L'Union Musicale de Cheverny

Dans le précédent numéro de La Grenouille a été évoquée la pratique de la musique à Cheverny et Cour-Cheverny. Depuis 1814, la Garde nationale de Cour-Cheverny était composée de gardes de Cheverny et Cour- Cheverny, la musique était alors militaire. Les premières musiques civiles sont des émanations de ces musiques militaires.
Union Musicale de ChevernyDans notre département, la fin du XIXe siècle voit la création des nombreuses sociétés musicales civiles. L’Union Musicale de Cheverny est l’une d’elles.

Ainsi, le 4 février 1890, six habitants de Cheverny : messieurs Sinet, Bourbon, Hardy, Paunin, Guillot et Testard, membres du bureau provisoire de la Société musicale de Cheverny, adressent un courrier au préfet du Loir-et-Cher (2e division, direction de la Sûreté générale) lui demandant de bien vouloir autoriser leur association en voie de formation dans la commune, sous la dénomination de « Union musicale de Cheverny » en approuvant le règlement joint. Leur demande est accompagnée, le 5 février, d’un courrier du maire, signé par l’adjoint délégué M. Testard.
Ces signataires habitent Cheverny. Une recherche dans le recensement de 1891 permet de préciser l’âge et la catégorie socioprofessionnelle des demandeurs fondateurs : Albert Sinet, 49 ans, couvreur, habite le bourg ; Louis Bourbon, 61 ans (ou son fils Louis, 36 ans) sont tuiliers dans le bourg ; François Hardy, 47 ans, est vigneron au hameau de Lézeau ; Louis Paunin, 50 ans, est maréchal-ferrant dans le bourg ; Charles Guillot, 58 ans, est charpentier dans le bourg ; André Chouard, 34 ans, est vigneron à Cheverny (Poëly), Ernest Chouard, 48 ans, est fermier ; enfin, Jean-Charles Testard, 69 ans, est rentier et maire adjoint délégué. Les prénoms n’étant pas forcément précisés, il est permis d’hésiter entre le père et le fils.
Union Musicale de ChevernyLa préfecture transmet la demande au ministère de l’Intérieur, avec exemplaire des statuts. La réponse du ministère au préfet, en date du 15 février 1890, indique que « ces statuts ne renfermant aucune clause contraire à l’ordre public, je ne vois rien qui s’oppose à ce que vous accordiez à la société l’autorisation administrative ; toutefois, le local siège de l’association, devra être indiqué. En outre, à l’art. 35, les mots « à l’approbation » devront être remplacés par ceux de « à l’examen ». Ci-joint le règlement communiqué que vous voudrez bien nous retourner rectifié et revêtu de votre visa, avec une ampliation (1) de votre arrêté et la liste de ses membres ».
Signé « Pour le ministre », par le conseiller d’État chargé de La direction de la Sûreté générale.
Le 25 février 1890, le service « Sociétés musicales » informe le maire de Cheverny de la transmission au ministre de l’Intérieur, des statuts de la société en voie de formation : « J’ai l’honneur de vous renvoyer les trois exemplaires des statuts en vous priant de me les retourner complétés conformément aux indications qui précèdent.
Dès réception de ces documents, Je vous transmettrai ampliation de mon arrêté d’autorisation. »
Le maire de Cheverny retourne, le 28 février 1890 au préfet, les statuts de l’Union musicale modifiés selon les instructions en précisant que le local-siège de l’association (2) est indiqué à l’article 31 du règlement.
Le 5 mars 1890, la préfecture de Loir-et-Cher communique l’arrêté de création de l’Union musicale en ces termes :
« Nous, préfet de Loir-et-Cher,
Vu la demande qui nous a été adressée par un certain nombre d’habitants de Cheverny, à l’effet d’obtenir l’autorisation en faveur d’une Société en voie d’organisation dans cette commune sous la dénomination de l’Union musicale,
Vu les statuts, en triple expédition, qui doivent régir cette association,
Vu l’avis de monsieur le maire de cette commune,
Vu la Loi du 10 avril 1834, les articles 291 et suivants du Code pénal,
Arrêtons :
- Art 1. Est autorisée la Société en voie d’organisation dans la commune de Cheverny sous la dénomination l’Union musicale.
- Art 2. La dite association sera régie par les statuts susvisés dont un double demeurera annexé au présent arrêté. Toute modification aux dits statuts, tout règlement se rattachant à leur mise en pratique, doivent être préalablement soumis à l’approbation du préfet.
- Art 3. Ampliation du présent arrêté sera adressée à monsieur le maire de Cheverny chargé d’en assurer l’exécution ».
La première assemblée générale a lieu le 19 avril 1891, dont voici l’extrait des délibérations « L’an mil huit cent quatre-vingt onze, le 19 avril, les membres honoraires et les membres exécutants de l’Union musicale se sont réunis en assemblée générale au siège de la société. Conformément à l’article 5 du règlement, M. Testard a été nommé président de la séance.
1) Il a été décidé que, pour garantir l’emprunt, tous les sociétaires (membres titulaires et membres honoraires) se portaient solidairement garants du remboursement, et que les instruments resteraient à la société jusqu’à extinction de la dette, et ne pourraient être vendus qu’un an après la dissolution, qui ne sera prononcée que par les deux tiers des membres réunis en assemblée générale. (Modification de l’article 33 du règlement).
2) La société a décidé à l’unanimité qu’il y avait lieu de nommer deux membres honoraires dans le conseil d’administration dont l’un serait président et l’autre vice-président. Monsieur Mangon a été élu président et Monsieur Bimbenet vice-président (modification de l’article 4).
3) À l’unanimité, il a été décidé d’ajouter deux jours de sorties supplémentaires à l’église : la fête de Pâques et l’Assomption. L’assemblée a autorisé le conseil d’administration à statuer sur les autres sorties imprévues par le règlement (modification article 29) ;
