L'hôtel de ville de Cour-Cheverny

La mairie, ou l’hôtel de ville, est un bâtiment incontournable de la vie de la commune. Les origines de l’appellation « l’hôtel de ville » remontent au XIe siècle, qui correspond au déclin du pouvoir seigneurial et à l’octroi des « privilèges » aux municipalités. 
La bourgeoisie émergente y établit le siège du gouvernement de la cité. L’hôtel de ville désigne alors la mairie principale des villes importantes. Après 1789 et la rupture avec la monarchie, les Français s’organisent. Les paroisses deviennent les communes.
 À Cour-Cheverny, le Prieur curé Delarue exerce quelques mois les premières fonctions de maire. Trois titulaires se succéderont en deux ans jusqu’à ce que, fin 1792, Jacques Bimbenet, ancêtre d’une famille locale connue, assure la fonction de maire. 

Après la Révolution Les assemblées municipales ne disposaient pas d’édifice public pour leurs réunions. Elles utilisaient, au départ, les bancs de l’Oeuvre de l’église, puis le presbytère. Ensuite, et certainement dès 1905, lors de la séparation de l’église et de l’État, elles louent les locaux, successivement dans différentes maisons du bourg pour lesquelles elles devaient payer un loyer, le chauffage et l’éclairage. Ce qui n’allait pas sans poser des problèmes. 
En septembre 1852, M. Ganne, nouvellement élu maire, fait déménager les papiers et objets dépendant de la mairie, du local loué alors à Mme Veuve Touchain, vers un nouveau local. Il fait voter un loyer annuel de 100 F, des frais de secrétariat et de chauffage ainsi qu’un budget pour l’équipement de cette nouvelle salle de mairie : 18 chaises neuves convenables et solides, une table longue ou ovale et recouverte d’une serge verte, l’établissement de porte manteaux pour accrocher les chapeaux, casquettes, manteaux, deux flambeaux, et l’acquisition d’une horloge ou oeil de boeuf. Nous allons voir que les démarches et les tracasseries administratives comme financières vont être nombreuses, interrompues par la guerre de 1870. Il faudra des décennies avant d’aboutir à la construction de la mairie. Mais elles vont aussi totalement bouleverser l’urbanisation d’une partie de notre commune. 

1858 
Les foires, marchés et les louées (1) se tiennent sur la place de l’église devenue trop petite pour recevoir cette activité commerciale et source de nuisances. « Le marché alimentaire, qui a lieu chaque semaine, se tient depuis les origines du marché, le long du mur de l’église, le bruit incessant causé par les vendeurs et les acheteurs nuit à l’exercice de l’office religieux… Chaque dimanche, la louée (1) des domestiques, journaliers et vignerons, qui, réunis avec les marchands, occupe toute la route de Blois et obstrue la circulation, des accidents sont à déplorer par le passage des voitures… Les murs de l’église se retrouvent infestés par les ordures ignobles… Dans l’intérêt de l’ordre et par respect pour l’édifice religieux, il est utile pour la commune et encore plus pour l’avenir, d’avoir un nouvel emplacement plus grand, plus digne et plus convenable ».
 Rapidement, l’acquisition de terrains dans le bourg, soit à l’amiable, soit par expropriations est décidée pour créer cette nouvelle place ; le choix d’un lieu est arrêté, jugé le plus convenable aux intérêts de la généralité de la population de la commune, pour recevoir les trois marchés hebdomadaires : c’est l’actuelle avenue de la République qui débouchait alors sur les champs. Mais cette opération entraînait des dépenses importantes pour l’acquisition de bâtiments, de terres et jardins. Le projet est voté avec un budget de dix mille francs. En novembre 1858, le maire rend compte que le projet d’expropriation, pour cause d’utilité publique, de divers immeubles situés dans le bourg, permettant la formation d’une place publique est accepté, il considère « les oppositions formulées, comme dictées par un intérêt personnel sans penser ni à l’avenir ni à l’utilité publique pour la commune ». Deux propriétaires, M. Blineau et Mme veuve Pichery sont vendeurs à l’amiable. Avec M. Dubaux, commerçant, après discussions, un accord est trouvé en février 1860. Le maire est autorisé à faire un emprunt de « précaution » de 7000 F auprès de toute personne de la commune, moyennant paiement des intérêts annuellement … 

Juin 1860 
Il est envisagé « d’établir une halle pour y recevoir et mettre à couvert, pendant les mauvais temps, les marchands et acheteurs les jours de marché. Cette halle serait construite sur la nouvelle place, en face de l’entrée principale. Cette construction devant être établie avec économie et appropriée aux besoins de la commune ». Le Conseil juge qu’il serait de l’intérêt de la commune de donner les travaux en régie, sous la direction de l’agent voyer de Contres. « Elle sera construite à l’extrémité levant de cette place, aurait 17 m de long et 8 m de large ; elle serait close au levant par un mur de 5 m d’élévation au-dessus de terre, que sa façade, vers couchant serait en briques avec arcades cintrées qui reposeraient sur des assises en pierres dures, et que la toiture de la charpente serait couverte en ardoises. ». Le 10 décembre 1860, le plan est communiqué avec le devis des frais de construction. 
« Les travaux sont donnés en régie et pourraient être faits exclusivement par les ouvriers du pays qui s’offrent pour un prix en dessous des prix courants, en raison du but et de l’utilité communale de ces travaux, et que cette régie fournirait de l’ouvrage cet hiver aux ouvriers du pays dont les travaux sont arrêtés ». 

En 1860, Cour-Cheverny compte 2 328 habitants, et Cheverny 1 212 
Des problèmes de circulation sont signalés pour la traversée de la commune. D’autre part, l’école de garçons fonctionne dans une maison particulière devenue trop petite. En 1861, le Conseil municipal envisage d’acquérir des terrains pour créer une rue reliant le mail de l’église à la nouvelle place (actuelle rue Gambetta), d’une autre rue allant de cette nouvelle place à la rue Gillette (actuel Boulevard Munier), et l’agrandissement de la nouvelle place. Un emprunt de 50 000 F est sollicité : il est refusé. Le conseil modifie son projet, prévoit d’augmenter les impôts, et sollicite, en 1862 un emprunt de 27 000 F sur 18 ans. 

1864
Le Conseil projette la construction d’une école de garçons. L’architecte blésois, M. Massé, présente un premier projet. « L’école serait construite au nord de la halle, la mairie ensuite au midi de la halle ». Le projet est accepté mais la réalisation ne suivra pas. 

