l’a rappelé le 12 septembre 2019 lors de l’inauguration des statues du sculp­teur Gudmar Olovson édifiées dans le jardin de l’amour : « C’est l’amour qui unissait Henri Hurault et sa seconde épouse, Marie Gaillard, qui est à l’origine de cette construction.... ».
De la "Maison d'Astrée" aux tableaux de Cheverny
Satyre dardé par Amour
La décoration, principalement confiée au peintre Jean Mosnier (2) participe à ce que l’on retrouve au XVII e s. dans de nombreux châ­teaux. Dans une thèse consacrée à ce siècle, qui vit la naissance du Romantisme et du culte de l’amour, Gabriele Quaranta, de l’Universita di Roma, évoque plus particulièrement les liens unissant les écrivains, les poètes et les peintres renommés de l’époque qui furent chargés de la décoration des châteaux et des belles demeures aristocratiques.
De la "Maison d'Astrée" aux tableaux de Cheverny
Cupidon bandé par l'Occasion
Cette thèse traite plus particulièrement de la décoration intérieure des châteaux de Berny (3) et de Cheverny qui s'inspire du poème de la Maison d’Astrée (4).

Citons Gabriele Quaranta
« Au XVII e siècle en France, des dizaines de demeures merveilleuses, bâties par une aris­tocratie momentanément réconciliée, se dres­saient dans les campagnes du royaume, tan­dis que les pages des livres se remplissaient d’édifices littéraires. Dans leurs ouvrages, les écrivains évoquaient des châteaux célèbres autrefois, mais aujourd’hui disparus et connus seulement grâce à la poésie enco­miastique (5).
Parmi les lieux réels et littéraires à la fois, il faut sans doute compter le château de Berny. Cette demeure a aujourd’hui disparu, cepen­dant, sa mémoire nous est transmise par « La Maison d’Astrée » de Tristan l’Hermite (4)...».
Mais notre propos est de parler de Cheverny et du poème de la Maison d’Astrée. Gabriele Quarenta écrit :
De la "Maison d'Astrée" aux tableaux de Cheverny
Cupidon dardant l'aimant fugitif
« Le château de Cheverny offre un équivalent quasi matériel du texte de Tristan. Dans le salon au rez-de-chaussée, nous trouvons en effet huit panneaux en bois avec emblèmes d’amour, peints en camaïeu gris sur un fond or. Altérés et réemployés dans un décor réa­lisé entre les années 1830-1840, ils dérivent par contre, de toute évidence, d’une boiserie du XVII e siècle. La plupart des panneaux sont cachés par le mobilier. Il s’agit donc des points de vue thématique et typologique de peintures très semblables à celles décrites par Tristan... » (à propos de la chambre d'Amour du château de Berny). Quatre d’entre elles dérivent de l’école hollandaise :
- « Cupidon bandé par l’Occasion (6) » ;
- « Cupidon dardant l’aimant fugitif » ;
- « Cupidon apprenant les secrets d’amour à Hercule déguisé en Omphale », évolution ulté­rieure du mythe d’Hercule et d’Omphale (6) ;
- « Cupidon attisant le feu d’amour tandis qu’un camarade essaie les flèches ».

À Cheverny, les références iconogra­phiques s’ouvrent aussi aux influences italiennes
De la "Maison d'Astrée" aux tableaux de Cheverny
Cupidon attisant le feu de l'amour tandis
qu'un camarade essaie les flèches
Gabriele Quaranta poursuit : «... Les images du "Satyre dardé par Amour" et de "Cupidon vaincu et lié par un camarade" dérivent en effet de la tradition qui remontait aux médail­lons de la Galleria Farnese à Rome. Il n’a pas encore été possible de trouver les sources des autres emblèmes, cependant, il est évident que ces derniers appartiennent au répertoire de la Renaissance ("Cupidon se baigne à la source d’Amour") ; il devait donc exister à Cheverny un décor composé de boiseries inspiré de l’emblématique d’amour qui faisait partie d’un ensemble plus vaste dont il formait le "lambris d’appuy".
Il est vraisemblable que la salle abritait d’autres images. Les huit tableaux de Cheverny ne sont donc que les vestiges d’un ensemble complexe désormais perdu. Toutefois, il nous autorise à supposer un décor qui a réellement existé... ».
De la "Maison d'Astrée" aux tableaux de Cheverny
Le mythe de vénus
(cheminée de la salle des gardes)
Par rapport au poème, les fragments picturaux de Cheverny représentent un témoignage concret puisqu’il atteste l’existence d’une boi­serie très semblable à celle attribuée à la chambre d’Amour du château de Berny et à la Maison d’Astrée.
Ce rapprochement est d’autant plus plau­sible du fait que madame de Puisieux était la cousine d’Henri Hurault et qu’elle se liera ensuite à la cour de Gaston d’Orléans, milieu fréquenté par Cécile Élisabeth de Montglas, amie de la grande Mademoiselle (duchesse de Montpensier).
« Le château de Cheverny est un lieu qui se fait donc remarquer par ses choix décora­tifs très soignés. Les peintures confiées au peintre Jean Mosnier au début des années 1630, donc postérieures de quelques années à celles de Berny, proposent à nouveau le thème de la célébration d’amour (7). D’autres peintures qui ont survécu aux nombreuses transformations le démontrent. Servant de décoration à la grande cheminée de la salle des gardes, une courte série de cinq tableaux, véritable Unicum (8), traduit dans l’image la réécriture romanesque du mythe de Vénus et Adonis... » (les amours des déesses que Jean Puget de la Serre publia en 1627).

