
Ainsi, le 4 février 1890,
six habitants de Cheverny : messieurs Sinet, Bourbon, Hardy, Paunin, Guillot et
Testard, membres du bureau provisoire de la Société musicale de Cheverny, adressent
un courrier au préfet du Loir-et-Cher (2e division, direction de la Sûreté
générale) lui demandant de bien vouloir autoriser leur association en voie de
formation dans la commune, sous la dénomination de « Union musicale de Cheverny
» en approuvant le règlement joint. Leur demande est accompagnée, le 5 février,
d’un courrier du maire, signé par l’adjoint délégué M. Testard.
Ces signataires habitent
Cheverny. Une recherche dans le recensement de 1891 permet de préciser l’âge et
la catégorie socioprofessionnelle des demandeurs fondateurs : Albert Sinet, 49
ans, couvreur, habite le bourg ; Louis Bourbon, 61 ans (ou son fils Louis, 36
ans) sont tuiliers dans le bourg ; François Hardy, 47 ans, est vigneron au
hameau de Lézeau ; Louis Paunin, 50 ans, est maréchal-ferrant dans le bourg ;
Charles Guillot, 58 ans, est charpentier dans le bourg ; André Chouard, 34 ans,
est vigneron à Cheverny (Poëly), Ernest Chouard, 48 ans, est fermier ; enfin, Jean-Charles
Testard, 69 ans, est rentier et maire adjoint délégué. Les prénoms n’étant pas
forcément précisés, il est permis d’hésiter entre le père et le fils.

Signé « Pour le ministre
», par le conseiller d’État chargé de La direction de la Sûreté générale.
Le 25 février 1890, le
service « Sociétés musicales » informe le maire de Cheverny de la transmission
au ministre de l’Intérieur, des statuts de la société en voie de formation : «
J’ai l’honneur de vous renvoyer les trois exemplaires des statuts en vous
priant de me les retourner complétés conformément aux indications qui précèdent.
Dès réception de ces
documents, Je vous transmettrai ampliation de mon arrêté d’autorisation. »
Le maire de Cheverny
retourne, le 28 février 1890 au préfet, les statuts de l’Union musicale modifiés
selon les instructions en précisant que le local-siège de l’association (2) est indiqué à l’article 31
du règlement.
Le 5 mars 1890, la
préfecture de Loir-et-Cher communique l’arrêté de création de l’Union musicale
en ces termes :
« Nous, préfet de
Loir-et-Cher,
Vu la demande qui nous a été
adressée par un certain nombre d’habitants de Cheverny, à l’effet d’obtenir
l’autorisation en faveur d’une Société en voie d’organisation dans cette commune
sous la dénomination de l’Union musicale,
Vu les statuts, en triple
expédition, qui doivent régir cette association,
Vu l’avis de monsieur le
maire de cette commune,
Vu la Loi du 10 avril 1834,
les articles 291 et suivants du Code pénal,
Arrêtons :
- Art 1. Est autorisée la Société en
voie d’organisation dans la commune de Cheverny sous la dénomination l’Union
musicale.
- Art 2. La dite association sera
régie par les statuts susvisés dont un double demeurera annexé au présent
arrêté. Toute modification aux dits statuts, tout règlement se rattachant à leur
mise en pratique, doivent être préalablement soumis à l’approbation du préfet.
- Art 3. Ampliation du présent arrêté
sera adressée à monsieur le maire de Cheverny chargé d’en assurer l’exécution
».
La première assemblée
générale a lieu le 19 avril 1891, dont voici l’extrait des délibérations «
L’an mil huit cent quatre-vingt onze, le 19 avril, les membres honoraires et
les membres exécutants de l’Union musicale se sont réunis en assemblée générale
au siège de la société. Conformément à l’article 5 du règlement, M. Testard a
été nommé président de la séance.
1) Il a été décidé que, pour
garantir l’emprunt, tous les sociétaires (membres titulaires et membres
honoraires) se portaient solidairement garants du remboursement, et que les instruments
resteraient à la société jusqu’à extinction de la dette, et ne pourraient être vendus
qu’un an après la dissolution, qui ne sera prononcée que par les deux tiers des
membres réunis en assemblée générale. (Modification de l’article 33 du
règlement).
2) La société a décidé à
l’unanimité qu’il y avait lieu de nommer deux membres honoraires dans le
conseil d’administration dont l’un serait président et l’autre vice-président. Monsieur
Mangon a été élu président et Monsieur Bimbenet vice-président (modification de
l’article 4).