Pour copie conforme, le président de séance ».
Signé : Testard.
Suivent les noms de tous les membres présents : MM. Mangon, Bimbenet, comte de Vibraye, Daridan, Bourbon, Paul Bonroy, Fanton, Bonroy, Riffault, Brémont, Ledard, Guichard, A. Maret, A. Pauron, Augé, Chartier Maxime, Lefèvre, Chouard, Sinet, Leroux, Lecomte, Roy, Larue, Blot, Gauthier, Guillot, Bouton, Paunin, Hardy, Guignebert Albert, Sommier, Beloin, Montet, Duveau, Chartier Hilaire, David, Blanchard, Guignebert Joseph, Cazin Gabriel, Poitou.
Les 3 dispositions décidées lors de l’assemblée générale de ce 19 avril 1891, ont été validées, le 11 mai 1891, par un courrier de la 2e division, direction de la Sûreté générale, qui confirme les modifications de statuts de l’Union musicale de Cheverny.
En date du 22 mai 1891, le bureau des associations musicales de la préfecture de Loir-et-Cher transmet au maire de Cheverny une ampliation de l’arrêté du 11 mai 1891 cité, « autorisant les différentes modifications à introduire dans les statuts de l’Union musicale organisée dans la commune », et le prie de vouloir bien notifier sans retard cet arrêté au président de l’association.
Les informations socio-professionnelles et âges concernant les membres musiciens et membres honoraires, outre les membres fondateurs déjà cités, permettent de constater que la population active de la commune, artisans et vignerons, ainsi que la diversité des âges, était bien représentées :
Henri Mangon, 50 ans, rentier, le Bourg ; Henri Bimbenet, 54 ans, propriétaire aux Robinières ; Raoul Hurault, comte de Vibraye, 29 ans, propriétaire ; Louis Daridan, 45 ans, vigneron à la Caneterie ; Paul Bonroy, 39 ans, instituteur, le bourg ; ? Bonroy ; Vincent Fanton, 51 ans, vigneron à l’Etarge; Albert Riffault, 51 ans, régisseur, la Basse Cour ; Brément ; Antoine Maret, 73 ans, rentier, le bourg ; Albert Ledard, 50 ans, peintre ; Guichard ; François Auger, 73 ans, rentier, le bourg ; Maxime Chartier, le bourg ; 40 ans, menuisier ; Ernest Lefèvre, 34 ans, propriétaire à Poëly ; André Chouard, 34 ans, vigneron à Poëly ; Adolphe Pauron, 40 ans, piqueur, rue de l’Argonne ; Raoul Leroux, 23 ans ou Joseph, 62 ans, charpentier, le bourg ; Roy, médecin, Étienne Larue, 30 ans, ou Gustave, 37 ans, tailleur de pierre, le bourg ; Henri Blot, 33 ans, cordonnier, le bourg ; Eugène Gauthier, 46 ans, vigneron, le bourg ; Joseph Bouton, 50 ans, fermier ; Albert Guignebert, 22 ans , tailleur de pierre, le bourg ; Augustin Sommier, 45 ans, vigneron, le Petit Luth ; François Beloin, 33 ans, bourrelier, le bourg ; (?) Montet ; François Duveau, 46 ans, vigneron, La Porte Dorée ; Hilaire Chartier, 72 ans, rentier, le bourg ; François Lecomte, 36 ans, vigneron Les Cabossières, Étienne David, 34 ans, vigneron ; (?) Blanchard ; Ernest Lefèvre, 34 ans, propriétaire à Poëly ; Joseph Guignebert, 41 ans, vigneron, le Bûcher ; Gabriel Cazin, 16 ans, fils de vigneron ; Joseph Poitou, 53 ans, charron.
Concernant les activités de cette association, aucun registre des assemblées générales n’a été retrouvé. Par contre, Bernard Sinet, alors maire de Cheverny, avait conservé à la mairie, des médailles attribuées lors de participations à des concours musicaux hors département : le 4 juin 1893 à Boissy-Saint-Léger : une médaille d’argent ainsi qu’une médaille d’or en lecture à vue et en exécution ; puis une médaille d’or en exécution au concours du festival de Poissy le 23 juin 1895. Ensuite, plus aucune trace de manifestations.
Il semble raisonnable de penser que les premiers musiciens inscrits à l’Union musicale de Cheverny (comme d’ailleurs à la Lyre de Cour- Cheverny créée en janvier 1890), aient pu bénéficier de la formation musicale dispensée par « La Société des Jeunes gens » créée à Cour-Cheverny en 1877 ! Puisque les jeunes gens de Cheverny pouvaient y avoir été admis. Ce qui expliquerait le bon niveau musical tant en exécution qu’en lecture à vue, et le désir légitime de l’association de se mesurer à d’autres sociétés hors département, avec les excellents résultats que l’on connaît.
Maurice Blanchet, rencontré il y a une quinzaine d’années, avait évoqué quelques noms de musiciens, comme Henri Blanchet qui était 2e alto, Maurice Besnard, Maurice Dassise, ou encore M. Audiane. Il se souvenait que les répétitions et les réunions avaient lieu dans une auberge, « le Grand Chancelier », tenue par le garde du château ; la salle était en terre battue, et servait aussi de salle de bal lors des mariages.

L’Union musicale de Cheverny n’aurait pas survécu à la Guerre 1914-1918
La dissolution n’a pas été actée au service des associations de la préfecture. De plus, le service des associations de la préfecture n’avait aucune trace de cette Union musicale de Cheverny. Il semble que, lors de la parution de la Loi de 1901 qui régit les associations, les dirigeants de l’Union musicale n’aient pas procédé à l’enregistrement de l’association auprès de la préfecture, ce qui expliquerait l’absence de trace officielle. C’était une association de fait.
Les familles des descendants des musiciens, souvent arrière petits-enfants, que nous avons rencontrées, n’avaient aucune trace de leurs aïeuls musiciens, aucun souvenir transmis, aucune photo, aucun instrument.
La bannière de l’Union musicale a été offerte à la Lyre de Cour-Cheverny lors du déménagement des locaux de l’ancienne mairie de Cheverny, ainsi que les vieux instruments. Le nom de Cheverny a été associé à la Lyre de Cour-Cheverny lors du centenaire en 1990.