De la "Maison d'Astrée" aux tableaux de Cheverny
La mort d'Adonis(cheminée de la salle des gardes)
En conclusion
Cet ensemble décoratif que l’on retrouve au châ­teau de Cheverny, et notamment les huit pan­neaux aux emblèmes d’amour qui établissent le lien avec le château de Berny, « sont le fruit, non seulement d’une élaboration poétique, mais aussi d’une culture qui était capable d’instaurer un dialogue complexe et créatif entre texte écrit, illustration de livres et images picturales. Nous assistons donc à un échange profond entre décor, création architecturale et création litté­raire : celle-ci ne précède pas nécessairement les autres, mais chacun de ces arts se fait tour à tour protagoniste d’un discours commun auquel il apporte sa contribution ».
La création au début du XXIe s. (2019) du « Jardin de l’Amour » à Cheverny perpétue donc l’esprit qui a présidé, pour ses bâtisseurs, à la construction du château au XVIIe s. : l’esprit de l’amour repris par Charles Antoine et Constance de Vibraye, propriétaires actuels du domaine de Cheverny.

F.P.

(2) Jean Mosnier (ou Monier) est un peintre français (1600-1656) remarqué par la reine Marie de Médicis, qui l’employa à la décoration du Palais du Luxembourg à Paris. Il participa à la décoration de nombreux châteaux dont ceux de Blois et de Cheverny.
De la "Maison d'Astrée" aux tableaux de Cheverny
Extrait du poème de
la Maison d'Astrée
(3) Château détruit, qui se trouvait dans le Val-de- Marne, à Fresnes. Il avait été restauré vers 1623 à l’initiative de Pierre Brûlart de Puisieux et de sa femme, Charlotte d’Estampes-Valençay... Il n’en reste qu’un vestige enchâssé dans un immeuble plus moderne et, témoignages précieux, d’anciennes gravures, des dessins et des projets de Mansart qu’on retrouva aux Archives nationales à Paris, complétés par les descriptions livrées par D. Godefroy, G. F. Rucellai et E. Brackenhoffer qui visitèrent Berny dans les années 1640. S’insérant dans ce contexte comme un écrit encomiastique, le petit poème de Tristan L’Hermite transmet une image du château et de sa propriétaire, madame de Puisieux.
(4) Une poésie que Tristan L’Hermite publia dans Les Vers héroïques. (Paris, J.-B. Loyson et N. Portier, 1648). D’après une notice ajoutée au bas du texte, elle date­rait de la première moitié des années 1620. François L’Hermite, sieur du Soliers, dit Tristan L’Hermite, né à Janaillat (Creuse) au château de Soliers, dans la Marche, en 1601 et mort à Paris le 7 septembre 1655, est un poète et dramaturge français.
(5) Encomiastique : du latin encomium « éloge », du grec « louer ». Qui concerne la composition, l’écriture, ou la prononciation d’éloges (Wikipedia).
(6) L'Occasion - Mythologie : divinité qu'on représente sous la forme d'une femme nue, chauve par derrière, avec une longue tresse de cheveux par devant, un pied en l'air, et l'autre sur une roue, tenant un rasoir d'une main, et de l'autre une voile tendue au vent.
(7) Magdeleine Blancher, le Bouhet (« Le château de Cheverny - Petite monographie des grands edifices de la France ») estime que les peintures des lambris du salon du rez-de-chaussé datant du XII e s., ne seraient pas de la facture de Jean Mosnier.
(8) Unicum :Chose unique dont on ne peut trouver d'autres exemples, qu'on ne peut reproduire. - Trésor de la langue Française informatisé (TLFi).

