Le château de Beaumont à Cour-Cheverny

Les familles blaisoises sur les terres et seigneuries de nos communes (1) 

Avant propos : 
cet article entre dans le cadre d’une série sur les familles blaisoises, les terres et les seigneuries se trouvant sur le territoire de Cheverny et Cour-Cheverny, qui n’ont pas encore été étudiées (seuls les grands domaines comme ceux de Cheverny, Troussay, Le Breuil, La Sistière, Les Tourelles, La Borde ont été traités dans les précédentes publications de La Grenouille et dans le livre « Les grandes heures de Cheverny et Cour-Cheverny en Loir-et-Cher... et nos petites histoires »).

Pour cette série d’articles, nous avons pris comme fil conducteur le catalogue des gentilshommes de l’Orléanais, du Blaisois, de la Beauce et du Vendômois qui ont pris part ou envoyé leur procuration aux assemblées de la noblesse, pour l’élection des députés aux États-généraux de 1789 (2)
Sur cette liste apparaissent notamment les noms de Marie Françoise Druillon, veuve de Claude Guérin de Beaumont et une demoiselle Guérin de Beaumont, vraisemblablement Marie Madeleine Françoise, soeur de Claude, (famille et domaine traités dans cet article), ainsi que ceux de Bachot de Lebat, Pierre Druillon, Mahy du Breuil (tous trois membres du présidial et du baillage de Blois), Bonneau de Villavrain, Thymoté Mahy de Ponchardon, Texier de Gallery et le comte Dufort de Cheverny.

Le château de Beaumont : la famille des Guérin de Beaumont
Deux membres de la famille Guérin de Beaumont représentèrent la noblesse blésoise lors de l’Assemblée générale des trois ordres, des 18 et 19 mars, préparatoire des États généraux de 1789.

Histoire de la famille Guérin de Beaumont
Le château de Beaumont à Cour-ChevernyLes Guérin ont été anoblis par charge en 1498 et maintenus nobles en 1719 (preuves de noblesses devant le généalogiste Chérin à la fin du XVIIIe s. (3)). 
Selon Guillaume Claude Guérin de Beaumont, les Guérin étaient originaires de Normandie qu’ils avaient quittée pour se fixer en Anjou. C’est à la fin du XVe s. qu’une branche des Guérin issue d’un cadet s’installe dans le Blaisois. 
La filiation suivie des Guérin de Beaumont remonte à François Guérin, trésorier de Thérouenne et contrôleur des réparations de Tournay qui vivait sous le règne de Louis XII et avait épousé Avoye Martel. Il a été précédé par un Jean Guérin, écuyer, qui passa le 7 février 1500 devant Pichot, notaire à Cheverny, un acte d’acquêt à Simon Le Maire et par un Philippe Guérin, écuyer, et sa soeur Perette, femme de Jean Belin, qui firent un partage d’héritage le 4 novembre 1462 devant Talu, notaire à Blois et qui étaient les enfants d’un Jean Guérin. 
François, premier du nom, a été suivi par son fils François II Guérin, écuyer, seigneur de la Motte de Veuve, conseiller du roi et maître ordinaire de la Chambre des comptes de Blois par provision du 27 juillet 1548.

L’achat du domaine de Beaumont

 C’est Nicolas Guérin, fils de François II, qui acheta le 11 septembre 1613 la terre de Beaumont et celle de la Planche, écuyer seigneur de Mézières. Conseiller du roi, maître ordinaire à la Chambre des comptes de Blois comme son père, il épousa par contrat du 1er septembre 1600, Judith Gauldray fille de Vincent Gauldray, valet de chambre du roi Henri IV. 
Le château de Beaumont à Cour-Cheverny
Arbre généalogique des Guérin
de Beaumont
• Son fils, Nicolas II Guérin, écuyer, seigneur de Beaumont, commandé pour servir au ban de la noblesse, épousa Marie Poupardin, fille de Guillaume Poupardin et de Marie Durand. La famille Poupardin était affiliée au célèbre Michel Chamillard, contrôleur général des finances, secrétaire d’État à la guerre en 1701 puis ministre d’État de Louis XIV. 
• Nicolas III Guérin, écuyer, seigneur de Beaumont, fils de Nicolas II, lieutenant aide major au régiment royal infanterie épousa par contrat du 6 juillet 1664, en premières noces, Marie Seurat 
• Guillaume I Guérin de Beaumont fils de Nicolas III, baptisé le 28 mars 1677, capitaine au régiment de Ponthieu au siège de Landau, épousa en 1720 à Blois Marie-Magdeleine Guéret, fille de François Guéret, conseiller du roi, maître des comptes, et de Marie Gastineau 
• C’est encore dans une famille blésoise que se maria Guillaume Claude Guérin de Beaumont, fils unique et seul héritier de Guillaume I. Il épousa, le 30 septembre 1753, Marie- Françoise Druillon (1727-1813) fille de Pierre Jacques Druillon, écuyer seigneur de Chézy et de la Fosse, conseiller du roi et lieutenant général au Bailliage et Présidial de Blois (4).