1868 
M. Deville propose de vendre à la commune une maison pouvant servir de salle d’école, de mairie et de logement pour un instituteur pour 24 000 F. L’offre est refusée car trop onéreuse, située trop loin du bourg et elle ne répond pas aux normes exigées. Le préfet est sollicité pour accélérer l’approbation du projet de 1864, sans résultat. Le Conseil demande à nouveau, en 1865, à l’architecte Massé de préparer un dossier définitif en estimant les dépenses. En mai 1868, le plan est présenté : la décision est ajournée, des modifications sont demandées car le prix est trop élevé. Un mois plus tard un nouveau plan est adopté auquel il faudra encore « apporter des modifications pour arriver à un chiffre raisonnable sans nuire à la solidité ». Mais en août 1868, le plan de l’architecte Massé est abandonné. Un autre projet est alors demandé à M. Guénon, agent voyer à Blois, qui est accepté. Puis la guerre de 1870 est déclarée et les entreprises s’arrêtent de travailler… 

Août 1871 
La halle construite en 1860, abritera la pompe à incendie et ses accessoires, logés chez un particulier à raison de 50 F par an, « car dans un temps où les économies d’administrations sont devenues une nécessité d’époque, il n’est point de détail indigne des administrations locales. La halle de Cour-Cheverny n’a pas d’emploi reconnu indispensable, elle ne sert que d’abri, en conséquence il est facile d’y trouver le logement pour la pompe et ses accessoires, une clôture interne fermant à clé est nécessaire, elle sera faite suivant un devis se montant à 50 F, c’est le prix d’une année de location, pour voir ensuite la pompe logée gratuitement dans un bâtiment communal. » 
Précisons qu'il ne s’agit pas de la halle que nous connaissons aujourd’hui. La guerre entraîne de nombreux préjudices et semble léser une partie de la population, c’est ce qui ressort des remarques rapportées dans les comptes-rendus des conseils municipaux, et les économies sont les bienvenues. 

Février 1873 
Quinze habitants adressent une pétition afin « qu’il soit ouvert une rue partant de la route de Bracieux, en face du vieux cimetière et allant vers la halle, sur une longueur de 61 m, une largeur de 5 m, et se terminant à la rue qui lui est perpendiculaire. Une commission examine la demande et donne, en mai, un avis favorable. M. Martinet, propriétaire du terrain, cède gratuitement à la commune les deux tiers du terrain formant déjà rue, et demande 200 F pour la portion nécessaire à l’ouverture de la rue du côté de la halle, jusqu’à la jonction à la rue perpendiculaire ». C’est l’actuelle rue Gambetta.

Juin 1874 : retour des projets de maison d’école et de mairie Le maire expose au Conseil que « la commune de Cour-Cheverny, une des plus importantes du Loir-et-Cher, est encore aujourd’hui sans mairie ni maison d’école de garçons. Pendant plus de 15 ans, le conseil municipal répondant aux voeux de la population, a régulièrement fait des propositions et projets souvent renouvelés, d’édification… mais leurs efforts ont échoué devant les intentions contraires ou plus justement devant les combinaisons intéressées de l’ancien maire ». Après des vicissitudes diverses, la maison servant provisoirement d’école depuis huit ans, fut gracieusement offerte par M. le Marquis de Vibraye, mais elle doit être libérée. Il est donc nécessaire et obligatoire de doter la commune d’une mairie et d’une maison d’école, réclamée par la population entière, jalouse en cela de toutes les communes voisines, moins importantes, qui en sont pourvues. La position financière de la commune permet ces dépenses dans la mesure rigoureusement étudiée de ses besoins. Les plans et devis de M. Guénon sont à nouveau approuvés. La dépense totale s’élève à près de 44 000 F. Le Conseil espère que la commune sera « puissamment aidée par le gouvernement, qui ne manquera pas de prendre en considération les sacrifices que nous nous imposons dans une année où, aux charges d’une douloureuse et récente invasion, s’ajoutent les pertes considérables résultant, dans un pays presque exclusivement vignoble, des sinistres produits par les gelées printanières de quatre années consécutives ». La commune envisage un emprunt de 30 000 F. Mais le ministère de l’Instruction publique considère que la commune dispose de ressources suffisantes pour construire une école puisqu’elle envisage de construire, en plus, d’autres équipements. Et l’école est menacée de fermeture… 

15 janvier 1875 Le maire, M. Bonamy, suite à la notification du préfet concernant le rejet par le ministère de l’Instruction publique, avec le Conseil, fâché, « exprime unanimement sa surprise, dans la réponse ministérielle mentionnant des explications contraires à l’interprétation des choses, et la notification qui révèle un examen bien superficiel du dossier de la commune ». (phrase soulignée dans la délibération, ce qui est exceptionnel). Et le maire de citer les subventions accordées aux communes environnantes pour leurs constructions d’école, de conclure : « Cour-Cheverny a donc singulièrement démérité, avec 2 432 habitants, sans aucun revenu, s’imposant de lourdes charges contributives, et néanmoins menacée en haut lieu, de n’avoir aucune subvention ». Le Conseil décide alors de construire en priorité l’école de garçons, et ajourne la halle-mairie. Une subvention de 5 000 F lui est accordée le 20 mai 1875 par le ministère de l’Instruction publique. Lors de cette même séance, le maire expose que le bail passé avec M. Lasger, pour la location du local hébergeant la mairie et le garde champêtre est expiré depuis le premier novembre. La construction de la mairie se trouvant encore ajournée, il faut prolonger le bail en prévision des constructions qui ne pourront être terminées avant l’année 1876. Le maire propose de fixer à deux années la prorogation du bail, depuis le 1er novembre 1874 jusqu’au 1er novembre 1876. 

Janvier 1876 
La halle construite en 1860 est démolie. Sur la demande de l’administration, M. Ricou, cafetier sur la place du marché, a laissé libre sa salle de bal, les dimanches et jours de marché, pour les vendeurs et les acheteurs. 

18 mai 1876 
M. Bonamy rappelle que les plans et devis de M. Guénon pour la construction de la mairie ont été acceptés depuis longtemps, que le préfet avait, lui aussi, jugé urgente cette construction. Le Conseil vote un emprunt de 17 000 F sur 10 ans, et une imposition extraordinaire de 11 centimes ¼, à partir du 1er janvier 1877. La construction de l’école commence en avril 1876. Cette date « 1876 » est visible sur une pierre de la façade à gauche de l’édifice actuel. C’est peut-être la première pierre de l’édifice école-mairie tel qu’il était prévu, mais le refus initial de la subvention avait obligé la municipalité à scinder les deux projets. 

