La vie difficile à Cour-Cheverny de 1939 à 1947

L’idée du sujet d’aujourd’hui a été inspirée suite à la découverte d’une lettre manuscrite insérée et collée dans le registre des comptes-rendus du conseil municipal de septembre 1944. Écrite ce même mois, elle porte le tampon de la mairie de Cour- Cheverny, mais n’est pas signée. 

La vie difficile à Cour-Cheverny de 1939 à 1947
Réquisition des automobiles
L’écriture est identique à celle des comptesrendus des délibérations des conseils municipaux, on peut penser que c’est le secrétaire de mairie de cette époque, monsieur Hamonière, qui l’a rédigée. 
« La guerre a éclaté le 3 septembre 1939, la mobilisation s’est effectuée sans incident notable. La vie a suivi son cours un peu désaxé par suite des événements, jusqu’au mois de mai 1940 où les mauvaises nouvelles font leur apparition : nos troupes reculent. La population du Nord et de la Région parisienne précède et accompagne nos troupes en retraite, les réfugiés sont nombreux, les difficultés sont également très nombreuses pour venir en aide à ces malheureux. 
Enfin, en juin 1940, un détachement de troupes françaises est en position à Cour- Cheverny. Le pays est bombardé, quelques obus tombent sur divers points de la commune, en particulier région de l’abattoir et du pont de Beignon ; quelques dégâts matériels, un civil a été tué dans les champs, il repose au cimetière de la commune. Les Allemands prennent possession de la commune le 20 juin 1940 après un accrochage avec le détachement des tirailleurs algériens, au cours duquel un ennemi est tué. Il a été enterré dans le cimetière communal et a été exhumé par ses congénères au cours de l’année 1943. L’ennemi a occupé Cour-Cheverny du 20 juin 1940 au 20 juin 1941. Occupation au cours de laquelle les Allemands ont appliqué, sans grand succès, les systèmes de vexations et de petits empoisonnements journaliers. La commune a eu à subir une surveillance à peu près constante de la part des Allemands. Quelques habitants ont été arrêtés et plusieurs envoyés en Allemagne. Les réquisitions de toutes natures, personnes et produits agricoles ont été appliquées. La population a résisté dans toute la mesure du possible aux exigences de l’ennemi. D’autre part, les attributions du ravitaillement et distributions de toutes natures sont réglées par un système complexe de cartes et de bons de toute sorte : cartes d’alimentation et feuillets de pain, de viande et matières grasses et diverses, de tabac, de vêtements et textiles, cartes de jardinage, cartes de grossesse, travailleurs de force et régimes spéciaux pour maladies, cartes de lait, etc. Bons de pétrole, de carbure, de bougies, d’alcool, bons de matières pour matériel agricole, bons pour ustensiles ménagers et vaisselle, bons de semences, de mèches soufrées, rationnement de l’électricité, attribution de bons de braise et de bois, bons pour cercueils, autorisations de circuler pour autos et camions avec bons d’essence, d’alcool, huile etc, cartes de pneumatiques, bons d’achat de pneumatiques pour vélos et chambres à air, etc. 
Et tout le cortège de réclamations et de mécontentements, car naturellement, on ne peut pas toujours avoir ce dont on a envie ou besoin… Difficultés qui finissent toujours par s’aplanir ou s’estomper !! 
La commune a été encore occupée par les Allemands du 20 septembre 1943 au 20 novembre 1943 (par une compagnie de transmissions). La grande salle du conseil a été, malgré nos efforts, transformée en salle d’instruction pour les radio-télégraphistes ennemis. Les écoles ont été également occupées. Il n’y a pas eu d’incident grave pendant cette période. 
Juin, juillet, août 1944… 
La commune héberge 500 réfugiés. À leur tour, les Allemands connaissent la défaite. À leur tour, ils reculent et sont traqués par les F.F.I. (forces françaises de l’intérieur), ces derniers leur mènent la vie dure. Durant quinze jours, c’est un défilé continuel de jour et de nuit des troupes allemandes en retraite. Ils se dirigent vers l’est… toutes les routes et chemins sont encombrés par les fuyards, qui abandonnent une partie de leurs rapines en route. 
Les F.F.I. les harcèlent sans relâche et suivent leur chemin, ils connaissent les patrouilles de surveillance et les attaquent en quelque endroit propice… La ferme de la Guillonnière est incendiée à la suite d’un coup de main contre un camion de munitions. Un cadavre allemand a été retrouvé dans les environs des Murblins. Il a été inhumé à l’entrée du cimetière de Cour-Cheverny. Un acte de décès a été dressé vers mai 1944. Les F.F.I. ont à plusieurs reprises tenté de faire sauter les ponts sur la ligne du chemin de fer. Ils ont entravé aussi le passage des trains jusqu’au moment où le pont du chemin de fer sur la Loire a été détruit par un bombardement aérien de nos alliés. Les Allemands ont, en partant, pillé plusieurs maisons et enlevé des camions, voitures et chevaux. Enfin, après bien des menaces de la part de l’ennemi à la mairie (les Allemands ont l’air de redouter particulièrement les groupes F.F.I.), la population n’a pas souffert dans les corps de ce passage de déroute, et en août 1944, les derniers Allemands ont quitté le territoire de la commune. 