La Grenouille n°47 - Juin 2020

La Lyre de Cour-Cheverny et Cheverny : une centenaire alerte

La création des premières musiques civiles date de la fin du XIXe siècle. Dans notre département, la Lyre en est un exemple vivant, qui fête cette année 130 années d’existence, ce qui en fait la plus ancienne société musicale du départe­ment. Elle a su progresser, évoluer au fil des décennies, voire adopter, pour le plai­sir de tous, le style « Banda » qui apporte un dynamisme musical que nombre de communes nous envient.


La Lyre de Chevernyy et Cour-Cheverny : une centenaire alerte
Grande cavalcade de Cour-Cheverny et
de Cheverny en 1921. Nous pouvons
voir l’ensemble des musiciens,
mais aucune bannière n’apparaît.
Dans les précédents numéros de La Grenouille, nous avons évoqué la création de la « Société des Jeunes Gens » à Cour- Cheverny en 1877, dans le contexte de cette période, sans pouvoir préciser sa durée de fonctionnement car aucun document ne sub­siste à ce sujet (1). Ce prémisse est important : les premiers musiciens inscrits à la Lyre ont dû bénéficier de la formation musicale dispensée par cette « Société des Jeunes Gens », ce qui permet d’expliquer les succès de la Lyre lors de ses premières participations aux concours organisés dans notre département comme hors du département.
Les statuts qui régissent le fonctionnement de cette nouvelle association sont d’une rigueur draconienne, et son respect passe par un sys­tème d’amendes dont le montant est dissuasif pour les musiciens non sérieux !

Le règlement de « La Lyre de Cour- Cheverny »
Préparé en 1889 par des musiciens cour­chois et approuvé par arrêté préfectoral du 10 janvier 1890, le règlement comporte 45 articles qu’il serait trop long de reproduire intégralement dans ces pages. Ce règlement comprend les règles de base de toutes les associations de cette époque, à savoir : pour la direction, un conseil d’administration com­posé d’un président (élu pour cinq ans), d’un secrétaire-trésorier, du chef-directeur et de quatre administrateurs dont deux pris parmi les membres honoraires et deux pris parmi les membres exécutants. Le président, le chef-directeur et le secrétaire-trésorier for­ment le Bureau et sont nommés, ainsi que les deux membres exécutants du Conseil d’administration en assemblée générale. Les deux membres honoraires sont nommés par le bureau.
Plusieurs points du règlement sont nouveaux par rapport à celui de la « Société des Jeunes Gens », notamment :
- les femmes sont désormais admises comme membres honoraires ;
- un cours préparatoire au solfège est créé pour les moins de 13 ans.
Certains articles du règlement sont particu­lièrement rigoureux et contraignants pour les membres : ils sont obligés, sauf en cas de maladie, de se rendre à toutes les réunions ou répétitions et convocations régulièrement faites. Des amendes sont prévues pour les contrevenants, sauf justifications reconnues valables. Les articles 20 à 23 ci-après repro­duits sont très explicites :
- Article 20 : dans toutes les réunions le pré­sident confie au chef qui signale au conseil d’administration les exécutants qui se font rappeler à l’ordre par leurs paroles ou leur mauvaise tenue suivant la gravité ou la réci­dive de la faute : l’amende sera de 0,25 f à 1 f
- Article 21 : Les amendes pour les membres exécutants sont établies comme suit :
     .manque à l’appel : 0,25 f
     .absence totale non motivée : 1 f
Pour les veilles d’exécution :
     .manque à l’appel : 0, 25 f
     .absence totale : 1 f
Pour les jours d’exécution :
     .manque à l’appel : 1 f
     .absence totale : 2 f
Pour le cours préparatoire, les amendes sont ainsi fixées :
     .manque à l’appel : 0,05 f
     .absence totale non motivée : 0,25 f
Une demie-heure après l’appel, l’absence sera considérée comme absence totale.
- Article 22 : Les amendes seront perçues à la première répétition de chaque mois par le secrétaire-trésorier.
- Article 23 : Seront dispensés des amendes toutes les situations de deuil, maladies ou autres causes reconnues valables par le conseil d’administration.
     1er ajout : les autres causes reconnues valables sont celles des réunions chez un notaire pour affaires. Les absences provenant des affaires ou du travail ne pourront jamais être invoquées.
     .2e ajout : en cas d’absence aux répétitions causées soit par un surcroît de travail ou à l’occasion d’un mariage, l’amende ne sera pas perçue. Toutefois le nombre des absences ne pourra pas dépasser trois dans le mois, ou la quatrième sera considérée valable et perçue de droit...
Le sociétaire qui refuse de payer une amende cesse de faire partie de la société à moins d’une décision contraire de l’assemblée géné­rale.

