L’entretien et/ou la
réfection de ce type de façade en moellons a généralement lieu tous les 100 ou
150 ans.
Bien que la dernière
intervention date semble-t-il du XXe s. (entre les deux guerres), Charles- Antoine
et Constance de Vibraye souhaitaient, en ce début du XXIe siècle, redonner à
cette façade du château son aspect de l’époque de la construction (c’est-à-dire
il y a près de 500 ans, la construction en ayant été achevée en 1634-1635).

La difficulté
consistait à connaître l’évolution de cette façade du château et l’option qui a
finalement été retenue est celle d’un enduit originel « en tapisserie » (1).
Cyril Boucaud arrive à
cette conclusion après avoir étudié successivement :
• les éléments connus
de l’évolution de la façade ;
• un article très
référencé de Bertrand Jestaz à propos de la 139e session du Congrès archéologique de France qui
s’est penché pour la première fois en 1981 sur la question de la maçonnerie de
la façade nord du château ; (2)
• des documents
iconographiques (une peinture et des dessins se trouvant dans les archives
privées du domaine de Cheverny), ainsi que de la lecture du mur et des constatations
faites sur place.
Cyril Boucaud écrit, en
ce qui concerne l’évolution de la façade : « ... à la fin du XIXe siècle, il semblerait
que l’enduit ait été décapé... Sur les premières photographies des années
1880-1890, l’état de l’élévation nord semble effectivement correspondre à une
mise à nu volontaire et soignée par un rejointoiement à la chaux aérienne,
d’après quelques rares résidus encore visibles entre les moellons sur les
retours du pavillon central... Le rejointoiement au mortier hydraulique (3) actuellement visible
peut, lui, être daté de l’entre-deux-guerres d’après les clichés et les cartes
postales qui présentent une inversion de teinte entre les moellons et leur
enduit... ».
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Façade nord actuelle |
L’intervention
effectuée dans la seconde moitié du XIXe siècle aurait été commandée par Paul Hurault de
Vibraye qui a effectué des travaux de restauration après le décès de son père
en 1843. Il existait à cette époque une « tendance » de restaurer en éliminant
les couches de finition qui parachevaient originellement les façades.
L’article de Bertrand
Jestaz évoque un fond « d’enduit lisse, teinté, ou peut-être même en fausse
brique... ». Cyril Boucaud rejoint Bertrand Jestaz compte tenu du fait
qu’un « état original fait d’une maçonnerie de moellons assisés couverts
d’un enduit à pierre vue est peu probable car incohérent avec ce qui se fait à
la même époque sur les châteaux de ce niveau... ». S’il adhère à la
première hypothèse, il rejette par contre l’hypothèse d’un enduit de fausses
briques en l’absence de traces de chromie.
La peinture et deux
dessins de la collection privée, antérieurs au ravalement de 1860- 1870
confortent l’hypothèse d’un traitement avec un enduit lisse teinté.
Et Cyril Boucaud de
conclure : « …la recherche analogique que nous avons évoquée plus haut
présente de nombreux exemples locaux d’élévations à encadrements et chaînes
d’angle à bossages en harpe, sur fond de moellons enduits en tapisserie plus ou
moins fine... ».
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À l’époque où ces
lignes sont écrites, seule une moitié centrale (à droite) a été traitée avec un
enduit en tapisserie. La seconde moitié au centre a été dégarnie et piquetée
(les moellons sont bien apparents) et elle est prête à recevoir les enduits.
Les deux ailes seront traitées en dernier et sont encore dans l’état antérieur
(mortier hydraulique qui laisse apparaître la pierre). Il faudra donc attendre
encore plusieurs mois pour admirer cette partie du château telle qu’elle
existait lors de sa construction.
(1) Un enduit tapisserie est
un enduit de faible épaisseur, de l’ordre de 2 à 3 mm qui doit être réalisé
avec un sable très fin (ex : sablon). Pour permettre cette faible épaisseur,
le support doit être plan et une sous-couche est nécessaire pour boucher le
creux des joints.
(2) Bertrand Jestaz - Le
château de Cheverny : Congrès archéologique de France - 1981, p. 163-177.
Bibliothèque Forney - cote : PER C4
(3) Mortier Hydraulique :
mélange de chaux éteinte, d’eau et de ciment qui sert de liant dans les
constructions.
Le Héron - La Grenouille n°40 - Juillet 2018
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