3) À l’unanimité, il a été
décidé d’ajouter deux jours de sorties supplémentaires à l’église : la fête de
Pâques et l’Assomption. L’assemblée a autorisé le conseil d’administration à
statuer sur les autres sorties imprévues par le règlement (modification article
29) ;
Pour copie conforme, le
président de séance ».
Signé : Testard.
Suivent les noms de tous les
membres présents : MM. Mangon, Bimbenet, comte de Vibraye, Daridan, Bourbon,
Paul Bonroy, Fanton, Bonroy, Riffault, Brémont, Ledard, Guichard, A. Maret, A.
Pauron, Augé, Chartier Maxime, Lefèvre, Chouard, Sinet, Leroux, Lecomte, Roy,
Larue, Blot, Gauthier, Guillot, Bouton, Paunin, Hardy, Guignebert Albert,
Sommier, Beloin, Montet, Duveau, Chartier Hilaire, David, Blanchard, Guignebert
Joseph, Cazin Gabriel, Poitou.
Les 3 dispositions décidées
lors de l’assemblée générale de ce 19 avril 1891, ont été validées, le 11 mai
1891, par un courrier de la 2e division, direction de la Sûreté générale, qui
confirme les modifications de statuts de l’Union musicale de Cheverny.
En date du 22 mai 1891, le
bureau des associations musicales de la préfecture de Loir-et-Cher transmet au
maire de Cheverny une ampliation de l’arrêté du 11 mai 1891 cité, «
autorisant les différentes modifications à introduire dans les statuts de
l’Union musicale organisée dans la commune », et le prie de vouloir bien
notifier sans retard cet arrêté au président de l’association.
Les informations
socio-professionnelles et âges concernant les membres musiciens et membres
honoraires, outre les membres fondateurs déjà cités, permettent de constater que
la population active de la commune, artisans et vignerons, ainsi que la
diversité des âges, était bien représentées :
Henri Mangon, 50 ans,
rentier, le Bourg ; Henri Bimbenet, 54 ans, propriétaire aux Robinières ; Raoul
Hurault, comte de Vibraye, 29 ans, propriétaire ; Louis Daridan, 45 ans, vigneron
à la Caneterie ; Paul Bonroy, 39 ans, instituteur, le bourg ; ? Bonroy ;
Vincent Fanton, 51 ans, vigneron à l’Etarge; Albert Riffault, 51 ans,
régisseur, la Basse Cour ; Brément ; Antoine Maret, 73 ans, rentier, le bourg ;
Albert Ledard, 50 ans, peintre ; Guichard ; François Auger, 73 ans, rentier, le
bourg ; Maxime Chartier, le bourg ; 40 ans, menuisier ; Ernest Lefèvre, 34 ans,
propriétaire à Poëly ; André Chouard, 34 ans, vigneron à Poëly ; Adolphe
Pauron, 40 ans, piqueur, rue de l’Argonne ; Raoul Leroux, 23 ans ou Joseph, 62
ans, charpentier, le bourg ; Roy, médecin, Étienne Larue, 30 ans, ou Gustave, 37
ans, tailleur de pierre, le bourg ; Henri Blot, 33 ans, cordonnier, le bourg ;
Eugène Gauthier, 46 ans, vigneron, le bourg ; Joseph Bouton, 50 ans, fermier ;
Albert Guignebert, 22 ans , tailleur de pierre, le bourg ; Augustin Sommier, 45
ans, vigneron, le Petit Luth ; François Beloin, 33 ans, bourrelier, le bourg ;
(?) Montet ; François Duveau, 46 ans, vigneron, La Porte Dorée ; Hilaire
Chartier, 72 ans, rentier, le bourg ; François Lecomte, 36 ans, vigneron Les
Cabossières, Étienne David, 34 ans, vigneron ; (?) Blanchard ; Ernest Lefèvre,
34 ans, propriétaire à Poëly ; Joseph Guignebert, 41 ans, vigneron, le Bûcher ;
Gabriel Cazin, 16 ans, fils de vigneron ; Joseph Poitou, 53 ans, charron.
Concernant les activités de
cette association, aucun registre des assemblées générales n’a été retrouvé.