La vente du domaine pendant la Révolution et le rachat
Guillaume Pierre Guérin de Beaumont, fils de Guillaume Claude, né à Beaumont le 13 avril 1765, décédé le 20 juillet 1835, avait reçu en dot la plus grande partie de la terre de Beaumont avec ses dépendances. Il émigra à la Révolution et tous ses biens furent mis sous scellé en 1793 puis une partie des immeubles fut vendue par la nation ainsi que tous les meubles qui se trouvaient à Beaumont. Amnistié en l’an 11 (1802), il épousa en secondes noces, en 1805, Anne- Marie Claude Bruslé de Blaru. Décédée en 1814, Anne-Marie Claude avait racheté lors de la vente de Beaumont sous la Révolution une partie des meubles et une partie de la terre de Beaumont, principalement la métairie. Une partie des terres revint à sa fille Anne Célestine Élisabeth qui épousa son cousin issu de Germain, Charles-Philippe de Paris de Boisrouvraz.

Le domaine quitte la famille Guérin de Beaumont
Guillaume Pierre Guérin de Beaumont et sa soeur Marie Madeleine Françoise Guérin de Beaumont vendirent en 1820 le château et l’ensemble des terres du domaine de Beaumont revenu dans la famille. 

Le château 
Le château de Beaumont à Cour-Cheverny
Le château de Beaumont
Le château de Beaumont à Cour-Cheverny
L'orangrie
Le château de Beaumont que nous connaissons aujourd’hui est au centre d’un parc boisé d’environ 12 ha dont 2 de terres et prés au bord de la rivière le « Conon ». C’est un joli château de style XVIIIe dont une partie, à l’extrémité sud, date du XVIIe s. (construction correspondant à la période à laquelle la famille Guérin a acheté le domaine). S’agissait-il de la transformation d’une ancienne demeure seigneuriale construite au XVe s., où antérieurement ? Ces anciennes demeures s’apparentaient plus, à cette époque, à des manoirs qu’à des châteaux (cf. Cheverny, Troussay ou le Breuil au XVe s. avant leur transformation) (5). Il existait, en 1820, à l’intérieur de la cour d’honneur, des communs et la « maison de maître » qui, elle, était située au fond de cette cour avec le jardin à l’arrière. Cette maison, (le château actuel), est le seul bâtiment qui subsiste entre l’ancienne cour d’honneur et le jardin. L’ensemble des autres bâtiments décrits dans l’acte de vente de 1820 ayant été démolis. C’est également postérieurement à la vente de 1820 que fut édifiée l’orangerie dans le jardin « d’en bas ». 
Le château de Beaumont est un pur produit des XVIIe et XVIIIe s. qui se compose d’un corps principal flanqué de deux pavillons. On y retrouve la recherche, propre à cette époque, de la symétrie et de la rigueur géométrique. Les toitures et les ouvertures sont, elles aussi, caractéristiques de cette époque.