31 mai 1877 
Le maire rappelle que, depuis plus de 20 ans, le projet de construction de mairie fait l’objet de nombreuses délibérations ; la construction de l’école est presque terminée. Mais le coût pour la construction de la mairie-halle et logement de la pompe s’élève à 30 000 F, un nouvel emprunt permettra de faire face à cette dépense ! L’adjudication des travaux de la mairie-halle a eu lieu à la préfecture le 19 décembre 1877 : les travaux de maçonnerie et de couverture sont traités par le maire de gré à gré, du fait de l’urgence ; messieurs Vicaire et Larue, maîtres maçons et Rougier, couvreur, présentent les garanties nécessaires. Ils sont dispensés de cautionnement, comme le seront les autres entreprises Nègre (charpente), Vanreye (menuiserie) et Daudin (plâtrerie). 
Place de la Mairie, avec au premier plan la vespasienne

Février 1879 
La construction est terminée. La nouvelle mairie est meublée, et les fournitures livrées permettent une rapide mise en fonctionnement. Lors de la construction de la mairie, outre les bureaux prévus pour l’administration municipale, trois logements permettent d’accueillir le garde champêtre, un instituteur ou encore des employés municipaux, dans la partie située à gauche du bâtiment (accès rue Barberet) et un logement à droite du bâtiment, pour le secrétaire de mairie. Ceci évite le versement d’une indemnité de logement qui leur est réglementairement due. De même, il n’y aura plus de location de locaux pour permettre les réunions du Conseil. 

L’horloge de l’hôtel de ville 
Au XIXe siècle, l’architecture publique intègre la place de l’horloge au centre du fronton de la façade d’hôtel de ville. 
À la séance du 4 août 1907, le maire informe le Conseil qu’une somme de 1 500 F est prévue au budget pour l’achat d’une horloge pour l’hôtel de ville. La fourniture et le travail étant modestes, le conseil l’autorise à traiter de gré à gré avec l’un des horlogers du pays, après s’être entouré des renseignements destinés à l’éclairer et pour avoir des conditions avantageuses pour la commune. Les deux horlogers de la commune sont consultés : l’offre de M. Gabelle est le plus avantageuse et le Conseil l’approuve. 
Cette « horloge d’édifice » a été fabriquée à Morez (Jura) par Louis-Delphin Odobey, famille de fabricants horlogers de père en fils, qui innove en se spécialisant dans les horloges d’édifices. Premier fabricant à inscrire son nom sur les horloges, il multiplie les dépôts de marques de fabrique et protège sa propriété industrielle. C’est une des plus importantes maisons d’horlogerie d’édifices de France. Le mécanisme est magnifique et volumineux (un mètre cube), de conception et d’exécution exceptionnelles sur le plan technique : les axes des rouages sont sur le même plan horizontal. Ce mouvement, qui double la sonnerie des heures et des demies, doit être remonté tous les 8 jours. Dès 1908, l’entretien et le remontage des horloges communales (église et mairie) est assuré alternativement par M. Gabelle ou M. Mollinger, horlogers à Cour-Cheverny. Actuellement, un employé communal la remonte en fin de semaine. Un contrat d’entretien annuel permet de maintenir en parfait état de fonctionnement cet exceptionnel élément du patrimoine courchois. 

1924 
M. Feitu, sculpteur qui a réalisé le Monument aux morts de Cour-Cheverny, offre à la commune une plaque de marbre à la « Mémoire des enfants de Cour-Cheverny morts en défendant la France, le droit et la liberté » qui a été mise en place dans la salle du Conseil municipal. 
Durant le XXe siècle, le rez-de-chaussée dit « la halle » servait de salle des fêtes, où la Lyre, en particulier, organisait chaque hiver des spectacles : concerts, pièces de théâtre ou opérettes en un acte, durant deux week-ends, comme en janvier et février 1926. Puis avec la création des « Joyeux Fantaisistes », en 1938, elle donnait régulièrement des spectacles qui alliaient musique, théâtre et sketches comiques. En mars 1948, La Lyre crée aussi un Comité des fêtes pour « organiser des manifestations musicales et artistiques », concernant uniquement sa société. M. Berger est le premier président. 

Les années s’écoulent et la commune voit sa population augmenter 
Les tâches administratives sont de plus en nombreuses et se complexifient. Les locaux de la mairie, construits il y a 90 ans, ne répondent plus aux besoins. C’est dans un bureau, au rez-de-chaussée, que le maire recevait ; un bureau permettait aussi l’accueil du public, dans lequel travaillait le secrétaire général, et deux employées administratives. La confidentialité y était difficile ! 

Juin 1971 
Au centre, Jean Grateau, maire de Cour-Chevery
avec, à sa gauche, Alain Poher, président du Sénat
Un projet d’aménagement des locaux de la mairie et la construction de WC publics établi par M. Amiot architecte à Blois est présenté par le maire, le docteur Jean Grateau. Le niveau du sol a été rehaussé, les grilles ont été remplacées par des portes vitrées et le chauffage central installé. Les 10 lustres de la salle de réception sont remplacés par 6 lustres plus élégants. Ces travaux de rénovation sont terminés fin 1972. Une réception provisoire a eu lieu en novembre 1973, puis définitive le 14 novembre 1974.
La célébration du centenaire de la pose de la première pierre de la mairie a lieu le 6 juin 1976 sous la présidence de M. Alain Poher, président du Sénat. De nombreuses personnalités étaient présentes lors de la cérémonie à la mairie : Pierre Sudreau, député-maire de Blois, le préfet, le colonel de gendarmerie Arnoult, le Colonel des sapeurs-pompiers Pennanech, entre autres... Le défilé eut lieu avec la Musique de la 13e division militaire régionale de Tours, qui donna un concert l’après-midi. Cette journée fut aussi l’occasion d’inaugurer l’école maternelle, puis la salle des fêtes qui venait d’être construite.
La mairie de Cour-Cheverny en 2018

2017-2018 
Pour continuer la rénovation des locaux, au premier étage, le bureau du maire et un bureau pour les adjoints ont été aménagés dans les locaux d’un ancien logement, offrant des espaces d’accueil agréables et lumineux. La salle du Conseil municipal, qui est aussi la salle des mariages, affiche, dans l’ordre chronologique, les portraits des présidents de la République. Les services administratifs, secrétariat et comptabilité, sont aussi situés au premier étage. Au rez-de-chaussée, le bureau d’accueil a été agrandi, et côtoie le bureau du syndicat d’eau. En outre, des aménagements extérieurs réhaussés, agrémentés de beaux massifs fleuris, permettent le contournement symétrique des trois marches d’accès central, dans le respect de l’accessibilité des établissements ouverts au public.

