Jean Grateau : une vie bien remplie au service de ses concitoyens

Jean Grateau,
maire de Cour-Cheverny.
Jean Grateau a marqué de son empreinte une longue période de la vie locale de la commune au siècle dernier. Sa famille nous a transmis ce beau témoignage(1) à son sujet, nous permettant de garder une trace de la vie bien remplie de ce personnage que les anciens Courchois et Chevernois ont bien connu. 

Jean Grateau est né à Toumon-Saint-Martin (lndre) le 28 avril 1915. Son père était maréchalferrant et sa mère possédait un hôtel-restaurant dans cette commune. Jean était I’aîné d’une famille de trois enfants (avec son frère Marcel et sa soeur Suzanne). Après avoir obtenu son certificat d’études, il est élève au collège Saint- Stanislas à Poitiers, où il passe avec succès son baccalauréat. Puis il se rend à Tours pour étudier la médecine, à l’hôpital Bretonneau. 

Gabrielle et Jean Grateau.
Médecin à Cour-Cheverny...
Pendant la guerre de 1939-1945, à la suite d’un bombardement allemand sur Ie train Paris-Bordeaux à hauteur de Ménars, des blessés sont conduits à l’hôpital de Blois pour y recevoir les premiers soins ; mais devant le nombre élevé de victimes, les médecins font appel à leurs collègues de Tours. Jean Grateau, alors interne à l’hôpital Bretonneau et au terme de ses études, fait partie de l’équipe de renfort venue de Tours. C’est à cette occasion qu’il apprend qu’un poste de médecin est vacant à Cour-Cheverny. En octobre 1942, il s’installe à Cour-Cheverny, en remplacement du docteur Branchu, puis il se marie avec Gabrielle Joussaume, rencontrée lors de leurs études de médecine. Ils auront cinq enfants : Claudine, Marie-Christine, Jean- Claude, Jean-Mary (qui lui succéda au cabinet médical) et Jean-Yves. La salle Gabrielle (à l’ancienne gare), bien connue des Courchois car utilisée par plusieurs associations et par la municipalité de Cour-Cheverny, a été ainsi nommée en hommage à l’épouse de Jean Grateau, vice-présidente depuis 1964 de l’association « l’Amicale des Anciens » au sein de laquelle elle a créé « Le club du troisième âge » en 1977 et dont elle a été présidente jusqu’à son décès en 1981 (aujourd’hui « Loisirs et Détente »).
Finale régionale du parcours sportif
du Sapeur-Pompier à Romorantin
le 30 mai 1976

Un rôle très actif au service de sa commune...et sur un vaste territoire
De janvier 1943 à novembre 1944, il assure le service de santé des maquisards de Ia région Sud-Sologne. ll permet également à de nombreux hommes de se dérober au S.T.0. (Service du Travail Obligatoire) en Allemagne. Même pendant ces temps troublés, rien ne l’empêche de se rendre auprès de ses malades, que ce soit en moto ou à vélo (il y avait des restrictions de carburant), parfois au péril de sa vie, comme lorsqu’il se fait malencontreusement « canarder » par les forces alliées, sur le haut de la côte de Saint-Gervais. Sa clientèle s’étendait sur quatorze communes aux alentours (Mont-près-Chambord, Bracieux, Fougères-sur-Bièvre, les Montils, Bauzy, ...) ; pendant de nombreuses années, le secteur sud de Blois, jusqu’à Romorantin, ne comptait que trois médecins. Dévoué, au service des autres, il se déplaçait par tous les temps, à toute heure de la journée et de la nuit pour assister ceux qui avaient besoin de lui. ll était le « médecin de famille », médecin généraliste omnipraticien. En plus des traitements traditionnels (rhumes, grippes...), il pratiquait les accouchements à domicile, il soignait les dents dans son cabinet (il possédait des appareils dentaires et faisait des radiographies qu’il développait lui-même), il enlevait les amygdales, posait des plâtres… Lorsqu’il envoyait des malades aux cliniques blésoises pour des interventions nécessitant un appareillage spécifique, il assistait aux opérations et secondait les chirurgiens. 

Le 30 septembre 1944, il est nommé conseiller municipal par arrêté préfectoral. En avril 1945, il est réélu aux élections municipales ; il devient 2e adjoint et conserve cette fonction après les élections municipales d’octobre 1947. En 1949, il est nommé 1er adjoint. ll remplace M. Brunet à la tête de Ia municipalité après Ie décès de celui-ci, en août 1970(2). ll est ensuite confirmé dans cette charge au cours des élections suivantes en 1972 jusqu’en 1989 où il décide de se retirer de la vie municipale. Mais il restera, dans le privé, un conseiller très écouté de ses concitoyens.