Le domaine était beaucoup plus important en 1820
Le château de Beaumont à Cour-Cheverny
Sur le cadastre napoléonien de 1813 figurent les
communs qui ont été détruits par la suite
Nous connaissons la consistance des biens vendus qui constituaient, en 1820, un véritable domaine agricole, par l’acte de vente passé devant maître Pardessus, notaire Royal à Blois (en date du 10 juin 1820). 
Désignation de l’objet vendu : « Les terres et domaine de Beaumont, dont le chef-lieu, ainsi que la majeure partie des dépendances sont situées sur la commune de Cour-Cheverny, et le surplus sur celle de Cheverny... et de Cellettes... Ils consistent dans une maison de maître composée d’une avant cour intérieure dans laquelle on entre par une porte cochère au-dessus de laquelle est une fuye à pigeons... À gauche, en entrant, sont un hangar [...] un grand cénacle [...] grange [...] batterie [...] écurie à quatre chevaux [...] les latrines, le poulailler et le toit à porc. À droite de la cour intérieure, deux toits à porc, une vacherie [...] niche pour les chiens [...] remise pour plusieurs voitures, buanderie sous laquelle est une cave voutée. Au bout de la cour est le bâtiment de maître [...] » Pour ce dernier, la description comporte plusieurs pages. Sont mentionnés ensuite le jardin et le parc boisé. 
Le château de Beaumont à Cour-Cheverny
Acte de vente de 1820
Les biens vendus comportaient aussi : 
- la closerie de Bellevue comprenant les bâtiments d’habitation et d’exploitation et diverses pièces de terres et de prés ; 
- les moulins (à eau) de Beaumont et de Gauvalin ; 
- la métairie de la Planche ; 
- d’autres pièces de terres ou de prés disséminées et touchant, à l’est, le domaine de Pontchardon, les terres de la Préasle et du Petit Chambord ainsi que les terres de la Béchardière, au nord et à l’ouest, celles de la Quenouillère (la Grenouillère) et de Gallery. Toutes les dépendances du domaine étaient louées ou affermées. 
Le domaine était très étendu et l’acte de vente comportait en final une clause « relative aux mesures » ainsi rédigée : « les dépendances ci-dessus ont été indiquées sur le prix de cent perches à l’arpent et de vingt quatre pieds pour perche qui était l’ancienne mesure locale »
La vente a été conclue avec madame Perrrine Lefebvre Dargensé, veuve d’Antoine Liguois, pour le prix de 60 000 francs. Le domaine a ensuite été vendu en totalité ou partiellement, ou fait l’objet de successions et de partages à plusieurs reprises. Les propriétaires successifs furent :
• 1836 : monsieur Duchesne ;
• 1840 : monsieur de la Tour (ou Delatour) ;
• de 1850 à 1936 : le comte puis la comtesse de Martel ;
• 1936 : Pierre Bernard de la Fosse ;
• 1967 : mademoiselle Texier ;

Régis de Coutard, propriétaire actuel, nous a permis de rédiger cet article et nous le remercions pour son concours.

(1) Se reporter à l’ouvrage de A. Trouessart que l’on peut consulter à la Bibliothèque « Abbé Grégoire » de Blois.
(2) Publié, d’après les procès-verbaux officiels, par MM. Louis de La Roque et Édouard de Barthélemy. La liste a été collationnée et corrigée sur le procès-verbal imprimé en 1789 à Blois (Bibl. Sainte-Geneviève, L. 64,757). Le procès-verbal de l’assemblée générale des trois ordres, des 18 et 19 mars, n’existe pas aux Archives de l’Empire ; nous y suppléons par un extrait du tableau général de la noblesse des bailliages de Blois et Romorantin en 1789, publié en 1863 par M. L. de la Saussaye.
(3) Bibliothèque Nationale, cabinet des titres, département des manuscrits – dossier Chérin 100.
(4) Bailliage et présidial : Selon Wikipédia, le présidial de Blois a été créé en 1551. Hiérarchiquement placé entre le bailliage et le Parlement, (en l’occurrence celui de Paris), le présidial statuait sur les affaires civiles dont l’objet était inférieur à 250 livres tournois en capital ou 10 livres tournois de rente, ainsi que les affaires d’appel dont l’objet était compris entre 250 et 500 livres tournois en capital ou entre 10 et 20 livres tournois de rente. La sentence était exécutée par provision nonobstant l’appel. 
Le présidial était incompétent pour les affaires difficilement estimables en valeur ou si les montants étaient supérieurs aux 500 livres tournois, pour les affaires qui touchaient à l’État ou la qualité des personnes, les affaires ecclésiastiques, etc. Dans ces cas, le bailliage demeurait compétent. 
Baillage : Tribunal présidé par le bailli, ou qui jugeait en son nom, également territoire dépendant d’un bailli, servant de circonscription électorale pour les États généraux, et en particulier ceux de 1789. 
Les Druillon occupèrent cette charge pendant trois générations et s’allièrent deux fois aux Bachot de l’Ebat.
(5) Les propriétaires qui précédèrent Nicolas I Guérin sont : 
• en 1557, Léonard Péan, procureur au siège présidial de Blois pratiquement lors de la création du présidial – cf note 4) ; 
• en 1608, Hercule Lechat. 

Sources : Ouvrages cités dans le texte et notes et copies de documents prises aux Archives départementales 41 et à la Bibliothèque nationale par mademoiselle Texier - Archives privées. 

F. P.

La Grenouille n°45 - Octobre 2019