Une partie de la population a eu à souffrir au point de vue du ravitaillement et du chauffage. Actuellement, la situation semble s’améliorer lentement. 
La commune a eu une centaine de prisonniers en 1940, plusieurs hommes ont été déportés pour le travail obligatoire en Allemagne. Trois jeunes gens de Cour-Cheverny ont été tués par l’ennemi au cours de combats entre F.F.I. et Allemands dans les environs de la commune. Cinq hommes sont morts durant la période 1939-1940 du fait de la guerre. Maintenant, une grande partie de la France est libérée du joug ennemi, mais la guerre n’est pas finie. Nos prisonniers et déportés ne sont pas rentrés et des hommes vont probablement repartir. La commune a eu à héberger du 21 septembre 1944 au 17 novembre 1944, un escadron de 8e cuirassiers et l’état-major du régiment. Cela semble bon de faire un peu du bien aux soldats français qui vont partir vers l’Atlantique pour mettre à la raison les Allemands qui seront encore retranchés dans diverses régions et délivrer ces parties de la France qui souffrent de l’oppression allemande. 
Fin 1945 - Depuis plusieurs mois, la France est entièrement libérée, tous nos prisonniers sont rentrés. Un seul manque à l’appel, tué à Koenisbergh. Les choses vont-elles finir par s’arranger ?... Attendons … ». 
La vie difficile à Cour-Cheverny de 1939 à 1947La transcription de cette lettre est intégrale. 
Dès le 5 mai 1940, une circulaire préfectorale notifie la suppression de la prime à la natalité. Ces primes à la natalité sont rétablies en 1947 pour les années 1946 et 1947 : pour le 1er enfant : 500 fr ; le 2e enfant : 700 fr ; le 3e enfant : 1 000 fr ; le 4e enfant : 1 300 fr ; le 5e enfant : 1 600 fr ; 6e et plus : 1 900 fr. On en mesure le résultat dès 1946. L’évolution des naissances, à la fin de la guerre, permet au maire M. Chéry de contester, en juin 1946, la fermeture d’une classe de garçons proposée par l’Inspection Académique, « du fait de l’augmentation actuelle » des naissances. 
La lecture des comptes-rendus des conseils municipaux de 1938 à 1950 permet de constater les difficultés rencontrées durant les années de guerre par la municipalité et par la population, « en raison des circonstances actuelles » répète souvent le maire. 
Comme durant la Première guerre mondiale, cette période est marquée par une diminution du nombre des réunions du Conseil. 
Quant à l’ordre du jour, dès 1939, il est flagrant de constater que les principaux sujets traités concernent l’aide sociale, l’établissement du budget, qui se révèle de plus en plus difficile d’année en année faute de ressources, le problème des salaires du fait de l’inflation, et le souci pour la municipalité d’essayer de faciliter la vie quotidienne au travers des divers autres sujets. 
La gestion des demandes d’aide sociales, revient systématiquement à chaque réunion. 
Ces aides sociales concernent : 
- l'assistance médicale gratuite ; 
- l’aide aux femmes en couches ; 
- la perception d'une allocation journalière (par ex. : une veuve demande à percevoir une allocation journalière pendant la présence de son fils sous les drapeaux. Le Conseil décide que l’intéressé est le seul soutien de sa mère et accorde l’allocation de 40 francs) ; 
- la prise en charge d’internements (onéreux) pour la Maison de santé départementale de Blois, souvent elle concerne des femmes veuves atteintes de maladies incurables ; 
- l’assistance aux vieillards sans ressources, vivant souvent seul(e)s : l’accord est partiel avec participation des enfants (40 francs) quand cela est possible ; 
- l’aide à la famille : par exemple demande d’aide pour le 5e enfant, l’aîné a 7 ans ; ou encore aide pour le 8e enfant, l’aîné a 13 ans… Différents cas sont analysés : une famille de 4 enfants, une autre de 5 enfants ou encore une de 8 enfants demandent des aides à la famille : la commission refuse car les demandeurs peuvent travailler même en hiver. En juin 1941, le montant de l’assistance aux vieillards passe de 40 francs à 70 francs avec une majoration de l’État portée à 80 francs, ce qui fera 150 francs pour les vieillards. 
La liste des demandeurs des aides sociales est établie chaque année et les situations vérifiées. C’est ainsi qu’en 1946, il est décidé que les titulaires d’un permis de chasse seraient radiés de la liste des bénéficiaires de l’aide sociale. Il en est décidé de même pour les familles dont le mari ou le père est rapatrié, rentré de déportation en 1945 ou 1946. 
En novembre 1943, l’assistance aux vieillards, infirmes et incurables est revalorisée à 175 francs par mois au 1er juillet 1943. 