Les règles qui procédaient à la bonne marche de l’Union musicale étaient précisément définies
Union Musicale de ChevernyLes membres titulaires de l’Union musicale devaient acquitter un droit d’entrée de 3 francs et une cotisation mensuelle de 1 franc (3).
La cotisation annuelle des membres honoraires était de 5 francs.
Toute personne qui désire devenir membre titulaire ou honoraire devra être acceptée par le Bureau mais ne sera réellement engagée qu’après avoir pris connaissance du règlement et l’avoir signé. Pour un candidat titulaire, son acceptation ne pourra se faire que par le chef-directeur qui, après examen, opérera le classement du nouveau membre d’après son degré d’instruction musicale : soit parmi les élèves aspirants, soit parmi les exécutants. Les élèves ne seront admis qu’au commencement des cours d’hiver.
Toute discussion politique ou religieuse est interdite dans les réunions de la société.
Dans le cas de décès d’un membre titulaire ou honoraire, chaque sociétaire est prévenu. Chaque membre doit se rendre sans faute à cette convocation (sous peine d’amende), en tenue, revêtu de ses insignes, casquette, giberne, décorations et crêpe noir au bras gauche. Dans le cas de mariage d’un membre titulaire, la musique donne une aubade si la cérémonie a lieu dans la localité. Pareilles aubades sont données dans le cas de mariage d’un membre honoraire ou de ses enfants.
Le costume adopté par la société de musique diffère de la tenue militaire, de même que les signes distinctifs de grades et les médailles qui ne ressemblent en rien aux décorations nationales et étrangères.

Françoise Berrué

(1) Ampliation : copie authentifiée d’un acte notarié ou administratif.
(2)Le siège de l’Union musicale de Cheverny était fixé au n° 50 de l’avenue du château à Cheverny.
(3) 1 franc de 1890 = 2,98 euros aujourd’hui.

Sources : Archives départementales du Loir-et-Cher ; préfecture du Loir-et-Cher.
Merci à Bernard Sinet, Yvette Cazin-Sinet, les familles Blanchet, Sommier-Héron, Cazin.

La restauration des sculptures du château de Troussay


Serge Bisson dans son atelier
de Saint Viätre (férvier 2019)
La restauration des sculptures extérieures du château de Troussay a débuté dans les années 70 avec la rénovation des deux grandes cheminées, ceintes de couronnes sculptées, qui donnent sur la cour, et le fronton richement orné au-dessus de l'entrée principale. Les deux grandes lucarnes du 2ème étage ont été remplacées.
Serge Bisson, sculpteur installé à Saint- Viâtre depuis 1998, est intervenu sur le site en 2000-2001.
Passionné par son métier, Serge Bisson nous explique que la restauration demande un savoir-faire et des compétences qui dépassent la technique artistique du sculpteur : « Il y a eu une révolution dans le monde de la restauration de monuments, qui a été longtemps une discipline mal considérée. Dans les années 70, restaurer n’était pas « un vrai métier », mais apparenté à une sorte de « bricolage ». La sculpture de création était beaucoup plus noble... Après guerre, quand on a restauré les cathédrales, on n’essayait pas de réparer l’existant : on jetait la sculpture abîmée et on la remplaçait par une copie ».
Restauration des sculptures du château de Troussay
Cataplasme de pulpe de cellulose appliqué
sur le porc épic
Cette approche a commencé à évoluer dans les années 90 avec l’apparition de techniques qui visaient désormais à réparer les parties abîmées en respectant autant que possible l’oeuvre originale. Les techniques, les produits utilisés et les connaissances n’ont pas cessé d’évoluer depuis et on est aujourd’hui en capacité de procéder à des restaurations qui assureront une bonne pérennité des parties traitées. On effectue des remplacements seulement quand c’est nécessaire.

La restauration du porc-épic
Un superbe porc-épic en pierre de tuffaut du XVIe siècle ornait l’hôtel Hurault de Cheverny, qui se trouvait à Blois. Louis de la Saussaye l’a sauvé de la destruction et l’a intégré à la façade de la tourelle nord du château de Troussay. C’est une des pièces parmi les plus remarquables visibles au château de Troussay. En suivant les étapes de la restauration de cette sculpture, nous aurons un bel exemple de la démarche de sauvegarde qui a été réalisée sur l’ensemble des sculptures de Troussay entre 2000 et 2001 par Serge Bisson.
Premières étapes : le nettoyage des pierres souillées par les excréments d’oiseaux, leur traitement biocide contre les mousses et les lichens, puis le dessalage.
Restauration des sculptures du château de Troussay
Le porc épic avant sa restauration
Pour procéder à l’analyse de la teneur en sel de la pierre, on effectue de très petits trous sous forme d’un carottage. Les échantillons prélevés sont analysés en laboratoire. La teneur en sel s’est avérée trop importante pour notre porc-épic. Il a donc été nécessaire de le soigner en profondeur. On lui a appliqué un cataplasme de pulpe de cellulose imbibé d’eau déminéralisée, destiné à aspirer le sel sur toute sa surface. Quand le cataplasme est presque sec, on l’enlève et on mesure à nouveau la teneur en sel. « L’opération cataplasme » pourra être répétée jusqu’à obtenir une teneur en sel estimée satisfaisante. À noter qu’il ne faut pas chercher à retirer tout le sel de la pierre sous peine de la désolidariser. Selon Serge Bisson, « le tuffaut est une magnifique pierre, mais difficile à restaurer. Elle est tendre au sortir de la carrière puis durcit et blanchit au contact de l’air à mesure que l’eau qu’elle contient s’évapore. Lors de ce séchage progressif, il se forme une fine carapace à sa surface qui s’apparente à une vitrification naturelle : le calcin. Il ne se forme qu’une seule fois, d’où l’importance de le préserver quand il est encore présent à la surface de la pierre ».

