La viticulture de Cheverny et Cour-Cheverny

Un peu d’histoire
Vendanges - Cour-Cheverny
Les vendanges à la ferme de La Davière
au début du XXème siècle
La culture de la vigne n’est pas nouvelle dans la vallée de la Loire et en Sologne blésoise (ou viticole) ; son essor est tout d’abord le fait des moines qui créent au haut Moyen-âge des abbayes et des monastères dans notre région jusqu’au XIet XIIs. Ensuite, les nobles et les riches leur emboîtent le pas et ont joué un rôle important dans le développement des closeries de vignes. Ainsi, au Moyen-âge, un document constitué par une charte octroyée par le comte de Blois, Hugues II, en 1294 « prend en considération les doléances des bourgeois du Blaisois qui se plaignent que leurs ouvriers vignerons les « marriers » (du mot « marre », terme qui désigne une bêche) quittent prématurément leur travail pour aller cultiver leur propre lopin de terre...(1) ». Au XIXet au XXs., la majorité des exploitations agricoles sont constituées par des closeries que nous retrouvons dans l’histoire de la vigne. À l’origine, les moines emploient des journaliers pour les vendanges et un closier dont la fonction primitive est de garder les vignes contre les vendangeurs clandestins ; il devient ensuite responsable de l’exploitation. Au XIIIs. c’est un vigneron professionnel qui succède souvent à son père et le clos est concédé à vie ou pour une durée variable ; la récolte est souvent partagée. 

L’essor de la vigne au XVIs. 
Vendanges - Cour-Cheverny
Les vendanges à la ferme de La Davière
au début du XXème siècle
La viticulture prend un nouvel essor grâce à une source de prospérité venue de la clientèle parisienne suite à l’interdiction faite en 1577 par un arrêt du parlement, aux marchands de vins de Paris de s’approvisionner à moins de 20 lieues de la capitale. Grâce au fleuve (la Loire) et au plateau facilement roulable de la Beauce pour gagner Paris, le vignoble d’Orléans en profite d’abord puis, en aval, les vignobles blésois et de Touraine. Néanmoins, ce développement se fait aux dépens de la qualité des produits. Dès la fin du XVIs., les autorités s’en émeuvent : en 1597 la municipalité de Blois essaie de défendre la réputation de son vignoble en demandant que le cépage « teint », appelé ici « gros noir », soit interdit.
 Dans la Sologne viticole, les cépages producteurs de vin très ordinaire envahissent les finages (2) et la population augmente rapidement, de pair avec l’extension de cette culture entre le XVIIet le XIXs. 
Ce succès économique des vins médiocres a des conséquences sociales importantes. Dès le Moyen-âge, la viticulture est l’affaire exclusive des propriétaires nobles ou bourgeois qui font travailler leurs vignes par des journaliers payés à la journée ou, mieux encore, par des closiers, comme nous l’avons déjà indiqué. Les journaliers et les closiers, ouvriers vignerons logés sur la propriété viticole avec leur famille, contribuent à l’augmentation du peuplement de nos villages (si l’engagement est annuel, l’entrée en activité se fait à la Saint Jean, le 24 juin, et le contrat expire le 29 septembre à la Saint Michel). Ce mode d’exploitation s’est maintenu très tardivement. Nombre de ces salariés ont aussi été tentés par le revenu supplémentaire provenant de lopins de vignes acquis à force d’économies et qui complètent le contrat de louage. 
C’est ainsi que se développe une viticulture paysanne attachée à la production de vin ordinaire qui remplace peu à peu la viticulture bourgeoise par suite de la baisse de la qualité et des profits. 