Ce goût pour une carrière municipale relevait chez le docteur Grateau d’un intérêt très fort pour les autres, pour la vie associative. En 1944, c’est parce qu’il avait été sollicité par ses concitoyens qu’il avait accepté d’occuper une fonction dans le conseil municipal. ll faisait l’unanimité autour de lui et était respecté comme il respectait les autres, restant discret sur ses opinions, car il ne voulait influencer personne, que ce soit dans la vie municipale ou familiale.

Inauguration de la salle des fêtes de Cour-Cheverny
et de l'école maternelle en juin 1976, en présence
d'Alain Poher, président du Sénat,
et de Pierre Sudreau,député maire de Blois

D’humeur égale, il était toujours prêt à écouter et conseiller ceux qui le demandaient. Mais il détestait l’intolérance et la jalousie.
Pendant ses mandats successifs, il a réalisé avec le conseil municipal quelques grands projets qui lui tenaient à coeur : la construction de la salle des fêtes, la déviation de la route Blois Romorantin à hauteur de Cour- Cheverny, la maison de retraite, le groupe scolaire (inauguré par Alain Poher), la restauration de l’église, la réalisation du Centre de Secours, la station d’épuration.
Sa carrière municipale était intimement liée à la vie associative de Cour-Cheverny. Il était président de I’Amicale des Anciens, vice-président de la Lyre de Cheverny/Cour-Cheverny, du conseil d’administration de la maison de retraite, membre de I’UNC (Union Nationale des Combattants) - section 213 Cour-Cheverny depuis 1973, élu président en 1982 ; il était également médecin volontaire au Centre de Secours de Cour-Cheverny, avant d’être officiellement nommé à ce poste en novembre 1965 avec le grade de chef de bataillon (cf Nouvelle République, juillet 1988) ; il participait à la plupart des associations locales de sports et loisirs. Il était dirigeant du Comité régional de rugby. 

Un homme passionné dans de nombreux domaines
ll avait de nombreuses passions : féru d’aviation, il avait son brevet de pilote (il a été membre du conseil d’administration de I’Aéro-club du Loiret- Cher) ; il aimait Ie tir, la boule lyonnaise, la musique (en particulier les opérettes), la lecture ; il s’adonnait également à la peinture puisqu’il a réalisé quelques toiles, des aquarelles. ll prenait part à l’organisation de voyages (notamment pour l’Amicale des Anciens) et s’amusait à faire le guide. Dans ses journées bien remplies, il trouvait aussi Ie temps de s’occuper de son jardin, des fleurs, du potager.

Remise de la médaille de Chevalier de l'Ordre
du Mérite militaire à Jean Grateau en juillet 1970
Très actif dans le département…
Mais Jean Grateau n’était pas seulement une grande figure communale : il était également reconnu au niveau départemental et dans sa profession. La liste des fonctions qu’il a occupées parle d’elle-même : 
- médecin-chef du service départemental de secours et incendie, conseiller technique en matière de secours et protection civile ; 
- directeur honoraire du secourisme et membre du conseil départemental de la Croix-Rouge ;
- médecin au Tribunal des Pensions Militaires, exerçant également près de la CPAM de Loiret- Cher ;
- administrateur de la Mutuelle chirurgicale de Loir-et-Cher ;
- président du syndicat départemental et membre du Conseil départemental de l’Ordre des médecins ;
- médecin du centre médico-sportif de Blois.
Lieutenant-colonel, il a reçu bon nombre de distinctions pour les services qu’il a rendus : Chevalier de I’Ordre national du Mérite ; Croix du combattant volontaire, 1939-1945 ; Chevalier de I’Ordre du Mérite militaire ; médaille d’honneur « argent » avec rosette des sapeurs-pompiers ; médailles d’or et d’argent, départementale et communale ; médaille d’argent de la Gendarmerie nationale ; médaille d’argent de la Jeunesse et des sports ; ... (cf. La Voix du Combattant – n°1610 décembre 1995).

Le souvenir d’un homme de coeur
Mais la plupart de ceux qui ont connu Jean Grateau ont leurs propres souvenirs : quand il a guéri, quand il a aidé à la naissance d’un enfant, quand il était présent pour soutenir dans les moments difficiles. Les habitants de Cheverny et Cour-Cheverny se souviennent de l’été 1995 où ils l’ont vu inaugurer le four à pain, puis participer aux fêtes locales ou se promener dans ce village qu’il aimait tant. Le docteur Jean Grateau était quelqu’un de reconnaissant : toute sa vie, il a su remercier ceux qui lui ont appris et qui l’ont guidé. En 1988, lorsqu’il reçut la médaille d’or des collectivités locales et territoriales, il associa à l’honneur qui lui était fait tous ceux et celles qui avaient contribué au déroulement de sa carrière : ses parents dont il évoqua les sacrifices pour lui donner sa situation, son épouse, ses maîtres de la « primaire » à l’université, avec une pensée particulière pour « l’instituteur de son enfance qui lui enseigna si fortement morale et instruction civique » (cf . Nouvelle République, juillet 1988).
Jean Grateau s’est éteint le 16 octobre 1995, et c’est sur une pensée qui lui était chère que nous terminons cet hommage : « Dans la vie, ce qui compte, c’est de donner même quand on n’a pas tout ». 