Un travail de longue haleine
Restauration des sculptures du château de Troussay
Le porc épic avant sa restauration
Sur le porc-épic, le calcin avait disparu. En badigeonnant la sculpture avec du silicate d’éthyle, on redurcit la pierre. Pas seulement en surface : en appliquant au pinceau le produit auquel on ajoute un solvant, le traitement peut agir jusqu’à une dizaine de centimètres de profondeur. L’opération a été réalisée une première fois, après le dessalage du porcépic, en laissant le produit agir quelques mois. Serge Bisson a ensuite répété l’opération pour durcir un peu plus la pierre et a procédé aux finitions. Comme il nous le précise :
« Il est essentiel que la pierre puisse évacuer d’éventuelles infiltrations d’eau rapidement sous peine de casser (même les pierres dures). À une époque, on utilisait du silicate de soude (sur la pierre et le bois), mais il ne pénétrait pas en profondeur. Si l’eau venait à s’infiltrer dans la pierre, elle ne pouvait plus en sortir et le phénomène de poussée induit en détachait la surface par plaques ».
Restauration des sculptures du château de TroussayLe sculpteur peut maintenant procéder à la restauration des éléments de la sculpture proprement dits. Les fissures ont été comblées par des injections de coulis de chaux très fine qui ont permis de recoller certaines parties. Pour les parties manquantes, notamment les fines épines du porc-épic, on réalise de petits trous qui permettent de placer des goujons en fibre de verre qui supporteront un mortier de ragréage qui sera sculpté pour compléter l’ensemble. Par le passé, on utilisait des pattes métalliques comme support du mortier, mais la dilatation du métal, avec le temps, occasionnait des fissures. Pour supporter l’ajout de parties lourdes en mortier, on utilise aujourd’hui des goujons en inox pour les soutenir.
Vient ensuite le moment de refaire les joints en mélangeant de la chaux et de la poudre de pierre, en s’approchant le plus possible de la couleur de la patine du sujet. Les teintes utilisées sont des ocres, et toujours des produits naturels.
À Troussay, d’autres sculptures extérieures ont été restaurées. Selon leur état, certaines ont été simplement démoussées et consolidées (les chimères), d’autres, tels les crochets ou le fleuron de pierre, refaites à neuf. La restauration des sculptures du pape et de la mère des fols de la tourelle nord, peu abîmées, ont fait l’objet d’un dessalage, d’une consolidation et d’un ragréage.

J-P.T.

La Grenouille n°43 - Avril 2019

Restauration des sculptures du château de TroussayRestauration des sculptures du château de Troussay

Restauration des sculptures du château de TroussayRestauration des sculptures du château de Troussay
Restauration des sculptures du château de Troussay

Les tuileries-briqueteries et fours à chaux de la commune de Cheverny

Les tuileries et les fours à chaux existaient déjà dans l'Antiquité et au Moyen-âge, mais en Sologne, le faible peuplement et le mode de construction des maisons, principalement en bois, couvertes le plus souvent en chaume (sauf les édifices religieux), n'ont pas favorisé une forte implantation de ces structures avant le XVIe s. Jusqu'au milieu du XIXe s. le mode d'exploitation des fours reste artisanal, le thuillier (orthographe utilisée à l'époque) est souvent à la fois paysan et artisan car la fabrication des tuiles et des briques ne s'effectue pas toute l'année. Le four à chaux prend alors le relais, notamment en hiver. La chaux est utilisée en construction et essentiellement pour le chaulage des vignes et des terres acides avant les semailles.

Les tuileries-briqueteries et fours à chaux de la commune de ChevernyC'est sensiblement entre le milieu du XVIIIe s. et le milieu du XIXe, lorsque la population augmente et que la construction de châteaux et de maisons d'habitations dans les villages s'accroît parallèlement, que l'utilisation de la brique et de la tuile tend à se développer en Sologne. De même que la multiplication des clos de vignes (amorcée au XVIe s.) multiplie les besoins en chaux. Le nombre de tuileries-briqueteries augmente alors, considérablement favorisé par la présence du bois, de l'argile et de l'eau. Le G.R.A.H.S. (1) a d'ailleurs effectué une étude très complète des briqueteries et tuileries de Sologne, mais seule une page de photographies de la tuilerie « Lalleu » de Cour-Cheverny y figure. S'il n'est pas fait mention dans cette publication des tuileries-briqueteries et des fours à chaux de la commune de Cheverny, c'est vraisemblablement parce qu'il n'en reste pratiquement plus de traces visibles. Notre « Grenouille » trimestrielle a rédigé plusieurs articles (2) sur la restauration de la tuilerie de Cour-Cheverny et nous allons, dans cet article, vous conter l'histoire des tuileries-briqueteries et des fours à chaux de la commune de Cheverny auxquels est plus particulièrement liée la famille Bourbon.

La première tuilerie-briqueterie et le premier four à chaux de Cheverny
L'histoire commence au XVIIIe s. (ou peut-être avant ?). Le seul vestige que nous connaissons de l'une des anciennes tuileries de Cheverny, est situé à la sortie du village, rue du Chêne des Dames : il s'agit du mur pignon de l'actuelle salle des fêtes de la commune (l'ancienne école communale) qui, à l'époque, était l'un des murs du séchoir de la première tuilerie qui a vraisemblablement fonctionné, selon les documents que nous avons pu consulter, du milieu du XVIIIe s. jusqu'au milieu du XIXe s.
Connaissant ainsi l'emplacement de cette tuilerie, il restait à en connaître les propriétaires et/ou exploitants ainsi que les conditions d'exploitation.