Des visiteurs célèbres ont honoré notre mairie de leur présence C’est le cas de Pascal Forthuny (pseudonyme de Georges Cochet) : érudit, artiste peintre, poète, romancier et sinologue, originaire de Cour-Cheverny. Il est reçu le 29 août 1948 en présence du maire M. Chéry, de deux conseillers municipaux, le docteur Grateau et Mme Branchu ainsi que de Martin-Demezil, archiviste départemental. Le cortège, emmené par la Lyre, parcourt les rues de Cour- Cheverny, avec les personnalités et d’anciens compagnons d’école, jusqu’à la salle des fêtes (rez-de-chaussée de la mairie). M. Jules Denis, un fervent admirateur, retrace « la vie de l’enfant du pays, vie de labeur, de modestie et de bonté ». Pascal Forthuny, ému, le remercie de cette réception et de l’amitié que lui témoigne la commune. Il évoque ses souvenirs d’enfance, ses voyages à travers le monde où « pendant ce long périple, parcourant des sites merveilleux, il puisait des documents pour ses ouvrages, il n’oublia jamais « son pays ». Pendant plus d’une heure, il parla de la vie de l’ancien Cour-Cheverny, de personnages qui restaient dans sa mémoire, comme M. Bacon, son instituteur, ajoutant quelques anecdotes amusantes, et termina par un remerciement en vieux langage du pays qui souleva les applaudissements de la foule. En août 1960, Pascal Forthuny envoie un colis de livres de poésies qu’il offre à Cour-Cheverny.
En mai 1963, Paul Renouard, artiste peintre, envoie plusieurs de ses tableaux à Cour- Cheverny, où il vient régulièrement dans sa famille. Lors d’une réunion du conseil municipal, il est décidé que la salle du conseil portera le nom de « Salle Paul Renouard ». En association avec le conservateur des musées de Blois, le syndicat d’initiative et la mairie ont organisé une exposition d’oeuvres de Paul Renouard du 15 juillet au 15 septembre 1958 à la cantine de Cour-Cheverny. 
En avril 1994 le Général Morillon vient célébrer la bataille de Camerone en présence de l’académicien Jean-François Deniau. Ce dernier honorait très souvent de sa présence les cérémonies de voeux du maire dans notre commune. 

Nous pouvons clore cet historique, en citant le docteur Jean Grateau, le jour de la commémoration du centenaire de l'hôtel de ville : « nous pouvons mesurer à sa juste valeur, le courage, la perspicacité, le dévouement à la chose publique, qu’il a fallu à ceux qui entreprirent, au fil des mandats, malgré les sarcasmes, le dénigrement, parfois les calomnies, une oeuvre de cette envergure… considérant qu’il est inutile de s’arrêter à ces propos, dictés par des intérêts personnels, sans pensée d’avenir ni d’utilité publique pour la commune ».
Peut-être cette phrase a-t-elle servi d’argument à l’élaboration de la devise de Cour- Cheverny : « Bien faire et persévérer ».
C’est avec un plaisir chaque fois renouvelé que, en arrivant à pied, par l’avenue de la République bordée de sa rangée d’arbres, au retour d’un défilé de commémoration officielle, la sobre et belle silhouette élégante de notre mairie accroche notre regard, la blancheur de ses murs coiffés de ses toits d’ardoise, se détachant sur le ciel bleu… 

Sources : 
- Registres des délibérations des conseils municipaux de Cour-Cheverny de 1830 à 2018. 
- Archives départementales du Loir et Cher. 
Merci à Josiane Grateau pour sa contribution à cette évocation historique. 

(1) La louée : voir page La Grenouille n°41 - page 12  

Françoise Berrué - La Grenouille n°41 - Octobre 2018

La viticulture de Cheverny et Cour-Cheverny

Un peu d’histoire
Les vendanges à la ferme de La Davière
au début du XXème siècle
La culture de la vigne n’est pas nouvelle dans la vallée de la Loire et en Sologne blésoise (ou viticole) ; son essor est tout d’abord le fait des moines qui créent au haut Moyen-âge des abbayes et des monastères dans notre région jusqu’au XIet XIIs. Ensuite, les nobles et les riches leur emboîtent le pas et ont joué un rôle important dans le développement des closeries de vignes. Ainsi, au Moyen-âge, un document constitué par une charte octroyée par le comte de Blois, Hugues II, en 1294 « prend en considération les doléances des bourgeois du Blaisois qui se plaignent que leurs ouvriers vignerons les « marriers » (du mot « marre », terme qui désigne une bêche) quittent prématurément leur travail pour aller cultiver leur propre lopin de terre...(1) ». Au XIXet au XXs., la majorité des exploitations agricoles sont constituées par des closeries que nous retrouvons dans l’histoire de la vigne. À l’origine, les moines emploient des journaliers pour les vendanges et un closier dont la fonction primitive est de garder les vignes contre les vendangeurs clandestins ; il devient ensuite responsable de l’exploitation. Au XIIIs. c’est un vigneron professionnel qui succède souvent à son père et le clos est concédé à vie ou pour une durée variable ; la récolte est souvent partagée. 