Par contre, Bernard Sinet, alors maire de Cheverny, avait conservé à la mairie,
des médailles attribuées lors de participations à des concours musicaux hors
département : le 4 juin 1893 à Boissy-Saint-Léger : une médaille d’argent ainsi
qu’une médaille d’or en lecture à vue et en exécution ; puis une médaille d’or
en exécution au concours du festival de Poissy le 23 juin 1895. Ensuite, plus
aucune trace de manifestations.
Il semble raisonnable de
penser que les premiers musiciens inscrits à l’Union musicale de Cheverny
(comme d’ailleurs à la Lyre de Cour- Cheverny créée en janvier 1890), aient pu bénéficier
de la formation musicale dispensée par « La Société des Jeunes gens » créée à Cour-Cheverny
en 1877 ! Puisque les jeunes gens de Cheverny pouvaient y avoir été admis. Ce
qui expliquerait le bon niveau musical tant en exécution qu’en lecture à vue,
et le désir légitime de l’association de se mesurer à d’autres sociétés hors
département, avec les excellents résultats que l’on connaît.
Maurice Blanchet, rencontré
il y a une quinzaine d’années, avait évoqué quelques noms de musiciens, comme
Henri Blanchet qui était 2e alto, Maurice Besnard, Maurice Dassise, ou encore M.
Audiane. Il se souvenait que les répétitions et les réunions avaient lieu dans
une auberge, « le Grand Chancelier », tenue par le garde du château ; la salle
était en terre battue, et servait aussi de salle de bal lors des mariages.
L’Union musicale de Cheverny
n’aurait pas survécu à la Guerre 1914-1918
La dissolution n’a pas été
actée au service des associations de la préfecture. De plus, le service des
associations de la préfecture n’avait aucune trace de cette Union musicale de
Cheverny. Il semble que, lors de la parution de la Loi de 1901 qui régit les
associations, les dirigeants de l’Union musicale n’aient pas procédé à
l’enregistrement de l’association auprès de la préfecture, ce qui expliquerait l’absence
de trace officielle. C’était une association de fait.
Les familles des descendants
des musiciens, souvent arrière petits-enfants, que nous avons rencontrées,
n’avaient aucune trace de leurs aïeuls musiciens, aucun souvenir transmis, aucune
photo, aucun instrument.
La bannière de l’Union
musicale a été offerte à la Lyre de Cour-Cheverny lors du déménagement des
locaux de l’ancienne mairie de Cheverny, ainsi que les vieux instruments. Le nom
de Cheverny a été associé à la Lyre de Cour-Cheverny lors du centenaire en
1990.
Les règles qui procédaient à
la bonne marche de l’Union musicale étaient précisément définies

La cotisation annuelle des
membres honoraires était de 5 francs.
Toute personne qui désire
devenir membre titulaire ou honoraire devra être acceptée par le Bureau mais ne
sera réellement engagée qu’après avoir pris connaissance du règlement et
l’avoir signé. Pour un candidat titulaire, son acceptation ne pourra se faire que
par le chef-directeur qui, après examen, opérera le classement du nouveau
membre d’après son degré d’instruction musicale : soit parmi les élèves
aspirants, soit parmi les exécutants. Les élèves ne seront admis qu’au commencement
des cours d’hiver.
Toute discussion politique
ou religieuse est interdite dans les réunions de la société.
Dans le cas de décès d’un
membre titulaire ou honoraire, chaque sociétaire est prévenu. Chaque membre
doit se rendre sans faute à cette convocation (sous peine d’amende), en tenue, revêtu
de ses insignes, casquette, giberne, décorations et crêpe noir au bras gauche. Dans
le cas de mariage d’un membre titulaire, la musique donne une aubade si la
cérémonie a lieu dans la localité. Pareilles aubades sont données dans le cas
de mariage d’un membre honoraire ou de ses enfants.
Le costume adopté par la
société de musique diffère de la tenue militaire, de même que les signes
distinctifs de grades et les médailles qui ne ressemblent en rien aux
décorations nationales et étrangères.
Françoise Berrué - La Grenouille n°43 - Avril 2019
(1) Ampliation : copie
authentifiée d’un acte notarié ou administratif.
(2)Le siège de l’Union musicale
de Cheverny était fixé au n° 50 de l’avenue du château à Cheverny.
(3) 1 franc de 1890 = 2,98 euros
aujourd’hui.
Sources : Archives départementales
du Loir-et-Cher ; préfecture du Loir-et-Cher.
Merci à Bernard
Sinet, Yvette Cazin-Sinet, les familles Blanchet, Sommier-Héron, Cazin.
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