Le document de base est un bail notarié (étude de Cour-Cheverny) en date du 23 brumaire an 9 (23 novembre 1800). (3)
Ce bail nous donne des renseignements précieux, non seulement sur le propriétaire de la tuilerie et sur les locataires exploitants, mais aussi sur le mode de fonctionnement de l'établissement... Mais le mieux est de prendre connaissance de ce document.
Dans cet acte, Jean-Nicolas Dufort, propriétaire de la terre de Cheverny, reconnaît « avoir bayé à titre de ferme à prix d'argent pour le temps de 9 années consécutives qui ont commencé au 11 de ce mois pour finir un pareil jour le dit mois... À Pierre Granger, tuilier, et à Jeanne Billaut, sa femme qu'il autorise à l'effet des présentes... La tuilerie de la commune de Cheverny consistant en un corps de bâtiment servant de logement au tuilier composé de 2 chambres ayant cheminée en l'une desquelles il y a un four à pain, grenier sur les 10 chambres et écurie, cave dont l'entrée est dans la principale chambre. Devant les deux corps de logis est un four à cuire la chaux et un autre à cuire tuiles et briques. Un grand bâtiment servant à serrer les marchandises fabriquées, une place pour faire sécher les marchandises, un autre corps de bâtiment servant d'atelier, un jardin devant la maison, une fosse... à la charge de laisser libre le canal qui amène de l'eau au potager, un puits à eau dans la cour qui sera commun avec les locataires des maisons de la Huraudière, plus un autre petit corps de bâtiment composé d'une chambre à feu, un cabinet à côté, un grenier sur le dit bâtiment, un jardin devant ce corps de bâtiment.
Un arpent de pré en une pièce, situé dans la prairie Delaunay ou le pré du jeu de quilles. Deux arpents de pré, appelé le pré Martin sur la rivière de Conon au-dessous du moulin de Vollay.
À charge pour eux preneurs, à quoi ils s'obligent solidairement : - de garnir de meubles pour sûreté du prix de la ferme ci-après ; - d'entretenir les jardins en bonne maturité de culture... - d'entretenir tous bâtiments... »
En plus des clauses habituelles contenues dans un bail d'habitation, des clauses spécifiques à l'activité du tuilier figurent dans le bail, et notamment celles qui concernent l'approvisionnement de la tuilerie en argile (briques et tuiles) et en calcaire (pour la chaux). Le bailleur devant fournir au preneur les matériaux nécessaires à la fabrication, l'acte comporte donc des clauses particulières et notamment :
« ... Aurons les preneurs la permission de tirer des terres pour la fabrication de la tuile dans le chemin qui était tracé dans les vignes pour aller à la closerie de bois et après le grand chemin de Contres jusqu'aux vignes appartenant au bailleur à la charge pour eux de rejeter les vuidanges de terre (4) dans les trous qu'ils feront pour élever la terre à tuile et d'unir le terrain autant qu'il sera possible...
Les preneurs auront le droit de tirer de la pierre pour faire chaux dans une pièce de terre appartenant au bailleur et dépendant de la ferme de Poi, commune de Cheverny, ladite pièce située près le Sou aux bordes le long du chemin de Chitenay à Cheverny, ainsi que dans une pièce de terre dépendant de la Roussellière appartenant au bailleur, le long de la grande allée de Contres, dans les endroits où les carrières sont déjà ouvertes à la charge par les preneurs de ne point endommager les récoltes et de recombler les trous qu'ils feront avec les vuidanges provenant des fouilles pour rendre le terrain le plus uni qu'il sera possible... ».

Le deuxième document est une délibération du conseil municipal de la commune de Cheverny en date du 8 septembre 1793
Il y est question d'un litige entre Jean Lavallé qui loue la tuilerie au comte Dufort de Cheverny et Gilles Guillot, fermier, locataire du même comte Dufort en charge de cultiver les terres de la ferme des Vallées. Guillot reproche au tuilier d'avoir creusé cinq fosses pour se procurer de la terre pour faire l'argile (ce que son bail l'autorise peut-être à faire à cet endroit) sans les reboucher ni enlever la terre (obligation du bail).
Le conseil municipal (qui exerçait alors une sorte de fonction de police), s'appuyant sur l'enquête effectuée par le procureur (5) de la commune, charge ce dernier « d'intimer au citoyen Lavallé l'ordre positif de la commune d'enlever les terres fouillées [et] endommager par le charroi le moins possible le labourage existant... ». Et de lui notifier qu'en cas d'inexécution de sa part il en sera référé à l'administration du district.
Nous connaissons donc deux actes qui nous renseignent sur l'existence à la fin du XVIIIe s. de cette tuilerie en activité sur la commune de Cheverny (avec un four à chaux et un second four pour cuire les briques et les tuiles), et sur son propriétaire et les exploitants en 1800. De même, le cadastre napoléonien de 1813 (voir le plan) nous permet de situer les bâtiments et les fours à la sortie du village en direction de Contres (parcelles n° 95 et suivantes).
Les recherches effectuées aux Archives départementales, municipales et auprès d'un généalogiste, nous ont permis de poursuivre notre enquête sur les tuiliers de Cheverny.