Les affaires diverses 
- Lors de la séance du conseil en février 1940, des irrégularités sont reprochées au maire, Henri Duru, concernant le Bureau de bienfaisance. Le maire dit qu’il versera le montant des irrégularités qui lui sont reprochées, il annonce qu’il va démissionner et quitte la salle. Les conseillers décident d’adresser un courrier au préfet. 
- En mai 1940, Louis Sauvage, adjoint, fera fonction de maire. 
Ce même jour, le président de séance du conseil municipal demande à l’assemblée de bien vouloir donner le nom du maréchal Pétain à une des principales avenues de la commune, « en l’honneur des services que le chef de l’état rend à la patrie ». Le conseil décide qu’à partir de ce jour, 9 février 1941, l’avenue de la République s’appellera désormais « Avenue du maréchal Pétain »

Du 20 juin 1940 au 20 juin 1941 Cour- Cheverny est occupée par les Allemands 
Dans la lettre datée de septembre 1944, le secrétaire de mairie indique que « des réquisitions de toutes natures, personnes et produits agricoles ont été appliquées… auxquelles la population a résisté dans la mesure du possible »

Les réquisitions 
Les compte-rendus des conseils municipaux ne font jamais état des réquisitions, c’est aux Archives départementales que sont conservés les documents les concernant : 
La vie difficile à Cour-Cheverny de 1939 à 1947
Réquisition des automobiles
- réquisitions de bois de chauffage pour les besoins de l’armée d’occupation en 1941 ; les sommes à payer étaient fixées par l’administration des forêts, le règlement était adressé par le percepteur aux habitants ; 
- réquisition des locaux de la gendarmerie pour loger des officiers, sous-officiers et brigadiers allemands ; 
- réquisitions de véhicules automobiles, souvent des véhicules utilitaires, plutôt récents, ce qui s’avérait préjudiciable pour le bon fonctionnement des entreprises de la commune. Même une moto fut réquisitionnée ! Un commerçant avait mis son véhicule récent sur cales, retiré les sièges et mis hors d’état de démarrer pour être sûr de le conserver, ce qui fut efficace. Des indemnisations étaient versées aux propriétaires ; 
- réquisitions de logements : très nombreux sont les habitants de Cour-Cheverny qui ont dû, de gré mais surtout de force, loger les occupants. Une centaine de logements a été concernée. Des indemnités fixées par la commission d’évaluation des réquisitions d’immeubles, en fonction du nombre de jours d’occupation, ont été versées par le percepteur aux prestataires, par semestre ; 
- il faut ajouter les réquisitions de petits matériels, d’outillages divers... 
Ces situations recouvrent « des vexations et petits empoisonnements journaliers » évoqués dans cette lettre. 

Le comité d’entr’aide aux prisonniers de guerre de Cour-Cheverny 
Dès 1941, un comité d’entr’aide aux prisonniers de guerre de Cour-Cheverny est constitué. 
Président d’honneur : Georges Bégé, maire de Cour-Cheverny ; 
- président : M. C. Goube ; 
- vice-président : M. A. Liège ; 
- secrétaire-trésorier : M. F. Barré ; 
- secrétaire-trésorier adjoint : M. E. Berrué. 
C’est la famille qui doit, en principe, secourir les prisonniers de guerre, mais le comité est formé pour apporter son aide matérielle aux prisonniers qui ont des familles dans le besoin, ainsi que son aide morale à toutes les familles de prisonniers, aisées ou non. 
L’aide matérielle est accordée à toutes les familles, sans distinction, à titre remboursable, principalement pour les denrées que les familles ne peuvent se procurer sans tickets, ou trouver difficilement dans le commerce. Ces mêmes denrées seront fournies à titre gratuit ou semi-gratuit aux familles dénuées de ressources, ne leur permettant pas de ravitailler suffisamment leurs prisonniers. 
L’aide morale est accordée à toutes les familles de prisonniers de guerre, sans aucune distinction d’origine, de conditions, d’opinions. 

Fonctionnement de l’oeuvre 
« Les denrées qui seront fournies par le comité départemental de Blois, ou que le comité pourra se procurer, seront livrées aux familles aisées au prix de revient et remises gratuitement ou semi-gratuitement aux autres familles ; elles seront entreposées au siège du comité, chez M. Eugène Berrué. Les familles de prisonniers pourront y venir les premier et troisième mardis de chaque mois, de 14 h 30 à 17 h. Elles y apporteront tout ce qu’elles désirent envoyer à leurs prisonniers, y compris ficelle, emballage et l’étiquette d’adresse réglementaire. Le comité ajoutera dans le colis les denrées qu’il pourra fournir, terminera le colis lui-même devant les familles et en assurera l’expédition. En aucun cas, les denrées vendues ou remises gratuitement par le comité ne peuvent servir à un autre usage que l’envoi aux prisonniers. Le comité a reçu des instructions formelles du Service du ravitaillement d’assurer lui-même l’emballage et l’expédition de ces colis »

Fournitures 
« Actuellement, le comité peut fournir aux familles des prisonniers : rillettes de porc en boîtes de 125 g ou 250 g ; confitures de cassis et pommes en boîtes, sucre, sardines, etc. Il pourra également se charger, pour les familles qui le désirent, de faire souder et étuver les boîtes de conserve confectionnées par les familles et qui leur seraient remises ensuite pour envoyer à leurs prisonniers »

Ressources du comité 
- 1 500 francs : subvention de la commune de Cour-Cheverny ; 
- 300 francs : Bureau de bienfaisance ; 
- 450 francs : groupement qui a recueilli des fonds pour l’envoi de colis aux soldats du front ; 
- 110 francs : membres du Bureau de bienfaisance. Soit un total de 2 300 francs. 
Mais cette somme, qui paraît importante, est insignifiante. Le comité doit payer comptant toutes les denrées, ce qui nécessite un fond de roulement suffisant. Le maire de Cour- Cheverny entame des démarches pour obtenir une dérogation de l’Intendance de façon à faire confectionner des boîtes de conserves de viandes. Il faudra, si le comité obtient cette dérogation, prévoir une somme sérieuse pour faire fabriquer une assez grande quantité de boîtes afin d’obtenir un prix intéressant. Enfin, les denrées remises à titre gratuit ou semi-gratuit viendront diminuer les ressources. 
Le comité a donc l’idée de faire appel au concours des dames et demoiselles de Cour- Cheverny pour quêter dans toute la commune, avec l’accord des autorités supérieures. « Les dames et les demoiselles, toujours si dévouées, seront assez éloquentes pour que cette collecte soit plus élevée que toutes celles qui ont été faites jusqu’ici. Secourir nos prisonniers, aider leurs familles, est un devoir primordial. 
Il peut arriver que des personnes, à la campagne, préfèrent donner un poulet, un lapin, plutôt que de l’argent. Les quêteuses accepteront ces dons en nature qui seront transformés en boîtes de conserves pour nos prisonniers. Le comité de direction charge 20 quêteuses, groupées par 2, de visiter régulièrement les habitants, les rues de la commune étant réparties en 7 secteurs ».