Le retrait
Tout membre exécutant se retirant de la socié­té sans raison reconnue valable par le conseil d’administration sera passible d’une amende de 10 francs. Pour le cours préparatoire, cette amende sera de 5 francs.

L’exclusion
Article 26 : L’exclusion est prononcée en assemblée générale sur la proposition du Conseil d’administration et sans discussion pour les six motifs énumérés : pour condam­nation infamante, pour préjudice causé aux intérêts de la société, pour tout acte contraire à l’honneur, pour conduite déréglée et notoi­rement scandaleuse, pour troubles apportés aux réunions.
Ainsi l’organisation et le mode de fonction­nement de la Lyre sont bien établis et le règlement, très strict sur certains points, a été accepté par tous les participants (question d’époque certainement !).

Articles ajoutés au règlement par ordre de la préfecture
Article 20 bis : Toute discussion politique ou religieuse est interdite dans les réunions de bureau, de conseil d’administration ou des assemblées générales.
Article 41 bis : Le costume adopté par la société différera complètement de la tenue militaire, il en sera de même pour les signes distinctifs, des grades des médailles qui ne ressembleront en rien aux décorations natio­nales et étrangères ni même aux médailles d’honneur.

Première assemblée générale de La Lyre du 25 janvier 1891
Le président retrace brièvement les phases par lesquelles est passée la jeune Lyre depuis le 15 décembre 1889 où, réunis dans cette salle, ils ont assuré par leur bienveillant concours la formation définitive de la Lyre de Cour-Cheverny.
Aussitôt constitués, les membres exécutants rivalisant de zèle et d’ardeur se sont assi­dûment rendus aux cours organisés sous la direction de leur chef de musique, Adolphe Bouton. Trois cours, cours de solfège d’abord, sont institués suivant les connaissances plus ou moins acquises des membres exécutants et suivant leur âge.
Aux répétitions comme aux réunions ou sor­ties, le choix des morceaux appartient exclusi­vement au chef-directeur après avis favorable du président et sans observation aucune des exécutants.
Le 26 janvier 1890 arrivent les premiers instruments achetés avec de bonnes condi­tions à la maison Besson. Ils sont de suite distribués suivant les aptitudes ; trois mois et demi après, le premier morceau est mis à l’étude. Le 27 avril, quatre mois seulement après sa formation, la Lyre de Cour-Cheverny accompagnant les membres de la société de secours mutuels, exécute sa première sortie. Le 7 septembre, cinq mois après la première répétition, elle a accepté les conditions d’un concours à Mer, dont elle a tiré gloire en rem­portant un premier prix de lecture à vue et un premier prix ex-aequo d’exécution.
La Lyre de Cheverny et Cour-Cheverny : une centenaire alerte

« Encouragés par ce succès et pleins d’es­poir dans l’avenir, nous avons cru devoir rehausser la situation instrumentale de notre société en achetant à la Maison Besson un jeu de quatre saxophones. La bonne fortune a amené dans nos rangs M. Bailly sachant parfaitement le saxophone, instrument difficile et long à apprendre et, grâce à lui, deux de nos membres exécutants ont raffermi leurs connaissances… et un quatrième élève est en train de se former… Nous avons pensé qu’un si précieux concours et un zèle si dévoué, désignait tout naturellement M. Bailly à une distinction toute particulière et, modifiant nos statuts muets sur ce point, nous avons, le conseil d’administration et les membres exé­cutants réunis, nommé sauf votre approbation, M. Bailly sous-chef de musique… ».
Le président ajoute que les membres exécu­tants se réunissent quatre fois par semaine, répétant suivant leurs instruments, et travail­lant depuis 8 heures du soir parfois jusqu’à 10 heures…
- À l’initiative du chef de musique est soumise l’idée de donner des concerts de bienfaisance suite à l’hiver rigoureux subi. Il est décidé que cette première fête de bienfaisance au profit des pauvres, qui sera suivie d’un bal dont les entrées s’ajouteront aux bénéfices, aura lieu le samedi 21 février. Elle sera organisée sous la halle. Il est précisé que les réunions ont lieu « dans la salle des répétitions à la mairie de Cour-Cheverny ».
Une première photo de La Lyre est réalisée en avril 1894 : « Un photographe de passage ayant fait une photo en groupe de la société, il en sera fait deux épreuves, l’une offerte au président, l’autre sera encadrée et placée dans la salle des répétitions ».