L’essor de la vigne au XVIs. 
Les vendanges à la ferme de La Davière
au début du XXème siècle
La viticulture prend un nouvel essor grâce à une source de prospérité venue de la clientèle parisienne suite à l’interdiction faite en 1577 par un arrêt du parlement, aux marchands de vins de Paris de s’approvisionner à moins de 20 lieues de la capitale. Grâce au fleuve (la Loire) et au plateau facilement roulable de la Beauce pour gagner Paris, le vignoble d’Orléans en profite d’abord puis, en aval, les vignobles blésois et de Touraine. Néanmoins, ce développement se fait aux dépens de la qualité des produits. Dès la fin du XVIs., les autorités s’en émeuvent : en 1597 la municipalité de Blois essaie de défendre la réputation de son vignoble en demandant que le cépage « teint », appelé ici « gros noir », soit interdit.
 Dans la Sologne viticole, les cépages producteurs de vin très ordinaire envahissent les finages (2) et la population augmente rapidement, de pair avec l’extension de cette culture entre le XVIIet le XIXs. 
Ce succès économique des vins médiocres a des conséquences sociales importantes. Dès le Moyen-âge, la viticulture est l’affaire exclusive des propriétaires nobles ou bourgeois qui font travailler leurs vignes par des journaliers payés à la journée ou, mieux encore, par des closiers, comme nous l’avons déjà indiqué. Les journaliers et les closiers, ouvriers vignerons logés sur la propriété viticole avec leur famille, contribuent à l’augmentation du peuplement de nos villages (si l’engagement est annuel, l’entrée en activité se fait à la Saint Jean, le 24 juin, et le contrat expire le 29 septembre à la Saint Michel). Ce mode d’exploitation s’est maintenu très tardivement. Nombre de ces salariés ont aussi été tentés par le revenu supplémentaire provenant de lopins de vignes acquis à force d’économies et qui complètent le contrat de louage. 
C’est ainsi que se développe une viticulture paysanne attachée à la production de vin ordinaire qui remplace peu à peu la viticulture bourgeoise par suite de la baisse de la qualité et des profits. 

Le vignoble poursuit sa croissance au XIXs. 
Grâce au développement de la vinaigrerie à Orléans où travaillent plus de 200 fabricants à la veille de la Révolution et à la distillation des eaux-de-vie à Blois, en particulier, des débouchés supplémentaires sont assurés aux petits vins comme ceux de la Sologne occidentale. Le vignoble situé dans l’aire d’attraction du port de Blois, autour de Mont-près-Chambord et de Cour-Cheverny, connaît donc une forte croissance. Les vins produits sont surtout des vins blancs légers qui sont envoyés vers Paris ou transformés en eaux-de-vie (pour le marché parisien ou pour la Hollande). Ces caractéristiques se sont prolongées jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, il y avait trois ou quatre fois plus de vignes qu’actuellement et beaucoup d’exploitants ne possédaient que quelques ceps. Depuis, on a assisté à une forte concentration des exploitations.

Une reconversion vers la qualité (3), du vin délimité de qualité supérieure (VDQS) à l’appellation d’origine contrôlée (AOC). 
Dans la seconde moitié du XXs., la progression des vignobles de cru dans le Blésois, comme en Touraine, est incontestable et due notamment au développement des cépages nobles dans des secteurs voués auparavant à la production de vins ordinaires. 
En 1931, les vignerons de Mont-près- Chambord et de Cour-Cheverny se sont regroupés dans une association au sein d’une cave coopérative. 
En 1945 est créé un « Syndicat de défense des vins de Mont-près-Chambord/Cour- Cheverny » : le but est de sauvegarder la réputation des vins des régions délimitées de Mont, Cour-Cheverny, Cheverny et Huisseausur- Cosson. 
En 1947, le bureau du syndicat engage une procédure auprès du tribunal de Blois pour obtenir une délimitation de VDQS. 
En 1949, les vins produits sur les communes de Huisseau, Mont-près-Chambord, Cour-Cheverny, ont droit à la dénomination de « Vins délimités de qualité supérieure de Mont-près-Chambord - Cour-Cheverny ». Les cépages qui sont autorisés à porter ce label sont le Romorantin, l’Arbois, le Sauvignon, Les vendanges à la ferme de La Davière à Cour-Cheverny au début du XXsiècle. www.lagrenouillevoixdecheverny.blogspot.fr 16 le Pinot de la Loire (4) (qui donnent des vins blancs secs ou demi-secs, fruités, légers et frais). En 1964, le vignoble de Cheverny obtient une appellation d’origine simple dite « Côteaux du Blésois » qui s’étend sur plusieurs communes : Fougères, Chitenay, Cellettes, Cheverny. C’est le rapprochement entre cette appellation et les VDQS Mont-près-Chambord/Cour- Cheverny qui a donné naissance au VDQS Cheverny en 1973. À cette occasion, le syndicat a demandé le droit d’inclure un cépage rouge (5) dans cette nouvelle appellation et, en 1974, le marquis de Vibraye autorise les producteurs de Cheverny à utiliser l’image du château et les armoiries de sa famille sur les étiquettes et les emballages. 
En 1982, un dossier de demande de passage en AOC est déposé auprès de l’Institut National d’Appellation d’Origine. Onze ans plus tard le vignoble de Cheverny obtient non seulement une, mais deux appellations d’origine contrôlée : 
- AOC Cheverny 
- AOC Cour-Cheverny. 
Les décrets concernant les deux AOC sont publiés au Journal Officiel les 24 et 28 mars 1993. L’aire de production du Cheverny est délimitée à l’intérieur du territoire de 24 communes et l’AOC Cour-Cheverny fait l’objet d’un décret particulier : en effet son aire de production est réduite à 11 communes et seul le cépage Romorantin peut y être utilisé. Le rendement de base à l’hectare est fixé à 60 hectolitres, comme pour les Cheverny blancs. L’ensemble du vignoble représente environ 550 hectares. 

Les atouts des AOC Cheverny et Cour- Cheverny 
• La qualité des vins, d’une part, qui surprennent plus d’un connaisseur par le fruité et la franchise et, d’autre part, l’exclusivité de la culture du cépage « Romorantin ». 
• Le fort accroissement du tourisme en Val de Loire. 
• La création, en septembre 2008,de la Maison des Vins située à l’entrée du château de Cheverny (une seconde Maison des Vins a aussi été ouverte au château de Chambord). (6) 
La Maison des Vins 
C’est un lieu innovant qui permet de découvrir une centaine de crus des deux AOC via un procédé unique en France : les visiteurs sont invités à s’équiper d’un « kit de dégustation » composé d’un verre comportant une puce électronique qu’il suffit de poser sous le cru choisi pour se voir servir 3 cl du vin proposé par le viticulteur. Pour compléter ce procédé, une autre application innovante permet d’avoir une présentation audio du vigneron pour chaque vin dégusté. Il suffit de choisir avec sa tablette ou son smartphone le numéro du vin dégusté pour écouter le vigneron décrire son vin, être conseillé sur les accords mets et vins, découvrir des photos du domaine... 
Il y a une quarantaine de producteurs sur le territoire des deux AOC (la Cave coopérative de Mont-près-Chambord, bien que regroupant plusieurs vignerons est considérée comme un seul producteur). Ils sont au nombre de 13 à Cheverny et Cour-Cheverny. 
Les vins de Cheverny et de Cour-cheverny (communes indissociables en matière de viticulture) sont entrés dans une nouvelle période de leur histoire. Ils ont été reconnus par les instances de la profession et se trouvent au sommet de l’édifice parmi les plus grands vins (au dessus des vins de pays et des VDQS). Le public apprécie les cépages nobles des vins de ces deux AOC. 