Classement des familles 
Les denrées que le comité pourra obtenir seront remises à titre onéreux ou à titre gratuit ou semi-gratuit. Il y a donc lieu de déterminer le classement des familles des prisonniers en trois catégories : 
- familles aisées ; 
- familles dénuées de ressources ; 
- familles ni aisées, ni complètement dénuées de ressources. 
2 instituteurs et 7 élus seront chargés de ce classement tout en y apportant la plus grande discrétion. 
Ces relevés seront remis par écrit au siège du comité au plus tôt, de façon à faire bénéficier les familles qui auraient droit à la remise gratuite ou semi-gratuite des denrées. 
Les colis seront confectionnés par quelques jeunes gens de Cour-Cheverny. Ils seront au minimum trois chaque mardi de distribution des denrées. 
68 prisonniers sont inscrits à la mairie de Cour-Cheverny. Il est certain que toutes les familles de prisonniers ne se sont pas fait inscrire à la mairie : ce nombre de 68 est donc inférieur à la réalité. 
Le comité de Cour-Cheverny a été désigné par le comité départemental pour agir comme comité régional pour les communes de Cheverny, Chitenay, Cormeray, Cellettes, Seur. Chacune de ces communes formera un comité local indépendant, le comité de Cour-Cheverny sera chargé seulement de leur répartir les vivres qu’il reçoit du comité départemental. 
C’est une mobilisation exceptionnelle de solidarité inter-générationnelle qui a été mise en place, regroupant les femmes et les hommes de la commune, du médecin au notaire, en passant par les enseignants, les commerçants, les artisans, les agriculteurs, des châtelains, en y associant les plus jeunes... Ce service a fonctionné jusqu’à ce que les prisonniers de guerre réintègrent leur foyer. 
Régulièrement, lors de la séance du conseil, comme en mai 1941, le maire propose une collecte pour les prisonniers de guerre de la commune. En novembre 1942, Eugène Berrué demande la prise en charge de la location des locaux situés dans la cour de l’Image (1), en centre bourg, et utilisés par la comité d’entr’aide pour confectionner les colis : c’est le comité directeur qui devra prendre en charge ce règlement. 

Les travaux urgents à l’église 
La vie difficile à Cour-Cheverny de 1939 à 1947
Les travaux de l'église de Cour-Cheverny
envisagés en 1943-1944
En octobre 1942, René Bégé fait connaître, qu’à son avis, la toiture de l’église est en mauvais état avec risque d’aggravation et propose de faire le nécessaire pour entreprendre les réparations qui paraissent importantes. 
La situation financière ne permettant pas de payer les frais d’entretien, il est chargé de solliciter un emprunt auprès du Crédit Foncier ou autre. Voir aussi si l’église pourrait être classée monument historique en raison de certaines particularités. Le service compétent de la Préfecture n’accepte pas de retenir le classement de l’édifice. La réalisation des travaux est prévue en 3 tranches : 
- la première, en 1943, porte sur le campanile de la façade principale et les deux versants, sur une longueur de 13 mètres ; 
- la 2e tranche porte sur la réfection complète du clocher. Un emprunt de 97 000 francs est réalisé au Crédit Foncier sur 30 ans, payable par semestre. Il est prévu une imposition supplémentaire pendant 30 ans pour le remboursement de l’emprunt ! 
En novembre 1944, une subvention de 34 000 fr est accordée par l’État pour la partie de toiture restaurée. En outre, le conseil propose que le curé soit pressenti pour obtenir que les fidèles participent à une collecte pour couvrir une partie des dépenses engagées. 
Les travaux de restauration sont réalisés de janvier à juillet 1944. En juin 1944, les autorités d’occupation n’accordent pas la possibilité de poursuivre les travaux de la 2e tranche de l’église, concernant la réfection du clocher.

Sources 
- Mairie de Cour-Cheverny : comptes-rendus des réunions des conseils municipaux de 1935 à 1950. 
- Archives départementales du Loir-et-Cher. 
- Kommandos : orthographe utilisée dans tous les documents d’époque. 
- Merci aux Courchois qui ont accepté de faire ressurgir les souvenirs de cette période : Gilbert Desnoues, Marie-Thérèse Génies, Roger Gandon, Christiane Berrué-David (fille d’Eugène Berrué). 
- Source INSEE : l’équivalence de la monnaie francseuros : 100 francs en 1940 correspond à 118,42 F en 1941 ; 142 ,11 Fr en 1942 ; 176,32 Fr en 1943 ; 215,76 Fr en 1944 ; 318,42 Fr en 1945 et 41,36 euros en 2018. 
Bibliographie - Dominique Sommier : Les prisonniers de guerre allemands en Loir-et-Cher - 1944-1945 Mémoire de maîtrise - Université François Rabelais, Tours - 1992. - Lucien Jardel - Louis Casas : La Résistance en Loir-et- Cher - Vendôme Impression 2003. (1) Nom donné à la cour de l’immeuble situé entre la poste et le salon de coiffure en face l’église... On ignore pourquoi cette dénomination... 

À suivre... La seconde partie, à paraître dans le numéro 46 de La Grenouille, traitera : 
- des difficultés rencontrées par les familles et par la commune pour la gestion du quotidien ; 
- des « kommandos » de prisonniers allemands au sein de la commune

Françoise Berrué - La Grenouille n° 45 - Octobre 1945






La scierie Deterne à Cheverny

La scierie Deterne à Cheverny
Gustave Deterne
En 1942, Gustave Deterne déplaçait sa scie à ruban actionnée par une machine à vapeur directement en forêt, sur les coupes de bois. Il pouvait rester jusqu’à plusieurs mois sur le même secteur avant de repartir sur d’autres coupes au gré des demandes. Gustave Deterne venait de terminer une grosse coupe à Mennetou-sur-Cher quand le marquis Philippe de Vibraye lui proposa une coupe de pins en forêt de Cheverny, près du lieudit Marçon. Ce lieudit est situé sur la commune de Cheverny aux confins des communes de Contres et de Fresnes

