
Nous avons déjà eu l’occasion
d’évoquer les interventions locales de la maréchaussée dans nos communes,
notamment au XVIIIe siècle. Il s’agissait d’un corps de cavaliers chargé de maintenir
l’ordre et la sécurité publique sous l’ancien régime (1).
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Extrait du cadastre napoléonien de 1813 - Section K Source AD 41 |
La gendarmerie à cheval avant son installation à Cour-Cheverny
Un courrier du préfet, adressé en
1828 à la mairie de Cour-Cheverny, évoque le fait que les gendarmes « ne peuvent trouver une
auberge pour y placer leurs chevaux sans payer une rétribution de cinq centimes
chaque fois par cheval », et demande que la commune contribue à ces « frais d’écurie ». La
gendarmerie n’était donc pas implantée localement à cette date. On retrouve la
trace, dans plusieurs courriers officiels de l’époque (3), du transfert le 17 janvier 1845
de la gendarmerie de Bracieux à Cour-Cheverny, sans doute pour des questions de
logement. Le retour de la brigade à Bracieux sera réclamé par cette commune dès
1848. Un poste provisoire de gendarmerie y sera créé en 1858, qui deviendra
définitif quelques années plus tard.
Première implantation locale
de la gendarmerie
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La gendarmerie de Cour-Cheverny avec sa terrasse, au début du 20ème siècle. Au fond, les jardins. |
- une grange de dix mètres vingt
de long sur cinq mètres soixante-dix de large dans laquelle le propriétaire
s’engage à créer une écurie avec six stalles en bois, garnies de deux anneaux
en fer […] ; au fond de l’écurie, sera installé un coffre contenant trois
hectolitres d’avoine ;
- un terrain sera aménagé à
proximité de l’écurie pour stocker le fumier ;
- un hangar dans lequel seront
construites une petite écurie, dite infirmerie, une sellerie avec supports de
selles et de brides, une chambre de sûreté contenant un lit de camp avec une croisée
grillée avec des jambages en pierre de taille, équipée d’une porte fermée par
une forte serrure et dans laquelle sera pratiqué un guichet de vingt
centimètres carrés ;
- une buanderie équipée d’un
fourneau et d’un chaudron ; - cinq celliers pouvant contenir trois à quatre pièces
de vin ;
- deux cabinets d’aisance séparés
par une cloison ;
- la cour sera close de murs, et
six anneaux pour les chevaux seront scellés sur le mur ;
- les greniers seront divisés en
trois parties, pour la paille, les foins et l’avoine ;
- une terrasse de trois mètres de
large sera aménagée, avec un accès par une porte du côté du midi, surmontée
d’une enseigne sur laquelle sera mentionné « Gendarmerie départementale » et
surmontée d’un drapeau tricolore. Au bas de cette terrasse sera aménagé un chemin
donnant accès à une fontaine à laquelle tous les logements auront droit de
puiser l’eau ;
- au nord du terrain seront
aménagés les jardins des logements sur une largeur de quarante-cinq mètres. Le
bail est renouvelé en 1856 pour 18 années supplémentaires. Le 31 octobre 1874,
la maison abritant la gendarmerie est mise en vente par adjudication en l’étude
de maître Deschamps, notaire à Blois. Elle sera vendue par M. et Mme Ganne à
leur mère et belle-mère, veuve de M. Augustin Berrué Boiteau. Fin 1874, à
l’expiration du bail en cours, il s’avère que les bâtiments de la gendarmerie sont
devenus vétustes et inadaptés et, de plus, « les héritiers de Mme Berrué-Boiteau, décédée
récemment, n’ont pas encore opéré leur partage, ni pris les mesures nécessaires
pour la location ». Il est envisagé de transférer la gendarmerie dans le bourg, dans
une maison appartenant à M. de Vibraye. Mais, faute de trouver un accord
financier avec le propriétaire, on décide alors de construire de nouveaux
bâtiments, dans un autre lieu, plus proche du centre bourg.
La gendarmerie de
Cour-Cheverny, rue de la Gendarmerie
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Plan de Cour-Cheverny de 1893 indiquant l'école de filles entre la voie de chemin de fer et la rue de la Gendarmerie (Source : AD41 - 112 Fi-Cour-Cheverny) |
Quand la brigade descend de
cheval
Le 20 février 1885, dans un
courrier au préfet, le maire de la commune exprime l’inquiétude du Conseil
municipal devant la « transformation en brigade à pied de la brigade à cheval existant
à Cour-Cheverny depuis le 1er janvier 1845. Cette brigade a pour
circonscription 9 communes sises sur 3 cantons (Cour- Cheverny, Cheverny,
Cellettes, Fontaines, Tour-en-Sologne, Mont-près-Chambord, Seur, Chitenay,
Cormeray). La brigade à cheval peut à peine suffire aux exigences du service et
sa « transformation en brigade à pied ne pourrait avoir pour conséquence que la
multiplication des délits de toute nature et enlever à la population la
sécurité dont elle a besoin dans les temps agités que nous vivons ».