Plantation de pieds de vigne dans le parc, à proximité
 du château de Cheverny, le 19 juillet dernier
Les vignes du château de Cheverny Il y a 50 ans on cultivait la vigne à la closerie de Courson dans une partie du parc du château devenue forestière. Charles-Antoine et Constance de Vibraye, désirant faire évoluer les jardins et le parc, ont fait le choix de replanter de la vigne à l’emplacement de la grande pelouse, à proximité du château (côté est). Si l’opération s’inscrit d’abord dans une logique touristique, l’enjeu est aussi commercial, la production devant être vendue et constituer un revenu supplémentaire (à terme, 4 500 plants permettant de produire 10 000 bouteilles sont envisagés). 
Des rangées de vignes ont donc été plantées, à titre expérimental, le 19 juillet 2018 sur environ un hectare, après une préparation du sol deux mois auparavant. Ces vignes produiront un vin blanc d’appellation Cheverny dans 4 ou 5 ans. Charles-Antoine de Vibraye précise : « Il nous aura fallu cinq ans pour obtenir le classement en AOC de cette nouvelle parcelle. Nous avions déjà une parcelle AOC de l’autre côté du domaine, mais nous souhaitions un lien visible entre vignes et château dans le parc ». 
À l’occasion de cette plantation, Charles- Antoine de Vibraye avait invité le présentateur de l’émission télévisée « Le monde de Jamy » diffusée sur la chaîne de télévision FR3 afin de médiatiser cet événement important : le retour de la vigne au domaine de Cheverny.

(1) Collection « Les vins de Loire » Éditions Montalba (article de Jean Proveux sur les vins de Touraine). 
(2) Finage : (du latin finis, limite, clôture) correspond à l’étendue d’un territoire villageois. 
(3) « Le petit journal de l’office de tourisme de Cour- Cheverny et Cheverny » n° 2, août 1995. 
(4) En 1997, les cépages supplémentaires sont : Chardonnay, Arbois ou Menu Pineau, Chenin. 
(5) Les cépages pour les vins rouges (AOC Cheverny) sont : Gamay noir, Pinot noir, et en complément le Cabernet franc et le Côt. 
(6) Site internet : www.maisondesvinsdecheverny.fr  

Le Héron - La Grenouille n°41 - Octobre 2018

La vie quotidienne à Cheverny avant et pendant la dernière guerre

Pierre Durand est né en 1931 à Cheverny à la closerie de la Barantinerie (son père en était le closier). Il a été président du Club des Séniors pendant de nombreuses années. Faisant appel à sa mémoire, il nous a confié quelques souvenirs et histoires d’enfance lorsqu’il avait 7-10 ans, avant et pendant la dernière guerre. 

À l’occasion des fêtes du village, il aimait raconter l’histoire de son village sous le caquetoire où les spectateurs se rassemblaient. Il commençait toujours son récit par l’évocation de la peste noire et du cimetière qui se trouvait anciennement place de l’église Saint-Étienne de Cheverny. 

La peste et les loups ! 
« Drôles et drôlières, ben vnue cheu nous. Nous allons vous conter noute commune de Cheverny d’hier à nos jours. On est là sur c’te place où vous avez sous vos godasses un cimetière. C’est en 1628 que la peste noire a décimé 60 % des habitants de Cheverny. Comme il n’y avait plus de cercueils, les morts ont été mis en fosse commune. Quelques temps après, pour aggraver la situation, une invasion de loups décima la campagne dévorant chieuves (chèvres), piaules (moutons) et oui-ouisses (oies), ce qui provoqua la famine dans toute la région... »

Le lavoir communal 
Le lavoir de Cheverny
Il se situe au bord de la rivière Le Courpin, à l’endroit où elle pénètre dans le parc du château. « Avant la guerre, j’allais rejoindre quelquefois ma grand-mère qui se rendait au lavoir (construit au milieu du 19e s.) pour faire sa lessive. Elle s’y rendait avec son vélo à 3 roues avec lequel elle transportait son linge et le bois pour chauffer l’eau des lessiveuses. Elle utilisait de la saponite pour remplacer le savon. Il y avait, en effet, dans le local couvert du lavoir, deux cheminées (une dans chaque angle du bâtiment). Les journées de lavage étaient réglementées. Elle y passait la journée entière. Il y avait 5 bassins : le premier, près de l’arrivée de la source qui l’alimentait était réservé pour prendre l’eau à bouillir et pour rincer le linge. Le travail était pénible et dès l’apparition des machines à laver le linge, le lavoir cessa d’être utilisé »

L’église 
« L’église Saint-Etienne est pourvue d’un caquetoire et l’intérieur est équipé de bancs dans des box, ou prétoires, sur lesquels on inscrivait à l’époque le nom de chaque paroissien. C’était une bretonne, madame Fortune, qui gérait les emplacements. Elle se rendait à la messe avec sa coiffe bretonne sur la tête. 
Du temps de l’abbé Janvier, le Suisse (ou bedeau), surnommé Popaul, sonnait les cloches, l’Angélus, le tocsin. Il avait un fort penchant pour le vin de messe de monsieur le curé. Ce dernier, trouvant son vin de plus en plus mauvais (fade), convoqua le vigneron et lui fit des reproches sur la qualité de celui-ci. Étonné, le vigneron lui confirma que le vin livré était toujours le même. Éclairé par le Saint-Esprit, notre bon curé compris aussitôt d’où venait la supercherie. Il ne dit rien, mais, subrepticement, mis dans la bouteille un puissant purgatif. La veille de Pâques, le jour de la grand-messe, le pauvre bedeau alla bien souvent aux toilettes, ce qui ne manqua pas d’intriguer les fidèles. Le curé, montant en chaire, raconta l’histoire et le bedeau, pris de remords, ne toucha plus jamais au vin de messe »