La bannière
Lors de l’Assemblée générale du 22 janvier 1893, l’achat d’une bannière par souscription est évoqué. Mais les membres estiment pré­férable d’attendre car le moment n’est pas propice pour une souscription.
La Lyre de Chevernyy et Cour-Cheverny : une centenaire alerte
Bannière exposée dans la salle
de la Lyre
À l’assemblée générale du 28 décembre 1924, il est décidé d’organiser une souscription parmi les membres honoraires pour procéder à l’achat d’une nouvelle bannière.
Le 27 décembre 1925, sous la présidence du marquis de Vibraye, est évoquée la situation financière de la Lyre par le trésorier :
« En caisse : 113,65 francs ; 1 400 francs sur le livret de Caisse d’Épargne. La société compte 151 membres hono­raires, 30 membres exécutants et 11 élèves. Il est créé un poste d’archiviste afin d’alléger la tâche du directeur dans le classement du répertoire : cet emploi est donné à Monsieur Bellanger ». Il est ensuite donné lecture de la souscription pour l’achat d’une bannière : « 95 membres honoraires ont contribué à la souscription, ce qui a permis de réunir 1 374 francs. Après l’achat, il est resté 348,40 francs qui, avec l’assentiment des membres honoraires présents sont versés à la caisse ».
La Lyre de Chevernyy et Cour-Cheverny : une centenaire alerteCurieusement, dans les comptes-rendus des assemblées générales, il n’est jamais fait mention de ceux qui, quelle que soit la sor­tie, défilent toujours en tête. Voici quelques noms : Messieurs Raymond Puychaffray (1959), Raymond Jouanneau, André Bessé (entre 1970 et 1980), Jean-Claude Mathon, Michel Thomas, Daniel Letohic.
La Lyre réunit à longueur d’années des pas­sionnés qui communiquent leur bonne humeur « Là où est la musique, il n’y a pas de place pour le mal » selon Platon, mais aussi « Sans la musique, la vie serait une erreur » (Nietzsche).
On constate simplement qu’elle « adoucit les moeurs »…

Françoise Berrué

Merci à toutes les familles courchoises qui ont contribué à compléter les recherches concernant les porte-bannière.
Documents : Registres des assemblées générales de La Lyre de 1890 à nos jours.
(1) Repères :
La Grenouille n° 42
Évolution des fanfares dans le département du Loir-et- Cher et création de la « Société des jeunes gens » de Cour-Cheverny en avril 1877.
La Grenouille n° 43
Création de l’Union musicale de Cheverny par autorisation préfectorale du 5 mars 1890, mais la première assemblée générale ne s’est tenue que le 19 avril 1891.
La Grenouille n° 46
L’Amicale des Joyeux Fantaisistes créée en 1932 se substitue à La Lyre de Cour-Cheverny qui a été mise en sommeil pendant la dernière guerre. La Lyre de Cour- Cheverny reprend ses activités en 1944.
Pendant les dix premières années, de nombreuses sorties dans le dépa

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Les Poilus de Cour-Cheverny Morts pour la France

Au cours de l’année 2019, une Courchoise, qui reste discrètement anonyme, a réalisé un important travail de recherche concer­nant les Poilus de la Première guerre mon­diale « Morts pour la France » (1) originaires de Cour-Cheverny ou y ayant des attaches.

Les Poilus de Cour-Cheverny Morts pour la France
Consultable sur le site de la mairie de Cour-Cheverny
Un ensemble de documents a été répertorié concernant les 68 soldats dont le nom figure sur le monument aux morts de la commune (2). Ils sont consultables sur le site de la mairie (3) et permettent de visionner pour chaque soldat :
• son identité ;
• sa fiche matricule, issue du registre du minis­tère de la Guerre ;
• la transcription de son acte de décès dans le registre d’état civil de Cour-Cheverny ;
• la fiche du JMO (Journal des marches et opérations) de la Première guerre mondiale qui retrace l’activité de l’unité du combattant à l’époque de son décès.

