Le choix d'une carrière

(Mémoires Philippe HURAULT - Episode n°2)
Philippe Hurault a beaucoup de chance de pouvoir poursuivre de belles et longues études. Il faut se souvenir qu’à cette époque les jeunes nobles comme lui partent à la guerre bien avant leur quinzième anniversaire, ce qui leur laisse donc peu de temps à consacrer aux études. Le hasard fait que les deux personnages préposés à son éducation, l’évêque d’Autun et l’abbé de Marmoutier, décèdent rapidement et ne peuvent pas, comme sa famille le souhaite, le «pousser vers l’Église ».

Philippe débute alors ses études à Poitiers. Une belle expérience s’offre à lui de par la diversité des étudiants qui viennent dans cette faculté renommée pour la qualité de son enseignement classique et du latin. En ce début du XVIe siècle, la culture dispensée à tous les jeunes étudiants est plutôt restreinte. Tout en étant universelle et très approfondie, elle se veut généraliste et peu spécialisée.

À cette époque, l’universalité a pour référence en Europe l’Italie et, plus précisément, la ville de Padoue et son célèbre Pic de la Mirandole. Son enseignement y est brillant et il règne à Padoue un vrai débordement de vie et une hauteur d’esprit : cours raffinées, rencontres du même acabit, hommes de lettres ou de guerre, femmes d’esprit ou d’amour… Tout un programme. En particulier, on y apprend à prononcer un discours en latin, se battre en duel, composer des poésies, parader à cheval, danser un ballet, lutter dans le stade…
Sans oublier quantité d’aventures amoureuses dans le raffinement d’une société où les femmes étaient mêlées à tout, bals, défilés, cérémonies religieuses, discussions sur les arts, la musique, la littérature et toujours, l’amour !

Philippe HURAULT "a l'occasion de vérifier à maintes reprises 

que le sourire d'une femme a souvent plus d'importance 

que le discours d'un prélat".
Et l’Amour qui frappe en plein coeur le jeune Philippe se nomme Francesca, fille d’un armateur vénitien qui avait bien connu le père de Philippe, Raoul Hurault, alors général des finances de François 1er. Les deux jeunes amoureux profitent de la ville, du climat et … un peu moins de leurs études ! « Le coeur a ses raisons que la raison ignore » … Mais les parents de la jeune Italienne ne l’entendent pas ainsi et, furieux, ils l’enferment dans un couvent ! On prie Philippe de quitter Padoue et de regagner la France rapidement.
Première épreuve, premiers doutes quant aux bases solides de la foi religieuse et monarchique. Il s’aguerrit pourtant très vite grâce à sa grande maîtrise de lui-même et à sa grande faculté d’observation.

Sa volonté de forger son caractère en même temps que de meubler son esprit lui vaut cette supériorité qu’il va pouvoir imposer tout au long de sa carrière politique. Il a alors 24 ans et sa mère, Madame de Cheverny, se rend à l’évidence : il doit embrasser une carrière plus profitable que celle de l’église !

La politique est déjà pour lui la base de tout et il ne négligera donc pas d’étudier très sérieusement « le maniement des affaires de l’État ». Il entre au Parlement où il a la certitude que se sont faits les grands personnages. Son choix de carrière se précise alors le 9 mars 1553, lorsqu’il prend en remplacement de Michel de l’Hospital, le poste de « Conseiller d’Église au Parlement » pour le roi Henri II. Il va se consacrer avec sérieux«et assiduité à cette charge durant neuf ans.

Vite reconnu pour ses compétences, il monte en grade et entre à la « Grande Chambre » où il a l’opportunité, tout en rendant la justice, d’être utile à de nombreuses personnes de qualité qu’il retrouvera ultérieurement dans sa carrière. Henri II meurt prématurément en 1559 ; son fils François monte sur le trône pour seulement 18 mois car la veuve du roi défunt, Catherine de Médicis revient aux affaires après avoir été longtemps écartée du pouvoir par la favorite et maîtresse du roi de l’époque, Diane de Poitiers.

Philippe est promu par la grâce de la Reine Mère, « Maître des requêtes ordinaires de l’hôtel du roi ». C’est une fonction très importante comme conseiller du roi et magistrat qui lui permet de voter au parlement et aux Cours souveraines. Il participe aussi à la formation des commissions des tribunaux extraordinaires.

Toutes ces hautes fonctions permettent à Philippe de se faire connaître à la Cour et de se faire repérer par le cardinal de Lorraine.

À suivre...


*Source : « Le Chancelier de Cheverny » par le Comte Henri de Vibraye - Éditions Émile Hazan, Paris 1932.

Le Colvert – La Grenouille n° 18 – Janvier 2013