Cliquez sur l'image pour l'agrandir
La louée « Chaque année, au moment de l’Ascension, le village se rassemblait. Cette assemblée était très importante et l’on y venait de toute la région, y compris de la Beauce. C’est à ce moment-là que se tenait "la louée" (chômeur ou tâcheron en quête d’emploi). Les différentes catégories de demandeurs d’emploi se distinguaient par un signe particulier inhérent à leur spécialité : les drôles, un foulard autour du cou, pour un emploi de charretier ; un bâton de coudrier (noisetier) aiguisé pour les bouviers (gardien de vache) ; une pioche sur l’épaule pour les façonniers (travail à façon sur les chantiers) ; les drôlières attachaient une queue de chèvre à leur boutonnière pour un emploi de gardien(ne) de troupeaux de chieuves (chèvres) ; un morceau de laine de piaules pour les gardiens de moutons ; un plumet d’oie à la main pour les gardiens de troupeaux d’oies ; pour les « bonnes à tout faire », une balayette à la main. Les gens les plus aisés venaient de très loin pour trouver du personnel à leur mesure : c’était l’occasion d’une grande fête au village ». 

Les enterrements 
« Lors des enterrements, le corbillard était tiré par le cheval blanc de Jules Pommier. Le cheval était recouvert d’un drap noir et blanc comportant 4 cordons qui étaient tenus par les amis du défunt. Il existait alors trois sortes de cérémonies : une simple pour les plus miséreux, une avec tentures dans l’église pour les plus aisés et une troisième, dite de première classe, pour les plus riches, avec des tentures supplémentaires sur le caquetoire et dans l’église ». 

Mariage à Cheverny en 1934
Le garde champêtre « À l’époque, le garde champêtre, qui s’appelait monsieur Marquis, était un ancien militaire qui n’avait qu’un bras. À chaque événement, il circulait dans les rues pour annoncer une naissance, un mariage, une circulaire de la mairie... en criant "Avis à la population"... et, avec son seul bras, il battait du tambour. La mairie était située au premier étage de l’immeuble où se trouve aujourd’hui l’épicerie et la crêperie La Cour Aux Crêpes. Le garde champêtre, qui faisait fonction de secrétaire de mairie, logeait au rez-de-chaussée où se trouvait également la boulangerie »

Le carrier « Lorsque je venais voir ma grand-mère au lavoir, je rencontrais souvent le carrier qui exploitait la carrière de pierres située en face du lavoir, de l’autre côté du Courpin (elle est aujourd’hui envahie par un bois). Employé du marquis, propriétaire du château de Cheverny, il était aussi chargé d’entretenir certains chemins de la commune et, notamment, le chemin du Chêne des Dames. Habitant près du lavoir, il gardait la clef et attribuait les places aux lavandières qui payaient 5 sous. 
La veuve de l’ancien carrier, Raymond Janichewsky décédé en 1918 à Verdun, habitait une maison en bois sur le chemin situé au-dessus de la carrière conduisant du lavoir aux Galochères. Elle avait une mule qu’elle emmenait à la source qui alimentait le lavoir et récoltait les sangsues qui se posaient sur les pieds de la mule pour les vendre aux apothicaires, ce jusqu’en 1940 ».

Pierre Durand - La Grenouille n°41 - Octobre 2018

 Yvette Cazin, 4ème génération de Chevernois, se souvient
« Je suis née en 1923 et j’ai vécu toute ma vie à Cheverny. Ce petit pays était le berceau de mes ancêtres, parents, grands-parents et arrières grands-parents qui y sont nés ». «
 Du temps de ma grand-mère, il n’y avait pas encore d’école à Cheverny. Elle fréquentait alors l’école libre de Cour-Cheverny (devenue l’école Saint-Louis) dirigée à l’époque par des religieuses. En 1884 lorsque fut créée l’école de filles à Cheverny (l’école de garçons avait été ouverte en 1855), ma grand-mère fut choisie, en tant que meilleure élève, pour réciter à monsieur le préfet le compliment d’inauguration de l’école ». 

La rentrée des classes 
« Je me souviens de ma première rentrée des classes : les uns étaient joyeux, les autres pleuraient, mais c’était quand même une belle journée avec la distribution des livres et des cahiers, les pupitres encaustiqués et le tablier neuf bien repassé. Il faut avoir à l’esprit que certains enfants faisaient plus de quatre kilomètres à pied pour venir en classe, bien souvent trempés ou les doigts rougis par le gel en hiver. Nous mettions nos vêtements à sécher autour du poêle et bien souvent ils n’étaient pas secs pour repartir le soir »

La remise des prix 
« À l’époque, les garçons et les filles étaient séparés dans les classes et dans la cour de récréation. Les seuls moments où l’on se trouvait ensemble étaient ceux de la préparation de la fête de la distribution des prix, en fin d’année scolaire. Nous décorions dans la joie de jolis costumes avec des fleurs pendant que nous chantions, accompagnés par une fille de la grande classe qui jouait du violon. Quelle fierté que d’aller chercher notre prix (un livre rouge à tranche dorée) ! Et si nous avions la chance d’être premier de notre classe, c’était des mains de monsieur le maire que nous recevions notre prix : quel honneur ! La récompense, en sortant de cette fête, était d’aller boire un verre de limonade chez les parents de Martial qui tenaient l’un des cafés du village : c’était "le top" ! » 

Les commémorations 
Fête dans le parc du château de Cheverny
« Les enfants de village étaient invités à participer aux commémorations du 14 juillet et du 11 novembre au monument aux morts. Au 14 juillet nous chantions : 
"À ciel radieux, tu t’élances 
Gloire à Toi sainte Liberté 
Etends tes deux ailes immenses 
Sur la France et l’humanité". 
Le 11 novembre nous chantions l’hymne à la Liberté. À propos du monument aux morts de la guerre de 1914-1918, la statue du soldat qui se dressait au-dessus est tombée la veille de l’arrivée des Allemands dans le village, en 1940. Elle n’a jamais été remise en place »