La scierie Deterne à Cheverny
Le hangar de la scierie côté chaudière à Marçon
Nicole Lejard, la fille de Gustave Deterne, se souvient : « Devant l’ampleur du travail à effectuer en forêt de Cheverny, nous nous sommes fixés à Marçon une dizaine d’années : nous étions devenus sédentaires. Autour de la maison de Marçon, mon père construisit des bâtiments pour abriter l’activité qui se développait. Il acheta d’autres machines. Durant ces années de guerre, de jeunes hommes réfractaires au STO (Service du travail obligatoire), se cachaient dans la forêt pour ne pas être envoyés en Allemagne. Les bâtiments de Marçon dans lesquels nous logions se trouvant en pleine forêt, ces hommes effectuaient pour nous des travaux de bûcheronnage... et tous étaient logés à la maison. Madeleine, ma mère, s’arrangeait toujours pour nourrir tout le monde. Nous étions quand même une quinzaine et n’avions naturellement pas de tickets de rationnement pour tous »

L’après guerre 
La scierie Deterne à Cheverny
Madeleine Deterne sur le chantier
Nicole Lejard poursuit son récit : « La guerre terminée, quand les jeunes réfractaires au travail du STO sont repartis, ce sont des prisonniers allemands qui les ont remplacés. Ces prisonniers travaillaient surtout dans les fermes. Quand ils n’étaient pas logés sur place, ils étaient regroupés dans des baraquements à La Pinçonnière. Nous avons employé six d’entre eux que nous logions à Marçon »
L’après guerre était une période de reconstruction. En 1952, la scierie Deterne s’installe au lieudit Les Robinières à Cheverny, sur un terrain qu’elle loue au domaine de Cheverny. La scierie fournit les entreprises de Bâtiment des environs et des boutiques de détail à Paris et une à Vendôme tenue par la famille pour lesquelles elle prépare des tasseaux, du bois raboté, des planches à tablettes sans noeuds ainsi que quelques meubles.... 
La scierie Deterne à Cheverny
La scierie Deterne à Marçon
Dans les années 60, l’Armée était aussi en demande de planches pour la fabrication de caisses d’emballages (pour des munitions, des pièces d’avions...) et diverses pièces de bois de construction... Les emballages étaient montés à l’atelier de menuiserie de Pruniers et expédiés un peu partout ensuite. Gustave Deterne effectuait parfois jusqu’à quatre livraisons par jour en camion à Pruniers. Le matériel avait évolué : le débardage du bois en forêt, qui s’est effectué de 1942 à 1952 en utilisant d’abord des boeufs, des chevaux puis des mules, est désormais assuré par un Latil, véhicule de tractage qui possédait un treuil à l’arrière et fonctionnait au diesel. De nouvelles machines ont été achetées pour faire évoluer l’activité de la scierie, notamment vers la menuiserie (raboteuses, rogneuses...). Les machines à ruban, après avoir fonctionné à la vapeur pendant la guerre, puis au diesel, fonctionnaient désormais à l’électricité, tout comme la déligneuse, la scie circulaire, la dégauchisseuse, la toupie... La scierie n’avait pas la puissance électrique nécessaire pour activer toutes ses machines en même temps. Elle a dû faire installer un transformateur électrique avec une puissance conséquente pour pouvoir continuer à se développer. 

La scierie Deterne à Cheverny
Gustave Deterne avec les boeufs, Roland Lejard
(futur beau-père de Nicole Lejard) et Eugène Rateau
(un de ses beaux-frères)
Nicole Lejard : « En sortant de la scie, les planches étaient brutes sur les côtés : il fallait les "tirer de largeur" à la déligneuse. Puis on les chargeait sur des wagonnets que l’on poussait à la main jusqu’au hangar de séchage. Un réseau de rails reliait les bâtiments. Il n’y avait pas encore de chariots élévateurs ». La scierie recevait parfois des commandes inattendues : les usines Poulain prenaient régulièrement livraison de chargements de sciure de pin qu’elles étalaient dans leurs ateliers de Blois. Ce sont de petits camions électriques à trois roues appartenant aux usines qui se chargeaient du transport. Leur autonomie était très juste pour le trajet Blois/ Cheverny, aller/retour... 

La scierie Deterne était une entreprise familiale 
La scierie Deterne à Cheverny
Débardage avec les chevaux devant
la régie du château
À son emplacement des Robinières, six maisons étaient occupées par divers membres de la famille : Gustave Deterne et sa femme Madeleine, deux beaux-frères, dont un marié, un neveu, la mère de Gustave, son beaupère, et Nicole Deterne, fille de Gustave et de Madeleine, qui s’est mariée avec André Lejard en 1960... Gustave Deterne cesse de travailler en 1970 et décède en 1972. Sa femme Madeleine gère la scierie jusqu’en 1986, date à laquelle Nicole et André Lejard prennent à leur tour la direction de l’entreprise sous le nom de SARL Deterne-Lejard. 

La fin des « Trente glorieuses » 
La scierie Deterne à Cheverny
Gustave Deterne avec le Latil devant le château
de Cheevrny
La scierie Deterne à Cheverny
Sortie du parc du château
Le début des années 80 marque une période difficile pour la scierie Deterne et le secteur du Bâtiment en général. Beaucoup d’entreprises donneurs d’ordres font faillite et laissent des impayés conséquents à l’entreprise chevernoise qui faisait travailler alors une dizaine de salariés. « On est resté six mois sans commande suite aux élections de 1981 » se souvient Nicole Lejard. L’Armée avait cessé ses commandes et le domaine de Cheverny son exploitation forestière suite au décès de Philippe de Vibraye en 1976. En 1983, pour relancer l’activité, une cellule de séchage du bois par déshydratation de 50 m3 est installée. La cellule séchait des lames de volets premier choix pour l’Allemagne et la Suède. La scierie Deterne-Lejard était la seule sur la région à proposer cette prestation. L’autre séchoir se trouvait en Dordogne au Bugue. L’activité s’est poursuivie tant bien que mal en sous-traitance avec un seul partenaire jusqu’en 1992, date de la fermeture de la scierie Deterne-Lejard. 