La tuilerie existait déjà au milieu du XVIIIe s.
Elle est mentionnée dans deux baux passés devant maître Bimbenet, notaire royal et consentis par Le comte Dufort de Cheverny à François Meunier le 30 avril 1765 (Jean- Nicolas Dufort venait d’acheter le domaine), puis à Guillot, laboureur, et à son épouse, le 14 janvier 1772 (6) (nous ne sommes pas allés plus en arrière dans le temps). Ces actes concernent la ferme (métairie dans les actes) de la Rousselière et comportent l’indication des terres dont le fermier a la jouissance et, notamment, « la terre de la Vallée dans laquelle le tuillier de Cheverni tire des terres pour l’usage de ladite tuilerie, lequel tirement les preneurs seront tenus de souffrir... ».

Où l'affaire se complique
Pierre Granger, qui vient de signer le bail de la tuilerie, décède à Cheverny le 14 juillet 1801, laissant sa veuve, Jeanne Billaut, avec deux enfants qui ne sont pas en âge de travailler. Son fils, également prénommé Pierre, est né en 1796 et a cinq ans et sa fille Marie-Anne, née le 6 janvier 1797, alors que le couple habitait encore Candé, a 4 ans. Au recensement de la commune de Cheverny de 1831, Pierre Granger fils, âgé de 35 ans, exerce le métier de journalier. Par ailleurs, Jeanne Billaut, veuve Granger, loue une grange « située au bourg, commune de Cheverny faisant partie de la maison occupée par ladite veuve Granger... » selon bail en date du 12 septembre 1811, passé devant maître Martin, notaire à Cour-Cheverny. En 1811, elle n'habite donc plus la tuilerie. Enfin, dans son acte de décès du 25 octobre 1830 à Cheverny, sa profession (ainsi que celle de son fils déclarant) est celle de journalier.

La « saga » de la famille Bourbon 
La généalogie de la famille, établie par Christian Béastre (Geneanet) nous a permis de remonter à Louis Bourbon, né en 1750 et baptisé en 1758, journalier et tuilier, qui se marie le 7 juin 1791 à Blois avec Marguerite Perreau. Travaillaitil comme ouvrier tuilier à Cheverny ? La question peut se poser, avec une réponse positive plausible, puisque l'acte de naissance de son fils Louis Pierre Bourbon, né à Cheverny, le 24 août 1794, mentionne qu'il est tuilier et qu'il habite Cheverny à cette époque. (7
 En l'absence de documents de recensement avant l'année 1931 ou de nouveau bail dont nous n'avons pas retrouvé la trace, il existe une période d'incertitude sur le devenir et le fonctionnement de la tuilerie (nous savons qu’elle a été démolie en 1855). Cependant, l'hypothèse que la gestion de la tuilerie ait été reprise par Louis Bourbon avec, par la suite, l'aide de son fils Louis Pierre et des autres membres de sa famille semble crédible, dans la mesure où il n’existe pas d’autre tuilerie à Cheverny et que nous avons la preuve, d’une part, qu’ils habitent Cheverny (le bourg) et que, d’autre part, la famille Granger n’habite plus la tuilerie (comme vu ci-dessus). Cette hypothèse est confortée par les actes d'état civil des intéressés entre les années 1800 et 1831 (date des premiers recensements de population que nous avons pu consulter).
Sont ainsi mentionnés comme tuiliers (ou thuiliers) :
- Louis Pierre Bourbon, dans l'acte de naissance de sa seconde fille Augustine Madeleine, née le 24 novembre 1918 à Cheverny. L'acte précise « Tuilier en cette commune », et dans l'acte de naissance de sa troisième fille Joséphine Pauline, née à Cheverny le 14 août 1820.
- Pierre Rémi Bourbon, plus jeune fils de Louis Pierre Bourbon, décédé à Cheverny à l'âge de 15 ans le 20 avril 1820 (Pierre Rémi est tuilier dans l'acte de décès).
- Louis Bourbon (le père de Louis Pierre) est mentionné dans l'acte de mariage de sa fille Marguerite avec Étienne Leroux le 26 novembre 1820 (tuilier à Cheverny).
- Il est aussi mentionné tuilier (ainsi que Louis Pierre) dans l'acte de naissance de sa fille Marie-Geneviève du 8 mars 1817.

Les recensements comme sources de renseignements (8)
Les tuileries-briqueteries et fours à chaux de la commune de ChevernyLes renseignements fournis par les recensements des habitants de la commune de Cheverny de 1831 a 1906 sont essentiels car ils permettent de constater que la famille Bourbon est présente dans le bourg de Cheverny sans discontinuer jusqu'en 1896, formant une véritable dynastie, comme cela s'est produit pour d'autres familles dans des villages solognots.
Effectués par maisons et foyers, les recensements mentionnent généralement l'état civil, le statut dans la famille, l'âge et la profession de chacun des habitants. Pour la famille Bourdon, la profession mentionnée dans tous les recensements est celle de tuilier.
C'est ainsi que le recensement de 1831 mentionne comme habitant le bourg de Cheverny :
- Louis Bourbon, 80 ans, tuilier ;
- Louis Bourbon, 36 ans, tuilier (il s'agit de Louis Pierre né en 1794) ;
- Élisabeth Mourlon (Marie-Anne), son épouse ;
- ses cinq enfants et Sylvain Chartier ouvrier tuilier.
Les recensements des années 1836, 1841, 1846, mentionnent toujours Louis (Pierre) Bourbon, son épouse « tuiliers » et ses enfants, ainsi que Pierre Moreau (futur beaufrère qui apparaît en 1841, seul, puis avec son épouse et une fille en 1846).
Le recensement de 1851 est identique aux précédents mais Louis (Pierre) qui a 56 ans, est « tuilier propriétaire » et l'un de ses enfants, habitant avec lui, Louis-Joseph né en 1829, devient tuilier.