Ces documents sont consultables sur les sites concernés, et en particulier :
  • les Archives départementales du Loir-et- Cher (4) (qui regroupent les fiches matricules) ;
  • l’état civil de la commune ;
  • le site « Mémoire des Hommes » du minis­tère des Armées (5).
On peut également consulter dans cette rubrique du site de la mairie :
  • l’ordre de mobilisation générale ;
  • quelques statistiques locales, parmi les­quelles nous retiendrons celles-ci :
  • 2 d’entre eux avaient moins de 20 ans,
  • 11 entre 20 et 21 ans,
  • 23 entre 21 et 25 ans,
  • 13 entre 25 et 30 ans,
  • 9 entre 30 et 35 ans
  • 5 entre 35 et 40 ans,
  • 5 entre 40 et 42 ans.
Ces 68 soldats représentent 3,03 % de la population de Cour-Cheverny de l’époque. Charles Bidault, mort au Donon, dans les Ardennes, le 21 août 1914 sera le premier d’entre eux, et Hippolyte Blanchet clôturera cette funèbre liste le 17 octobre 1918 à Talma dans les Ardennes.
  • « La Paix vue par les enfants des écoles ». Document réalisé par les élèves de l’école Saint Louis de Cour-Cheverny ;
  • un glossaire de l’argot des Poilus, très instructif ;
  • et d’autres documents qui permettent de garder la mémoire de ces héros pour les générations futures.

Toutes les informations complémentaires sont les bienvenues pour enrichir les données publiées sur le site.

Les Poilus de Cour-Cheverny Morts pour la FranceLe travail de mémoire réalisé par les enfants de l’école Saint-Louis
Dans le cadre du centenaire de la fin de la Première guerre mondiale, les élèves de CM1 et CM2 de l’école Saint-Louis de Cour- Cheverny ont participé au concours « Les enfants pour la Paix » du magazine « Un jour une actu », qui comportait deux thèmes :
- imaginer et dessiner un symbole de paix ;
- mener une enquête puis écrire un article sur le Monument aux morts de sa commune.
Après avoir réfléchi sur le symbole de la paix, ils ont été invités à la représenter par un dessin. Leur imagination fertile est passée de la colombe au mur de la paix en passant par le fusil cassé ou encore le char d’assaut fleuri… L’un d’entre eux fut choisi par un vote afin de participer au concours. Le choix s’est porté sur la colombe qui porte « La Paix comme langage universel ».
En février et mars 2019, accompagnés de leur institutrice, ils ont visité et étudié les Monuments aux morts de Cheverny (inauguré le 15 avril 1923) et de Cour-Cheverny (inauguré le 27 juillet 1924). Ils ont ainsi recueilli différents détails de la construction du monument de Cour-Cheverny, dont celui-ci qui complète ce que nous avons déjà publié à ce sujet (2) : « Fondeur de la statue : Montagutelli frères de Paris » (information décou­verte en scrutant la statue et qui n’apparaît dans aucun document d’archives).

À l’église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
Les Poilus de Cour-Cheverny Morts pour la FranceUne recherche complémentaire est actuel­lement menée, s’appuyant sur la liste des « Morts pour la Patrie » (1) gravée sur une plaque de marbre à l’intérieur de l’église Saint-Aignan de Cour-Cheverny, concernant la Première guerre mondiale. Cette liste dif­fère légèrement de celle du monument aux morts : cela peut s’expliquer pas des oublis, sur l’une ou l’autre liste, ou pour des raisons religieuses : certaines familles ne souhaitaient pas que leur nom soit publié sur le monument aux morts (qui ne comporte pas de croix), et d’autres au contraire refusaient que leur nom soit inscrit au sein d’un édifice religieux. Certains aussi sont inscrits sur le monument d’une autre commune.
Il arrivait également que la reconnaissance de ces morts soit décidée tardivement, ou que les transcriptions de décès parviennent dans les mairies après un certain délai.