La scierie Deterne à ChevernyL’entreprise, reflet d’une époque, aura marqué notre village durant 50 ans.

Merci à Nicole Lejard et à Christophe Lejard, son fils, qui ont permis à La Grenouille de raconter l’histoire de la scierie Deterne-Lejard.

J.-P. T.

 La Grenouille n°45 - Octobre 2019

La scierie Deterne à Cheverny
Roger Duceau
 La scierie Deterne à Cheverny

Le passage de Roger Duceau à la scierie Deterne de marçon

Roger Duceau, né en 1923, faisait partie des réfractaires du STO réfugiés en forêt de Cheverny, qui ont travaillé à la scierie Deterne de Marçon. 

La scierie Deterne à Cheverny
Madeleine Deterne, au centre du groupe
Patrice Duceau, son fils, transmet son histoire à La Grenouille : « Au début de la guerre, mon père suivait un enseignement professionnel à Vierzon dans le but de passer son diplôme d’ingénieur. Il habitait chez ses parents à Theillay. Son père était garde-chasse au château des Sauteraux. Il aidait régulièrement des personnes à traverser la ligne de démarcation toute proche, matérialisée par le Cher, en passant par la forêt qu’il connaissait bien. Les Allemands étaient très présents dans les environs et, à partir de février 1943, ils réquisitionnaient les jeunes Français pour les envoyer en Allemagne au titre du STO ». Roger Duceau a fait partie de ces jeunes. Il s’est ainsi retrouvé dans un train partant de la gare de triage de Vierzon en direction d’Orléans et à destination de l’Allemagne. Il s’évade en sautant du train, accompagné par deux copains. Roger Duceau se garde bien de retourner chez ses parents où il n’aurait pas manqué d’être retrouvé rapidement par les Allemands. 

Destination la forêt de Cheverny 
La scierie Deterne à Cheverny
La scierie Deterne à Marçon en 1944
La forêt constituait une excellente cachette. Un des compagnons de cavale de Roger s’est souvenu être venu en forêt de Cheverny avec son père, fabricant de meubles dans le faubourg Saint-Antoine à Paris, qui venait s’approvisionner en bois à la scierie de Gustave Deterne. Les trois évadés décident donc de rejoindre ce lieu propice. Gustave et Madeleine Deterne les accueillent et les trois amis participent, avec quelques autres réfractaires au STO, à l’activité de la scierie. Roger Duceau rapporte une anecdote de cet épisode de sa vie : Gustave Deterne était une force de la nature, toujours en retard aux repas collectifs que confectionnait Madeleine, son épouse. Elle lançait alors : « Le pot au feu bout toujours et toujours pas de Gustave ! » Au cours de sa vie, Roger Duceau, souvent en retard lui aussi à l’heure des repas, reprenait régulièrement à son compte l’expression de Madeleine Deterne. 

Après la guerre 
La scierie Deterne à Cheverny
La scierie Deterne à Marçon en 1944
La scierie Deterne à Cheverny
La scierie Deterne à Marçon en 1944
Lors de son séjour à Marçon, Roger avait fait la connaissance, au hameau voisin, de celle qui allait devenir son épouse en 1947. Depuis 1945, Roger est employé comme mécanicien par le garage Robin de Contres. Il y reste jusqu’en 1954, année où, avec sa femme Andrée, ils achètent le garage Roulier à Cour- Cheverny, qui jouxte l’Hôtel des Voyageurs (devenu l’Hôtel Saint-Hubert) (1). Roger Duceau a toujours conservé une profonde reconnaissance et une grande amitié envers Gustave et Madeleine Deterne.

(1) Voir le livre « Les grandes heures de Cheverny et Cour-Cheverny en Loir-et-Cher… et nos petites histoires » Éditions Oxygène Cheverny 2018 - page 189.

Propos recueillis par J.-P. T.

La Grenouille n°45 - Octobre 2019

Le château de Beaumont à Cour-Cheverny

Les familles blaisoises sur les terres et seigneuries de nos communes (1) 

Avant propos : 
cet article entre dans le cadre d’une série sur les familles blaisoises, les terres et les seigneuries se trouvant sur le territoire de Cheverny et Cour-Cheverny, qui n’ont pas encore été étudiées (seuls les grands domaines comme ceux de Cheverny, Troussay, Le Breuil, La Sistière, Les Tourelles, La Borde ont été traités dans les précédentes publications de La Grenouille et dans le livre « Les grandes heures de Cheverny et Cour-Cheverny en Loir-et-Cher... et nos petites histoires »).

Pour cette série d’articles, nous avons pris comme fil conducteur le catalogue des gentilshommes de l’Orléanais, du Blaisois, de la Beauce et du Vendômois qui ont pris part ou envoyé leur procuration aux assemblées de la noblesse, pour l’élection des députés aux États-généraux de 1789 (2)
Sur cette liste apparaissent notamment les noms de Marie Françoise Druillon, veuve de Claude Guérin de Beaumont et une demoiselle Guérin de Beaumont, vraisemblablement Marie Madeleine Françoise, soeur de Claude, (famille et domaine traités dans cet article), ainsi que ceux de Bachot de Lebat, Pierre Druillon, Mahy du Breuil (tous trois membres du présidial et du baillage de Blois), Bonneau de Villavrain, Thymoté Mahy de Ponchardon, Texier de Gallery et le comte Dufort de Cheverny.

Le château de Beaumont : la famille des Guérin de Beaumont
Deux membres de la famille Guérin de Beaumont représentèrent la noblesse blésoise lors de l’Assemblée générale des trois ordres, des 18 et 19 mars, préparatoire des États généraux de 1789.