Le nombre de tuiliers augmente à partir du milieu du XIXe s.
En 1856, Louis (Pierre) Bourbon âgé de 62 ans est « rentier » et habite séparément du reste de la famille avec son épouse. Les autres Bourbon sont : Louis-Joseph Bourbon, 26 ans, tuilier, son épouse Henriette Mourlon, (dont les prénoms pour l'état civil sont Émilie Honorine Henriette) et six ouvriers qui sont hébergés par eux et figurent dans le foyer recensé.
En 1861, Louis-Joseph Bourbon, tuilier, vit avec son épouse Henriette Mourlon et leur fille Aimée. Deux ouvriers demeurent avec eux (Henriette est couturière).
Les tuileries-briqueteries et fours à chaux de la commune de Cheverny
Recensement de 1856 à Cheverny (extrait)
À noter que le beau frère de Louis-Joseph Bourdon, Pierre Moreau (qui a épousé Eugénie Bourbon, soeur de Louis Joseph), ainsi qu’un nommé Henri Richard, 17 ans, (qui vit avec son père, terrassier) sont aussi tuiliers.

Mais où travaillent-ils ?
La question se pose, suite à l’arrêt en 1855 de l’activité de la tuilerie qui appartient au domaine de Cheverny (matrice cadastrale de 1885 qui se rapporte aux parcelles concernées). Le marquis de Vibraye les a cédées à la commune de Cheverny à l’occasion de la construction de l’école de filles en 1884 (la mention « VP » pour voie publique indique la nouvelle destination). Ce document mentionne en effet la démolition en 1855 de la tuilerie et de certains bâtiments (seules subsistent les maisons d’habitation). Cet arrêt d’activité est vraisemblablement causé par la construction de l’école de garçons ouverte la même année qui se trouve à proximité immédiate des fours de la tuilerie (9).

Construction de la tuilerie de Cour- Cheverny en 1851
La fermeture de la tuilerie de Cheverny est concomitante avec la construction d’une tuilerie par Michel Molitor (qui était carrier) au lieudit « Lalleu » à Cour-Cheverny. Ce dernier demande l’autorisation de construire au préfet par courrier en date du 15 janvier 1851. L’arrêté qui lui accorde cette autorisation date du 21 février 1851 (10).
La construction de cette tuilerie ne semble pas étrangère à la fermeture de celle de Cheverny et a vraisemblablement permis aux Bourbon et à leurs ouvriers de continuer leur activité. Les Bourbons ont des liens avec Michel Molitor et les habitants de Lalleu puisqu’ultérieurement ils rachèteront à cet endroit une maison et ses dépendances, ainsi que la tuilerie elle-même. Or, depuis sa construction, jusqu’à l’arrêt d’activité de cette tuilerie, les maisons situées à Lalleu sont, soit louées à des tiers, soit habitées par leurs propriétaires qui ne sont pas tuiliers, ainsi que cela résulte des recensements de Cour-Cheverny (pour les secteurs de L’alleu, de la Borderie et du Carroir qui bordent la tuilerie) et des actes de transmission de propriété. Cette situation permet de penser raisonnablement que les Bourbon exploitent la tuilerie.

La construction de la nouvelle tuilerie de Cheverny
Les tuileries-briqueteries et fours à chaux de la commune de Cheverny
Situation du tertrain destiné à l'établissement d'un four à chaux
appartenant aux sieurs Bourbon et Brément à Cheverny
Le 10 juillet 1863, Louis Pierre Bourbon et Alfred Brément (qui est le boulanger du village) déposent un brevet auprès de la préfecture de Loir-et-Cher concernant un four à chaux, à briques et à tuiles à foyer unique. Il s'agit d'améliorations apportées à un brevet déposé au milieu du XIXe s. par un autre tuilier (11).
Les tuileries-briqueteries et fours à chaux de la commune de Cheverny
Lettre au Préfet
Ce brevet est lié au dépôt à la préfecture le 25 juillet 1863 par Louis Bourbon d'une demande d'autorisation de construire un four au Clos de l'Orme à Cheverny. À la demande du préfet, le maire prend, le 2 août, un arrêté ordonnant l'enquête de commodo et incommodo (12) (décret du 15 octobre 1810 de Napoléon 1er sur les établissements classés dangereux et insalubres). Cette enquête révèle que seul le marquis de Vibraye s'oppose à la construction, estimant que le four est trop près du parc du château (mais cet argument n'est cependant pas retenu, le four ne rentrant pas dans la catégorie des feux ouverts). L'autorisation de construire le four, situé à 50 mètres seulement du parc, avec une cheminée d'une hauteur de 15 m, est accordée par le préfet le 28 septembre 1863. Pourquoi cette nouvelle tuilerie ? Vraisemblablement afin de devenir propriétaire de leur outil de travail car à cette époque, ils n’ont pas encore acheté la tuilerie Lalleu de Cour-Cheverny.

Lettre au Préfet : Louis Bourbon, tuilier et chaufournier au bourg de Cheverny, écrit au préfet le 25 juillet 1863. Il sollicite l’autorisation de faire construire une usine à faire cuire la chaux, la brique et la tuile sur un terrain situé entre les deux routes de Blois à Bourges et de Contres à Bracieux à une très grande distance de toute habitation. La cheminée s’élèvera à quinze mètres, ce qui permettra à la fumée de n'incommoder personne...

L’acquisition par Louis Joseph Bourbon et son épouse de la tuilerie « Lalleu » et d’’une maison au même endroit à Cour-Cheverny
Louis Joseph Bourbon acquiert, suivant acte reçu par maître Yvan, notaire à Cour- Cheverny, en date du 4 janvier 1885 : 
« ... Une tuilerie à Lalleu près le bourg et commune de Cour-Cheverny :
- premier corps de bâtiment [à usage d’habitation et un séchoir] ;
- deux autres séchoirs ;
- cellier, chambre froide, séchoir ;
- cour, dans laquelle se trouve un atelier à démouler, un puits et un séchoir en bois ;
- jardin derrière » (13).