P. L.

(1) La mention honorifique « Mort pour la France » a été instituée en 1915. Elle donne en particulier le droit à une sépulture individuelle et perpétuelle dans un cimetière militaire aux frais de l’État, ainsi qu’à une pension de veuve de guerre le cas échéant (source : Wikipédia). Le terme « Mort pour la Patrie » était utilisé jadis, et notam­ment pour les morts de la guerre de 1870.
(2) Voir aussi : La construction du Monument aux morts de Cour-Cheverny - « Les grandes heures de Cheverny et Cour-Cheverny en Loir-et-Cher et nos petites histoires ». Éditions « Oxygène Cheverny » - 2018 - page 280

La Grenouille n°47 - Juin 2020

Le Printanier, 40 ans de succès à Cour-Cheverny...

De nombreux Courchois évoquent sou­vent, avec gourmandise, le souvenir du fameux « Printanier » de la boulangerie Renault de Cour-Cheverny, comme en témoigne une de nos lectrices, elle-même experte en ce domaine : « Une pâtisserie peu épaisse, entre brioche et génoise, four­rée d’une crème type pâtissière très légère, avec un dessus croustillant, le tout avec un léger goût de noix de coco : en deux mots, le gâteau parfait… ». Et ceux qui ne pourront jamais déguster cette pâtisserie locale aujourd’hui disparue se contente­ront de lire cet article où nous retraçons son histoire…

La passion du métier
Le Printanier, 40 ans de succès à Cour-Cheverny...
La boulangerie Renault
Nous avons rencontré Marie-Louise Renault et Gérard Renard, un de ses anciens ouvriers pâtissiers, qui nous ont évoqué quelques sou­venirs de leur beau métier.

Marie-Louise Renault : « J’avais, dans ma jeunesse, appris le métier de couturière ; puis j’ai rencontré mon futur mari, boulanger, et nous avons tenu pendant quelques années une boulangerie à Nançay dans le Cher. Je voulais me rapprocher de mon pays natal, Romorantin, où habitaient mes parents. En 1956 nous avons racheté la boulangerie de M. et Mme Fourchault à Cour-Cheverny (1), au 53 rue Nationale (2). Nous avons tenu le magasin jusqu’en 1996 [soit plus de 40 ans…], et j’en garde de très bons souvenirs… Nous habitions au-dessus de la boulangerie, qui a toujours très bien fonctionné : mon mari se chargeait de la pâtisserie avec 2 apprentis et 2 ouvriers, 2 boulangers confectionnaient le pain (plus de 300 baguettes par jour, plus les gros pains, …), et moi-même, avec une vendeuse, vendions aux clients le pain, les viennoiseries, les gâteaux et bien d’autres choses… Je m’occupais aussi de la vitrine, et donnais souvent un coup de main pour la pâtisserie, notamment pour la confection des pièces montées. Nous avions également à notre service Josiane Tessier, qui pendant ces 40 ans a effectué les livraisons en porte à porte dans la campagne environnante avec notre 2 CV camionnette ».

Le Printanier, 40 ans de succès à Cour-Cheverny...
De g. à dr. : Nathalie Bausier, Marie-Louise Renault
et Liliane Beaufils en juillet 1991
Gérard Renard : « Très jeune, j’aimais faire de la pâtisserie, et j’ai eu rapidement l’envie de quitter l’école pour apprendre un métier. C’est ainsi que j’ai obtenu à 17 ans mon CAP de boulanger pâtissier à Blois et que j’ai ensuite été embauché en 1969 chez M. et Mme Renault ».

Le Printanier, 25 ans plus tard, on en parle encore !


Nous avons voulu en savoir plus sur le fameux Printanier créé par Gérard peu de temps après son embauche à la boulangerie, et auquel Claude Renault a donné ce nom.
Le Printanier, 40 ans de succès à Cour-Cheverny...
 L'intérieur de la boulangerie Renault en juillet 1991
On nous avait dit que ce gâteau ressemblait à une tropézienne (3), mais Gérard Renard refuse cette assimilation : « Le Printanier n’avait rien à voir avec une tropézienne ! », mais nous n’avons pas pu en savoir beaucoup plus… Gérard souhaite garder secrète sa recette, entretenant ainsi le mystère autour de cette célébrité locale… Il nous a seule­ment précisé qu’il avait créé cette pâtisserie en associant plus ou moins deux recettes, mais sans nous dire lesquelles… Tout juste avons-nous pu apprendre que le Printanier comportait en surface une sorte de crumble à base de noix de coco…