Histoire de la famille Guérin de Beaumont
Le château de Beaumont à Cour-ChevernyLes Guérin ont été anoblis par charge en 1498 et maintenus nobles en 1719 (preuves de noblesses devant le généalogiste Chérin à la fin du XVIIIe s. (3)). 
Selon Guillaume Claude Guérin de Beaumont, les Guérin étaient originaires de Normandie qu’ils avaient quittée pour se fixer en Anjou. C’est à la fin du XVe s. qu’une branche des Guérin issue d’un cadet s’installe dans le Blaisois. 
La filiation suivie des Guérin de Beaumont remonte à François Guérin, trésorier de Thérouenne et contrôleur des réparations de Tournay qui vivait sous le règne de Louis XII et avait épousé Avoye Martel. Il a été précédé par un Jean Guérin, écuyer, qui passa le 7 février 1500 devant Pichot, notaire à Cheverny, un acte d’acquêt à Simon Le Maire et par un Philippe Guérin, écuyer, et sa soeur Perette, femme de Jean Belin, qui firent un partage d’héritage le 4 novembre 1462 devant Talu, notaire à Blois et qui étaient les enfants d’un Jean Guérin. 
François, premier du nom, a été suivi par son fils François II Guérin, écuyer, seigneur de la Motte de Veuve, conseiller du roi et maître ordinaire de la Chambre des comptes de Blois par provision du 27 juillet 1548.

L’achat du domaine de Beaumont

 C’est Nicolas Guérin, fils de François II, qui acheta le 11 septembre 1613 la terre de Beaumont et celle de la Planche, écuyer seigneur de Mézières. Conseiller du roi, maître ordinaire à la Chambre des comptes de Blois comme son père, il épousa par contrat du 1er septembre 1600, Judith Gauldray fille de Vincent Gauldray, valet de chambre du roi Henri IV. 
Le château de Beaumont à Cour-Cheverny
Arbre généalogique des Guérin
de Beaumont
• Son fils, Nicolas II Guérin, écuyer, seigneur de Beaumont, commandé pour servir au ban de la noblesse, épousa Marie Poupardin, fille de Guillaume Poupardin et de Marie Durand. La famille Poupardin était affiliée au célèbre Michel Chamillard, contrôleur général des finances, secrétaire d’État à la guerre en 1701 puis ministre d’État de Louis XIV. 
• Nicolas III Guérin, écuyer, seigneur de Beaumont, fils de Nicolas II, lieutenant aide major au régiment royal infanterie épousa par contrat du 6 juillet 1664, en premières noces, Marie Seurat 
• Guillaume I Guérin de Beaumont fils de Nicolas III, baptisé le 28 mars 1677, capitaine au régiment de Ponthieu au siège de Landau, épousa en 1720 à Blois Marie-Magdeleine Guéret, fille de François Guéret, conseiller du roi, maître des comptes, et de Marie Gastineau 
• C’est encore dans une famille blésoise que se maria Guillaume Claude Guérin de Beaumont, fils unique et seul héritier de Guillaume I. Il épousa, le 30 septembre 1753, Marie- Françoise Druillon (1727-1813) fille de Pierre Jacques Druillon, écuyer seigneur de Chézy et de la Fosse, conseiller du roi et lieutenant général au Bailliage et Présidial de Blois (4).

La vente du domaine pendant la Révolution et le rachat
Guillaume Pierre Guérin de Beaumont, fils de Guillaume Claude, né à Beaumont le 13 avril 1765, décédé le 20 juillet 1835, avait reçu en dot la plus grande partie de la terre de Beaumont avec ses dépendances. Il émigra à la Révolution et tous ses biens furent mis sous scellé en 1793 puis une partie des immeubles fut vendue par la nation ainsi que tous les meubles qui se trouvaient à Beaumont. Amnistié en l’an 11 (1802), il épousa en secondes noces, en 1805, Anne- Marie Claude Bruslé de Blaru. Décédée en 1814, Anne-Marie Claude avait racheté lors de la vente de Beaumont sous la Révolution une partie des meubles et une partie de la terre de Beaumont, principalement la métairie. Une partie des terres revint à sa fille Anne Célestine Élisabeth qui épousa son cousin issu de Germain, Charles-Philippe de Paris de Boisrouvraz.

Le domaine quitte la famille Guérin de Beaumont
Guillaume Pierre Guérin de Beaumont et sa soeur Marie Madeleine Françoise Guérin de Beaumont vendirent en 1820 le château et l’ensemble des terres du domaine de Beaumont revenu dans la famille. 

Le château 
Le château de Beaumont à Cour-Cheverny
Le château de Beaumont
Le château de Beaumont à Cour-Cheverny
L'orangrie
Le château de Beaumont que nous connaissons aujourd’hui est au centre d’un parc boisé d’environ 12 ha dont 2 de terres et prés au bord de la rivière le « Conon ». C’est un joli château de style XVIIIe dont une partie, à l’extrémité sud, date du XVIIe s. (construction correspondant à la période à laquelle la famille Guérin a acheté le domaine). S’agissait-il de la transformation d’une ancienne demeure seigneuriale construite au XVe s., où antérieurement ? Ces anciennes demeures s’apparentaient plus, à cette époque, à des manoirs qu’à des châteaux (cf. Cheverny, Troussay ou le Breuil au XVe s. avant leur transformation) (5). Il existait, en 1820, à l’intérieur de la cour d’honneur, des communs et la « maison de maître » qui, elle, était située au fond de cette cour avec le jardin à l’arrière. Cette maison, (le château actuel), est le seul bâtiment qui subsiste entre l’ancienne cour d’honneur et le jardin. L’ensemble des autres bâtiments décrits dans l’acte de vente de 1820 ayant été démolis. C’est également postérieurement à la vente de 1820 que fut édifiée l’orangerie dans le jardin « d’en bas ». 
Le château de Beaumont est un pur produit des XVIIe et XVIIIe s. qui se compose d’un corps principal flanqué de deux pavillons. On y retrouve la recherche, propre à cette époque, de la symétrie et de la rigueur géométrique. Les toitures et les ouvertures sont, elles aussi, caractéristiques de cette époque.