L'apogée des deux tuileries
Après la construction de la nouvelle tuilerie du Clos de l'Orme, l'activité se poursuit et se développe avec la tuilerie de Cour-Cheverny. Les recensements des années 1866, 1872 et 1876 font état de la présence à Cheverny des mêmes familles de tuiliers, à savoir : Pierre- Louis Moreau avec son épouse et ses deux enfants, ainsi que Joseph Moreau-Bourbon Louis-Joseph, son épouse, ses 2 enfants dont Aimée qui, en 1876, à 20 ans, est devenue tuilier, et un domestique. Trois autres ouvriers tuiliers vivent en 1866 avec leur famille dans le bourg de Cheverny : François Lahilleau et les frères Brinas. En 1872, l'un des frères Brinas et Coneau Constant.
Les recensements de 1881 et 1886 à Cheverny comprennent les deux familles presqu'au complet (les enfants ont grandi), à savoir :
- Louis Joseph Bourbon, sa fille Aimée (1881), son fils Ludovic (1886), un parent, Eugène Gouard, tous les quatre tuiliers, et un domestique... Son épouse Henriette est toujours couturière (Aimée n'est plus mentionnée en 1886).
- Pierre Louis Moreau, sa seconde épouse Ernestine Bourbon, ses deux enfants, Augustin et Gabrielle, tous les quatre tuiliers. C’est à cette époque, pendant les dix années suivantes, que les tuileries emploient le plus de personnel.

Le déclin
Parallèlement se développent les grandes structures qui amènent progressivement la disparition des multiples petites exploitations installées en Sologne. Les besoins sont immenses et la concurrence de ces grosses structures liées à la mécanisation de la production des tuiles et des briques nécessite des investissements trop importants qu'elles ne peuvent pas effectuer. La première tuilerie mécanique fonctionne à partir de 1898 à Roumazières en Charente.
Pour les tuileries de Cheverny et de Cour- Cheverny, cette évolution et le décès de Louis Joseph Bourbon en 1895 entraînent leurs disparitions en quelques années. Déjà, en 1889, une partie des installations du clos de l’Orme à Cheverny sont arrêtées (démolition partielle sur la matrice cadastrale).
Le recensement de 1896 fait apparaître comme seuls tuiliers à Cheverny Henriette Mourlon, (« chef ») veuve de Louis Joseph Bourbon décédé l’année précédente et Louis Bourbon, 33 ans, leur fils.
Dans le cadre du règlement de la succession de son père, Louis Bourbon vend sur licitation (14), après décision judiciaire, et suivant PV d’adjudication du 7 mars 1897 (maître Taillebois notaire à Blois et maître Huet, notaire à Cour-Cheverny) les immeubles (ou ce qu’il en reste) :
- la tuilerie et les bâtiments du clos de l’Orme à Cheverny (lot n° 4) ;
- la tuilerie et les bâtiments annexes, situés à Lalleu (Cour-Cheverny, lot n°5).
Ils sont adjugés respectivement à Louis Paunin, agriculteur exploitant la ferme de la Rousselière (seule la maison d’habitation ne sera pas détruite) et pour le lot 5 à monsieur Chauveau (déjà propriétaire d’une maison et de bâtiments mitoyens. Il est curieux que la matrice cadastrale mentionne en 1899 que la tuilerie Lalleu a été démolie alors que le four et le séchoir subsistent encore. Il s’agit plutôt de la constatation de l’arrêt de l’activité. Le four a été restauré en 2014 par son actuel propriétaire (cf. renvoi n°2).
Lors des recensements de 1901 et de 1906, il n’y a plus de Bourbon habitant la commune de Cheverny, ni aucun autre tuilier. Pierre Moreau et sa famille sont, eux, journaliers depuis 1896.
Ainsi s'achève la saga des Bourbon-Moreau, tuiliers à Cheverny.

F.P.
Les tuileries-briqueteries et fours à chaux de la commune de Cheverny


 Notes :
(1) GRAHS : Groupe de recherches archéologique et historiques de Sologne - www.grahs.1901.org.
(2) Ouvrage « Les grandes heures de Cheverny et Cour- Cheverny en Loir-et-Cher... et nos petites histoires » Éditions Oxygène Cheverny, pages 218 et suivantes.
(3) AD 41 : 3 U 50 16 (inventaires actes notaires de Cour- Cheverny).
(4) Vuidanges : action de vider, débarrasser en moyen Français (dictionnaire Godefroy).
(5) Le procureur représente les habitants de la commune et est élu en même temps que les 3 maires et les conseillers municipaux (voir note 2 ci-dessus, page 247 et suivantes du livre).
(6) AD 41 : 2 E 50/90.
(7) AD 41 : 5 MI 50/R6.
(8) AD 41 : 5 MI 50/R6.
(9) AD 41 : 3P3 50/4 et 4 RDC orange 1031/4.
(10) AD 41 : 5 M 192./141/1283/1 et AD 41 : 1851 W 72.
(11) AD 41 : 2 MILN/R 60 et bulletin des lois de la République française, volume 2 numéros 1504 à 1557 p. 410 : 1 114. Brevet d’invention dont la demande a été déposée le 12 juillet 1865 au secrétariat de la préfecture du département de Loir-et-Cher par le sieur Moreau (Pierre-Louis), tuilier à Cheverny, pour un perfectionnement apporté au four à chaux et à briques à feu continu pour lesquels les sieurs Brément et Bourbon ont pris un brevet d’invention de 15 ans le 10 juillet 1863.
(12) Enquête de Commodo et incommodo, enquête préalable effectuée par l’administration avant la prise de certaines décisions (Etablissements dangereux, incommodes et insalubres...).
(13) AD 41 : 3 P3/50/4.
(14) Vente sur licitation : vente d’immeubles aux enchères dans le cadre d’une succession.

Les tuileries-briqueteries et fours à chaux de la commune de Cheverny

La Grenouille n°43 - Avril 2019