M.-L. R. : « Cette pâtisserie a rapidement eu du succès dans la commune, puis aux alentours : on venait des villages voisins, de Blois, et de plus loin encore. Attirés par la qualité mais aussi par les prix très raison­nables, les clients faisaient fréquemment la queue sur le trottoir devant l’épicerie voisine et au-delà, et il fallait attendre patiemment son tour… Le dimanche, c’était l’affluence de 9 h 30 à 13 h, chacun venant acheter son pain et ses gâteaux. Les commerces de notre boulangerie, de la charcuterie de M. Geniès, de l’épicerie de M. Forget et du bar de M. Bricault étaient voisins et complémentaires, et attiraient du monde… Nous avons également souvent participé à la Fête du Pain. Il nous est même arrivé d’être appelés en pleine nuit pour livrer à 2 heures du matin pour une fête ou un bal qui manquait de gâteaux pour le dessert…».
Le Printanier, 40 ans de succès à Cour-Cheverny...
 Marie-Louise Renault
et Gérard Renard

G. R. : « Nous fabriquions jusqu’à 200 Printaniers par semaine, et de nombreux autres gâteaux…, mais aussi des chocolats, des glaces, des confiseries, des dragées pour les baptêmes, etc. Les réfrigérateurs étaient souvent pleins, et M. Forget nous permettait de stocker une partie de notre production dans les chambres froides de son épicerie. Nous fabriquions des Printaniers de tailles diverses, pour 4, 6, 8 et parfois 10 ou 12 personnes… Pour certaines occasions, nous leur donnions une forme particulière comme celle d’une bûche ou d’un terrain de football… ».

Un Courchois nous a également rapporté qu’un jour, participant à un concours organisé par Radio Val de Loire, il gagna un Printanier… Belle publicité pour ce produit local !

Un secret de fabrication
Le Printanier, 40 ans de succès à Cour-Cheverny...Nous ne pourrons pas vous communiquer la recette, mais Gérard nous a montré un magni­fique objet dont nous vous présentons la photographie : le pochoir en cuivre avec lequel il inscrivait « Printanier » avec du chocolat sur une bande de pâte d’amandes (auparavant, il réalisait cette inscription au cornet…), ainsi qu’un second avec lequel il décorait le gâteau « Le Cheverny », autre création de la mai­son. On imagine le talent du créateur de ces pochoirs, artisan resté inconnu…
Le Printanier, 40 ans de succès à Cour-Cheverny...

Le Printanier n’a pas été breveté, et les bou­langers actuels de Cour-Cheverny utilisent toujours cette appellation ; mais comme nous l’a souligné Gérard, bien que savoureux (La Grenouille a testé pour vous !), il ne s’agit pas du même gâteau…

« La Grenouille » a fait un rêve : Gérard Renard s’était remis à l’ouvrage et nous concoctait un Printanier du XXIe siècle avec sa recette qui restera secrète… Mais hélas, ce ne fut qu’un rêve et nous sommes restés sur notre faim…
Merci à Marie-Louise Renault et Gérard Renard, qui ont témoigné pour nous de leur passion pour le métier de boulanger pâtissier et de leur amour de la clientèle, restés intacts.

P. L.

(1) Actuellement, c’est la boulangerie « La Pétrie » qui est installée à cet endroit.
(2) Indication de l’annuaire du Loir-et-Cher de 1961. Depuis cette époque, la numérotation a changé dans cette rue ; à noter qu’à cette date, l’annuaire téléphonique nous indiquait 97 abonnés à Cour-Cheverny… ; numéro de téléphone de la boulangerie : le 70…
(3) La Tropézienne a été créée par Alexandre Micka, pâtis­sier d’origine polonaise installé à Saint-Tropez dans les années 50. Il a apporté de Pologne la recette d’un gâteau brioché à la crème de sa grand-mère. En 1955, le film « Et Dieu… créa la femme » de Roger Vadim est tourné à Saint- Tropez. Alexandre Micka, chargé de réaliser les repas pour toute l'équipe, présente sa tarte. Brigitte Bardot lui suggère de la nommer « Tarte de Saint-Tropez ». Le pâtissier, lui, opte pour « tarte tropézienne ». Dans la foulée, il dépose la marque et le brevet de fabrication (Wikipédia).

Nota : La Grenouille n'a pas réussi à se procurer une photo du Printanier de la boulangerie Renault...
Le Printanier, 40 ans de succès à Cour-Cheverny...


La Grenouille n°47 - Juin 2020