Les fêtes de l’église 
« Tous les dimanches nous avions la messe et les vêpres et nous faisions à l’époque deux communions (à 11 ans et 12 ans, toujours à la Pentecôte). Trois jours avant, nous pratiquions une retraite et, à cette occasion, nous allions en récréation dans le parc du château où les garçons apportaient des sodas en cachette. Pour les communions, les filles étaient habillées en blanc : robe de mousseline et voile, bonnet et aumônière. Les garçons portaient des costumes marins et des brassards. 
Une dizaine de jours après, nous célébrions la fête Dieu : le jeudi précédent nous allions faire la moisson de fleurs chez les habitants et le samedi nous égrenions les pétales de roses et de pivoines dans de grandes corbeilles. Le dimanche, après la messe, nous formions une procession qui traversait le parc du château de Cheverny où un reposoir était installé à côté de la pièce d’eau... Le curé était en tête, suivi des enfants de choeur, des grandes filles avec les grandes corbeilles, des communiants en tenues et enfin des plus petites filles habillées de blanc avec une couronne et une petite corbeille tenant par un ruban autour du cou. Durant la procession, nous jetions des fleurs sur le parcours en chantant des cantiques... 
Le lendemain de Noël, on célébrait SaintÉtienne, patron de la paroisse. Une belle fête était donnée où presque tout le monde était présent. Après la messe et les vêpres, le pain bénit, offert par les châtelains, était distribué à tous et je crois que certains ne venaient que pour cela. À cette époque, l’électricité n’était pas installée dans l’église. Des bougies étaient reliées entre elles par un fil d’étoupe : quand l’enfant de coeur allumait l’ensemble, on trouvait cela féérique. À ce moment, nous entonnions à tue-tête le chant de Saint-Étienne avec monsieur de la Salle qui battait la mesure : "À notre foi chrétienne nous resterons soumis". 
Ces fêtes étaient l’occasion, pour les dames et les messieurs, de s’endimancher : les dames sortaient leurs bonnets broche ou leurs chapeaux ainsi que des manteaux en caracul (1) ou en astrakan, ou encore, des "renards" jetés sur les épaules. Tout le monde avait un sac à main, un chapeau et des gants »

Fête dans le parc du château de Cheverny
Le millième cerf « Le propriétaire du château de Cheverny, Philippe de Vibraye et son épouse (leurs parents habitaient le château de Chantreuil), s’installaient l’hiver pour les chasses à courre avec les cuisiniers, femmes et valets de chambres. Cela faisait de l’animation. Je me souviens d’une fête superbe, en 1938, pour la prise du millième cerf ; c’était beau de voir les sonneurs et les invités arriver par la grande allée. On donna un dîner superbe réalisé par un traiteur de Blois (la maison Arena) dans la salle à manger et la salle des gardes »

Les commerçants et les artisans « Il y avait trois « bistrots » à Cheverny : un sur la place où se déroulaient les repas de mariage, des bals et du cinéma de temps en temps, puis le café des parents de Martial, face à la boulangerie, et un autre face au monument aux morts. Une anecdote : le jour de la Saint-Vincent, patron des vignerons, après la messe, les rouges allaient dans l’un et les blancs dans l’autre ; je parle bien entendu des partis politiques... Avec la boulangerie, les épiceries et les nombreux artisans, le bourg menait une vie active et agréable »

Le stade « Le stade animait aussi le village. Le dimanche, les hommes assistaient au match de foot et les femmes venaient les retrouver avec les enfants. En revenant, les uns mangeaient un petit gâteau, les autres buvaient un verre. La gaîté à Cheverny a commencé à s’éteindre après la disparition du stade, puis de la messe du dimanche, puis de l’école »

La guerre de 1939-1945 « Nous avons subi l’occupation allemande et j’ai été certainement la première à assister à l’arrivée des Allemands sur le sol de notre commune en 1940 : tout le monde était parti soit dans les bois ou plus loin. Plus une maison n’était ouverte, sauf la nôtre, rue de l’Argonne ! Quand ils sont arrivés, les Allemands ont investi le village. Nous étions, avec mon frère Bernard Sinet, restés seuls avec notre mère. Ils ont occupé notre maison toute la nuit et attaché leurs chevaux à tous les arbres : je ne vous raconte pas l’état du jardin au mois de juin... Enfin ils ne nous ont pas fait de mal. Puis il a fallu subir cette occupation. Pendant quelques semaines, les officiers occupaient La Roseraie, avenue du Château et dans le chemin aujourd’hui appelé "l’Allée" (la maison de M. Guichard au n° 3). Ils ont été ensuite logés au château de Chantreuil et leurs chevaux ont été remisés aux écuries du château de Cheverny (durant cette occupation, on ne visitait plus le château). Cela a duré 4 ans pendant lesquels on a vécu avec des privations (bien moins cependant que dans les villes), il fallait des tickets pour tout : alimentation, chaussures, textiles, pétrole, etc. On avait des semelles de bois, des pneus rechapés tenant avec des ficelles. Le marché noir s’était installé et certains gagnaient beaucoup d’argent. Le soir, on subissait le couvre-feu et il fallait s’équiper de lumières bleues pour ne pas attirer l’attention des avions. À Blois et aux alentours les ponts ont été détruits ». 
À Cheverny, nous avons eu des résistants. A mon avis, il y avait des parachutages. Le 15 août 1944 nous aurions pu subir un second Oradour car certains de ces gars tiraient pardessus le mur du château et nous devons notre salut à monsieur Hans Haug, qui était conservateur des oeuvres d’arts du musée du Louvre entreposées provisoirement au château de Cheverny. Cet Alsacien parlait parfaitement allemand et, après de longs palabres, il nous a finalement sauvés. C’est un miracle que je puisse écrire cela aujourd’hui car les balles sifflèrent au-dessus de moi. Cheverny aurait pu, après la guerre, rendre un hommage à cet homme courageux » (voir La Grenouille n°.5 d’octobre 2009). 
« Pendant ces 4 années, la vie s’était un peu organisée : il y avait des kermesses au profit des prisonniers de guerre (il y en avait beaucoup à Cheverny). De belles fêtes étaient données dans le parc du château : fêtes de nuit avec les « ballets lumineux » de Viviane Deck, et les artistes de l’époque : André Claveau, Elyane Célis, Charles Trenet et les trompes de chasse. Après ces longues années, la Libération est enfin arrivée. Petit à petit, la vie reprit son cours en s’organisant autour d’un gros travail de reconstruction ». 

(1) Karakul : Caracul ou Karakul : race de moutons à poils longs, originaire de village de Karakul, dans la province de Boukara en Ouzbékistan. Par extension, karakul désigne également la fourrure de ce mouton.

Yvette Cazin-Sinet - La Grenouille n°41 - Octobre 2018