Le vignoble poursuit sa croissance au XIXs. 
Grâce au développement de la vinaigrerie à Orléans où travaillent plus de 200 fabricants à la veille de la Révolution et à la distillation des eaux-de-vie à Blois, en particulier, des débouchés supplémentaires sont assurés aux petits vins comme ceux de la Sologne occidentale. Le vignoble situé dans l’aire d’attraction du port de Blois, autour de Mont-près-Chambord et de Cour-Cheverny, connaît donc une forte croissance. Les vins produits sont surtout des vins blancs légers qui sont envoyés vers Paris ou transformés en eaux-de-vie (pour le marché parisien ou pour la Hollande). Ces caractéristiques se sont prolongées jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, il y avait trois ou quatre fois plus de vignes qu’actuellement et beaucoup d’exploitants ne possédaient que quelques ceps. Depuis, on a assisté à une forte concentration des exploitations.

Une reconversion vers la qualité (3), du vin délimité de qualité supérieure (VDQS) à l’appellation d’origine contrôlée (AOC). 
Dans la seconde moitié du XXs., la progression des vignobles de cru dans le Blésois, comme en Touraine, est incontestable et due notamment au développement des cépages nobles dans des secteurs voués auparavant à la production de vins ordinaires. 
En 1931, les vignerons de Mont-près- Chambord et de Cour-Cheverny se sont regroupés dans une association au sein d’une cave coopérative. 
En 1945 est créé un « Syndicat de défense des vins de Mont-près-Chambord/Cour- Cheverny » : le but est de sauvegarder la réputation des vins des régions délimitées de Mont, Cour-Cheverny, Cheverny et Huisseausur- Cosson. 
En 1947, le bureau du syndicat engage une procédure auprès du tribunal de Blois pour obtenir une délimitation de VDQS. 
En 1949, les vins produits sur les communes de Huisseau, Mont-près-Chambord, Cour-Cheverny, ont droit à la dénomination de « Vins délimités de qualité supérieure de Mont-près-Chambord - Cour-Cheverny ». Les cépages qui sont autorisés à porter ce label sont le Romorantin, l’Arbois, le Sauvignon, Les vendanges à la ferme de La Davière à Cour-Cheverny au début du XXsiècle. www.lagrenouillevoixdecheverny.blogspot.fr 16 le Pinot de la Loire (4) (qui donnent des vins blancs secs ou demi-secs, fruités, légers et frais). En 1964, le vignoble de Cheverny obtient une appellation d’origine simple dite « Côteaux du Blésois » qui s’étend sur plusieurs communes : Fougères, Chitenay, Cellettes, Cheverny. C’est le rapprochement entre cette appellation et les VDQS Mont-près-Chambord/Cour- Cheverny qui a donné naissance au VDQS Cheverny en 1973. À cette occasion, le syndicat a demandé le droit d’inclure un cépage rouge (5) dans cette nouvelle appellation et, en 1974, le marquis de Vibraye autorise les producteurs de Cheverny à utiliser l’image du château et les armoiries de sa famille sur les étiquettes et les emballages. 
En 1982, un dossier de demande de passage en AOC est déposé auprès de l’Institut National d’Appellation d’Origine. Onze ans plus tard le vignoble de Cheverny obtient non seulement une, mais deux appellations d’origine contrôlée : 
- AOC Cheverny 
- AOC Cour-Cheverny. 
Les décrets concernant les deux AOC sont publiés au Journal Officiel les 24 et 28 mars 1993. L’aire de production du Cheverny est délimitée à l’intérieur du territoire de 24 communes et l’AOC Cour-Cheverny fait l’objet d’un décret particulier : en effet son aire de production est réduite à 11 communes et seul le cépage Romorantin peut y être utilisé. Le rendement de base à l’hectare est fixé à 60 hectolitres, comme pour les Cheverny blancs. L’ensemble du vignoble représente environ 550 hectares. 

