23 avril 1795 : première sortie

(Mémoires Comte DUFORT - Episode n° 13)
Le Comte Dufort sort de son château pour retrouver ses amis à Paris et faire le tour des rescapés de La terreur
Il salue, au passage le Comte de Pilos au château de Meung, son vieil ami d’avant la grande Révolution et, après une nuit à relater leurs souvenirs, il reprit la route pour Paris en faisant halte à Orléans puis une seconde nuit à Etampes. 
À Orléans, pour tuer le temps, il passa la soirée à la Comédie ou il rencontra par hasard, le frère de son ex homme d’affaires, Bimbenet. Celui-ci lui rapporta qu’il ne faisait pas bon, pour les Jacobins, à se faire prendre en ville. Il venait d’assister à la bastonnade de 2 bonnets rouges, place du Martroi. Les voitures publiques remplaçaient les véhicules privés car il était impossible de trouver du fourrage sur les routes. 

Ils se rendirent donc à huit dans ces grandes limousines rondes, à la capitale en 13 heures de voyage. La capitale lui redonna un peu d’espoir et le « réveil du peuple » se fredonnait dans toutes les rues ; l’effervescence des jeunes gens primait sur les buveurs de sang. Il n’avait qu’une hâte, c’était de retrouver son passeport au Comité de sûreté générale et d’y pointer tous les jours. Ce Comité se tenait à l’hôtel de la Vallière, rue de l’Échelle. Il y fût reçu avec ses amis après plusieurs heures d’attente, par un comité de huit députés, dont celui de Tours, Monsieur Ysabeau. Les formalités accomplies, il fut enfin libéré de ces tracas permanents qu’étaient les contrôles tous les 2 ou 3 jours. 

Un soir qu’il dînait chez le fils de son ami Salaberry à l’hôtel des 3 Empereurs, rue des filles Saint-Thomas, ils furent dérangés par la garde Nationale qui entourait le Palais Royal pour contenir une mini-révolte. Des rixes entre jeunes gens et terroristes, cela lui rappelait quelques temps avant son arrestation où, aux mêmes endroits, l’on assommait, tuait et fusillait les passants dans la rue. Il lui arriva de se promener dans ces rues de Paris où jadis, il y vécût avec ses amis. Tout avait bien changé : les maisons d’autrefois étaient vides, tout était compliqué, pas de transport, des émeutes et des rixes à chaque coin de rue, ce qui le décida à rentrer à Cheverny. 
Lorsqu’il arriva au bout de quelques jours à Blois, il fut étonné du changement. On avait désarmé tous les terroristes à l’instar de Paris où c’était beaucoup plus difficile. Toutes les autorités de la ville avaient été renouvelées et remplacées par des honnêtes gens. Monsieur Bellenoue-Villiers fut nommé Procureur général du département par le Député Laurenceot. Le comte Dufort fut donc invité, comme beaucoup d’autres gens, à venir témoigner sur les faits passés. Le rôle de délateur ne convenait à personne. Tous les rescapés en avaient largement fait les frais depuis de longues années et c’est pour cela que, lorsque le Procureur général demanda à Dufort de lui raconter ce qu’il savait sur les frères Duliepvre et les autres, il répondit : - je ne sais rien. La réponse du Procureur fut immédiate : - « Monsieur, vous désirez que les honnêtes gens soient en place, qu’ils poursuivent les terroristes, et dès qu’ils font leur devoir, vous les abandonnez ! En ce cas, Comte Dufort, il vaut mieux que je vous remette ma place ». 
La nuit fut bonne conseillère et le lendemain, le Comte commença à rédiger un rapport contenant les agissements de toute la bande de coquins de délateurs et des voyous qu’avaient connu nos deux villages durant ces années noires. Duliepvre se confina, les années suivantes, dans sa closerie à Cour-Cheverny, sans voir personne, recevant, dès qu’il sortait au village, des injures par toute la population. 
Puis le temps a passé, l’hiver arriva. le député Laurenceot rentra sur Paris à la Convention ; le Comte Dufort reprit ses habitudes. La vie à Cheverny l’occupa beaucoup, sauf l’hiver, ou il repartait au chaud vivre dans son appartement à Blois avec quelques amis. Il y retrouve son fils qui a acheté une maison, rue des Carmélites. Sa fille est revenue sur ses terres pour accoucher de son sixième enfant, avec son mari Monsieur Toulougeon. Nous sommes le 1er mai 1796, Cheverny est paisible en cette fin de printemps et le comte Dufort va recevoir à déjeuner ses amis Gauvilliers et leurs enfants, tous élevés au château de Cheverny et habitant une belle demeure, route de Fontaine Le Guelaguette à cinq quart de lieu. 

Au même instant, le Procureur de Blois rendait son rapport «du 13 thermidor, An III de la République Française». 
Acte d’accusation contre les nommés : 
- Le Petit : Comité Révolutionnaire de Saumur
- Simon : Commandant de l’escorte de Saumur
- Bonneau : Comité Révolutionnaire de l’escorte de Chinon
- Le Maine : Comité Révolutionnaire de l’escorte de Chinon
- Vaulivert : Comité Révolutionnaire d’Indre-et- Loire
- Hézine : Comité Révolutionnaire de Blois
- Gidonin : Comité Révolutionnaire de Blois.

D’après les mémoires du Comte Dufort de Cheverny

Le Colvert - La Grenouille n°14 - Janvier 2012