Retour à la case départ
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Procès-verbal d'installation de la gendarmerie le 1er janvier 1892 à la Borderie, signé par le maire de Cour-Cheverny, Alphonse Bonamy |
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Caves de l'ancienne gendarmerie de Cour-Cheverny |
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Pierrot Gourgues, retraité de la gendarmerie depuis
décembre 1979, ayant connu ces installations, nous a apporté son témoignage : « Je garde de bons
souvenirs de mon séjour à Cour-Cheverny où j’ai tenu le poste de chef de
brigade de 1971 à 1976, dans les locaux de La Borderie ; nous étions 5
gendarmes à la brigade, qui couvrait le territoire de 10 communes. Le fait que
la brigade était installée à Cour-Cheverny, qui n’était pourtant pas un chef-lieu
de canton, est pour moi sans doute dû à la présence du château sur le
territoire. On accédait à la gendarmerie par un escalier donnant rue Denet. Les
locaux de travail étaient très exigüs, avec un bureau pour le chef de brigade
et un petit bureau pour les quatre gendarmes, et deux cellules de sûreté. J’ai
fait aménager une autre pièce, pour notamment y mener les interrogatoires dans de
bonnes conditions de confidentialité. Les bâtiments étaient dans un état
catastrophique, et nous assurions nous-mêmes les travaux d’entretien (peinture,
tapisserie, etc.). Chaque logement était équipé d’un cellier, d’une cave et
d’un petit jardin (à l’emplacement des logements actuels construits en 2012) et
bénéficiait d’une buanderie commune. À l’époque, on parlait déjà de nous
installer dans de nouveau locaux, qui sont venus bien plus tard… La brigade
était équipée d’une seule voiture, une Renault (sans doute une 4L : « C’est
l’une des voitures françaises de l’époque qui permettait de conduire avec le
képi sur la tête » (9)), mais chaque gendarme se déplaçait souvent avec son véhicule
personnel : mobylette et vélo, et recevait à ce titre une indemnité (comme un siècle
plus tôt, à l’époque des brigades à cheval, où le gendarme était propriétaire
de son cheval). Chaque gendarme fournissait également sa machine à écrire
personnelle… Je me souviens qu’en début de carrière, la mobylette et la machine
à écrire avaient représenté pour moi deux mois de salaire…».
PG : « Nous formions une équipe
soudée, proche de la population qui nous respectait, des élus, des services
locaux (comme les pompiers avec qui nous entretenions d’excellentes relations)
et des nombreux propriétaires de châteaux des environs. Nous étions souvent sollicités
pour les festivités au château et pour assurer le service d’ordre dans les nombreux
bals du samedi soir… Ces bals étaient l’occasion pour des bandes de différents villages
alentour de faire parler d’elles en causant quelques dégâts… Pour maîtriser ces
soirées, nous avions souvent l’appui des pompiers et de leurs lances à
incendie, et même un jour du club local de judo, qui, anonymement et discrètement
nous a donné un sérieux coup de main pour assurer le service d’ordre… Notre
brigade possédait également une bonne cave, bien garnie, qui nous permettait de
recevoir nos amis de façon conviviale, créant ainsi de nombreuses occasions
d’échanger avec eux ».
Installation rue de la
Touche
Dès 1980, le besoin d’augmenter
les effectifs et d’installer la gendarmerie dans des locaux plus adaptés se
fait sentir. En 1986, le département du Loir-et-Cher décide de construire une
nouvelle gendarmerie à Cour-Cheverny et en 1990, la gendarmerie s’installe sur
les terrains de la rue de la Touche achetés à la commune, sur lesquels ont été
construits les nouveaux locaux et logements. Selon nos informations, et pour
conclure cette enquête, La Grenouille vous informe qu’il n’est pas prévu de nouveau déménagement…
Merci à Denis Enters,
Pierrot Gourgues, Bruno Brachet, et aux Archives départementales du Loir-et-Cher
qui ont contribué à la rédaction de cet historique.
P. L.
(1) Source : dictionnaire
Larousse
(2) Source : Le cheval dans la
gendarmerie de XVIIIe au XXIe siècle - Édouard Ebel et Benoît Haberbusch – Revue historique des
Armées – n° 249 - 2007.
(3) Source : Archives
communales de Bracieux, explorées par Denis Enters
(4) M. Ganne sera maire de
Cour-Cheverny de 1853 à 1870
(5) Source : Dictionnaire de
la gendarmerie – Editions Léautey,1844.
(6) « Louis Laurent Munier, né
le 16 janvier 1788 à Cour- Cheverny, ancien négociant en vin à Paris, se retira
à la fin de sa vie dans le faubourg de Vienne à Blois. À sa mort le 6 août
1869, […] "par testament, il a légué à la ville de Blois une somme
suffisante à l’achat de 200 francs de rente perpétuelle, lesquels doivent être
employés à l’acquisition de quatre livrets de caisse d’épargne à distribuer
chaque année à quatre enfants de 12 à 16 ans et sortant des écoles laïques de
Blois" ». (Source : Blois, le dictionnaire des noms de rue – Pascal
Nourisson – Editions CLD - 2003)
(7) « Une chambre de sûreté
doit être munie d’un lit de camp, d’une planche pour mettre le pain et les mets
des détenus, d’un baquet et d’une cruche d’eau » - Dictionnaire de la
gendarmerie – Editions Léautey – 1844 / Google Book.
(8) SCI de la Borderie.
(9) Source : Wikipedia
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