Le domaine était beaucoup plus important en 1820
Le château de Beaumont à Cour-Cheverny
Sur le cadastre napoléonien de 1813 figurent les
communs qui ont été détruits par la suite
Nous connaissons la consistance des biens vendus qui constituaient, en 1820, un véritable domaine agricole, par l’acte de vente passé devant maître Pardessus, notaire Royal à Blois (en date du 10 juin 1820). 
Désignation de l’objet vendu : « Les terres et domaine de Beaumont, dont le chef-lieu, ainsi que la majeure partie des dépendances sont situées sur la commune de Cour-Cheverny, et le surplus sur celle de Cheverny... et de Cellettes... Ils consistent dans une maison de maître composée d’une avant cour intérieure dans laquelle on entre par une porte cochère au-dessus de laquelle est une fuye à pigeons... À gauche, en entrant, sont un hangar [...] un grand cénacle [...] grange [...] batterie [...] écurie à quatre chevaux [...] les latrines, le poulailler et le toit à porc. À droite de la cour intérieure, deux toits à porc, une vacherie [...] niche pour les chiens [...] remise pour plusieurs voitures, buanderie sous laquelle est une cave voutée. Au bout de la cour est le bâtiment de maître [...] » Pour ce dernier, la description comporte plusieurs pages. Sont mentionnés ensuite le jardin et le parc boisé. 
Le château de Beaumont à Cour-Cheverny
Acte de vente de 1820
Les biens vendus comportaient aussi : 
- la closerie de Bellevue comprenant les bâtiments d’habitation et d’exploitation et diverses pièces de terres et de prés ; 
- les moulins (à eau) de Beaumont et de Gauvalin ; 
- la métairie de la Planche ; 
- d’autres pièces de terres ou de prés disséminées et touchant, à l’est, le domaine de Pontchardon, les terres de la Préasle et du Petit Chambord ainsi que les terres de la Béchardière, au nord et à l’ouest, celles de la Quenouillère (la Grenouillère) et de Gallery. Toutes les dépendances du domaine étaient louées ou affermées. 
Le domaine était très étendu et l’acte de vente comportait en final une clause « relative aux mesures » ainsi rédigée : « les dépendances ci-dessus ont été indiquées sur le prix de cent perches à l’arpent et de vingt quatre pieds pour perche qui était l’ancienne mesure locale »
La vente a été conclue avec madame Perrrine Lefebvre Dargensé, veuve d’Antoine Liguois, pour le prix de 60 000 francs. Le domaine a ensuite été vendu en totalité ou partiellement, ou fait l’objet de successions et de partages à plusieurs reprises. Les propriétaires successifs furent :
• 1836 : monsieur Duchesne ;
• 1840 : monsieur de la Tour (ou Delatour) ;
• de 1850 à 1936 : le comte puis la comtesse de Martel ;
• 1936 : Pierre Bernard de la Fosse ;
• 1967 : mademoiselle Texier ;

Régis de Coutard, propriétaire actuel, nous a permis de rédiger cet article et nous le remercions pour son concours.

(1) Se reporter à l’ouvrage de A. Trouessart que l’on peut consulter à la Bibliothèque « Abbé Grégoire » de Blois.
(2) Publié, d’après les procès-verbaux officiels, par MM. Louis de La Roque et Édouard de Barthélemy. La liste a été collationnée et corrigée sur le procès-verbal imprimé en 1789 à Blois (Bibl. Sainte-Geneviève, L. 64,757). Le procès-verbal de l’assemblée générale des trois ordres, des 18 et 19 mars, n’existe pas aux Archives de l’Empire ; nous y suppléons par un extrait du tableau général de la noblesse des bailliages de Blois et Romorantin en 1789, publié en 1863 par M. L. de la Saussaye.
(3) Bibliothèque Nationale, cabinet des titres, département des manuscrits – dossier Chérin 100.
(4) Bailliage et présidial : Selon Wikipédia, le présidial de Blois a été créé en 1551. Hiérarchiquement placé entre le bailliage et le Parlement, (en l’occurrence celui de Paris), le présidial statuait sur les affaires civiles dont l’objet était inférieur à 250 livres tournois en capital ou 10 livres tournois de rente, ainsi que les affaires d’appel dont l’objet était compris entre 250 et 500 livres tournois en capital ou entre 10 et 20 livres tournois de rente. La sentence était exécutée par provision nonobstant l’appel. 
Le présidial était incompétent pour les affaires difficilement estimables en valeur ou si les montants étaient supérieurs aux 500 livres tournois, pour les affaires qui touchaient à l’État ou la qualité des personnes, les affaires ecclésiastiques, etc. Dans ces cas, le bailliage demeurait compétent. 
Baillage : Tribunal présidé par le bailli, ou qui jugeait en son nom, également territoire dépendant d’un bailli, servant de circonscription électorale pour les États généraux, et en particulier ceux de 1789. 
Les Druillon occupèrent cette charge pendant trois générations et s’allièrent deux fois aux Bachot de l’Ebat.
(5) Les propriétaires qui précédèrent Nicolas I Guérin sont : 
• en 1557, Léonard Péan, procureur au siège présidial de Blois pratiquement lors de la création du présidial – cf note 4) ; 
• en 1608, Hercule Lechat. 

Sources : Ouvrages cités dans le texte et notes et copies de documents prises aux Archives départementales 41 et à la Bibliothèque nationale par mademoiselle Texier - Archives privées. 

F. P.

La Grenouille n°45 - Octobre 2019