Les atouts des AOC Cheverny et Cour- Cheverny 
• La qualité des vins, d’une part, qui surprennent plus d’un connaisseur par le fruité et la franchise et, d’autre part, l’exclusivité de la culture du cépage « Romorantin ». 
• Le fort accroissement du tourisme en Val de Loire. 
• La création, en septembre 2008,de la Maison des Vins située à l’entrée du château de Cheverny (une seconde Maison des Vins a aussi été ouverte au château de Chambord). (6) 
La Maison des Vins 
C’est un lieu innovant qui permet de découvrir une centaine de crus des deux AOC via un procédé unique en France : les visiteurs sont invités à s’équiper d’un « kit de dégustation » composé d’un verre comportant une puce électronique qu’il suffit de poser sous le cru choisi pour se voir servir 3 cl du vin proposé par le viticulteur. Pour compléter ce procédé, une autre application innovante permet d’avoir une présentation audio du vigneron pour chaque vin dégusté. Il suffit de choisir avec sa tablette ou son smartphone le numéro du vin dégusté pour écouter le vigneron décrire son vin, être conseillé sur les accords mets et vins, découvrir des photos du domaine... 
Plantation de la vigne au château de Cheverny
Il y a une quarantaine de producteurs sur le territoire des deux AOC (la Cave coopérative de Mont-près-Chambord, bien que regroupant plusieurs vignerons est considérée comme un seul producteur). Ils sont au nombre de 13 à Cheverny et Cour-Cheverny. 
Les vins de Cheverny et de Cour-cheverny (communes indissociables en matière de viticulture) sont entrés dans une nouvelle période de leur histoire. Ils ont été reconnus par les instances de la profession et se trouvent au sommet de l’édifice parmi les plus grands vins (au dessus des vins de pays et des VDQS). Le public apprécie les cépages nobles des vins de ces deux AOC. 

Plantation de la vigne au château de Cheverny
Plantation de pieds de vigne dans le parc, à proximité
 du château de Cheverny, le 19 juillet dernier
Les vignes du château de Cheverny Il y a 50 ans on cultivait la vigne à la closerie de Courson dans une partie du parc du château devenue forestière. Charles-Antoine et Constance de Vibraye, désirant faire évoluer les jardins et le parc, ont fait le choix de replanter de la vigne à l’emplacement de la grande pelouse, à proximité du château (côté est). Si l’opération s’inscrit d’abord dans une logique touristique, l’enjeu est aussi commercial, la production devant être vendue et constituer un revenu supplémentaire (à terme, 4 500 plants permettant de produire 10 000 bouteilles sont envisagés). 
Des rangées de vignes ont donc été plantées, à titre expérimental, le 19 juillet 2018 sur environ un hectare, après une préparation du sol deux mois auparavant. Ces vignes produiront un vin blanc d’appellation Cheverny dans 4 ou 5 ans. Charles-Antoine de Vibraye précise : « Il nous aura fallu cinq ans pour obtenir le classement en AOC de cette nouvelle parcelle. Nous avions déjà une parcelle AOC de l’autre côté du domaine, mais nous souhaitions un lien visible entre vignes et château dans le parc ». 
À l’occasion de cette plantation, Charles- Antoine de Vibraye avait invité le présentateur de l’émission télévisée « Le monde de Jamy » diffusée sur la chaîne de télévision FR3 afin de médiatiser cet événement important : le retour de la vigne au domaine de Cheverny.

(1) Collection « Les vins de Loire » Éditions Montalba (article de Jean Proveux sur les vins de Touraine). 
(2) Finage : (du latin finis, limite, clôture) correspond à l’étendue d’un territoire villageois. 
(3) « Le petit journal de l’office de tourisme de Cour- Cheverny et Cheverny » n° 2, août 1995. 
(4) En 1997, les cépages supplémentaires sont : Chardonnay, Arbois ou Menu Pineau, Chenin. 
(5) Les cépages pour les vins rouges (AOC Cheverny) sont : Gamay noir, Pinot noir, et en complément le Cabernet franc et le Côt. 
(6) Site internet : www.maisondesvinsdecheverny.fr  

Le Héron - La Grenouille n°41 - Octobre 2018