Merci à Josiane et Jean-Claude Grateau de nous avoir transmis cet éloquent témoignage. 

P. L.

 (1) Ce témoignage, déjà publié dans le n° 3 de la revue « Le Petit Journal de l’Office de Tourisme de Cheverny et Cour-Cheverny » en mars 1996, a été légèrement actualisé pour la présente publication.

(2) Voir La Grenouille n°52 - page 22 « Des rues et des hommes ».  

Pose de la plaque du square Flandres Dunkerque, le 16 mars 1980, près de l’ancienne gare, baptisé ainsi pour perpétuer le souvenir du sacrifice des combattants de cette bataille de la guerre de 39-45.


La Grenouille n°53 - octobre 2021

L'étang de La Rousselière (et ses petites histoires) avant la construction du golf

C’est la plus importante surface en eau des communes de Cheverny et de Cour- Cheverny. Avec une surface de près de 20 hectares en eau (à laquelle il faut rajouter les roselières et les zones marécageuses adjacentes), cette tache bleue est bien visible vue du ciel et sur les cartes IGN. Bien moins connu que le golf qui le borde et que le restaurant situé dans ce bel écrin, ce plan d’eau a naturellement pris le nom de la ferme près de laquelle il a été creusé. Il est alimenté, entre autres, par un mince ruisseau qui provient de l’ouest de la route allant de Contres à Cheverny, qui prend le nom de Courpin après avoir traversé l’étang des Barentins puis le Grand Étang. 





Auguste Bourgeois et son fils Michel
à La Rousselière en 1958
Créé à l’emplacement d’un ancien étang encore en eau en 1829 (il figure sur la carte de Cassini du XVIIIe siècle), mais asséché ensuite par Paul de Vibraye pour des raisons sanitaires (comme dans beaucoup d’endroits en Sologne), qui décida alors de le mettre en culture(1), il a été cultivé jusque vers 1870, où il fut de nouveau abandonné et gagné par une friche marécageuse. C’est Philippe de Vibraye qui, juste après la deuxième Guerre Mondiale, entreprit les travaux de remise en eau. Cet étang avait alors comme objectif principal la production piscicole. Depuis, bien d’autres fonctions lui ont été reconnues. Tout d’abord, un véritable intérêt de zone naturelle, où rapidement une faune aquatique diverse s’est installée. Les oiseaux tout d’abord, sédentaires et migrateurs, et notamment tous les canards indigènes. Ils y ont constitué une faune cynégétique recherchée. Mais aussi les sauvagines (2), tels loutres et rats musqués, y avaient pris leurs quartiers. Ensuite, alors que ce but n’était pas recherché, un attrait touristique et récréatif lui fut attribué. C’était à l’époque un but de promenade dominicale très prisé des habitants de nos deux communes. Plus tard, ce plan d’eau a même été le théâtre de courses de hors-bord, et de la pratique du ski nautique, ainsi que d’une zone de baignade. Aujourd’hui, cet étang sert de cadre bucolique à ce magnifique ensemble golf-restaurant.
Auguste Bourgeois

La bonde














Les veilles de pêche
Déjà, la veille de la pêche, des curieux venaient voir le site même de l’étang presque à sec. On y sentait cette forte odeur de poisson et de vase si caractéristique des étangs en pêche. On pouvait déjà deviner les mouvements des grosses carpes qui affleuraient. Aussi, la dernière nuit qui précédait la pêche, une surveillance y était assurée par les gardes. J’ai eu l’occasion d’y passer une partie de la nuit en accompagnant mon père. Cette veille s’effectuait dans un petit local semi-enterré derrière la digue, juste à côté des bassins de réservation. Je me souviens très bien que M. Dufraisse, le fermier de la Rousselière, venait nous y rejoindre et passait quelques heures en notre compagnie. Il apportait une bouteille de vin et des gâteaux que nous grignotions autour du petit poêle rond tout en devisant à la lueur de la lampe à pétrole. En ces premiers jours de décembre, les nuits étaient déjà froides, et la chaleur que nous procurait ce poêle était appréciée, malgré son excès de fumée. De temps en temps, nous sortions surveiller le niveau de l’eau, en contrôlant le débit des vannes, et pour inspecter les environs. On s’assurait qu’aucun bruit suspect ou lumière ne venaient trahir la présence d’un braconnier téméraire. Afin de s’assurer que la grille de retenue du poisson restait libre de tout embâcle(5), nous descendions l’escalier latéral à la bonde. Mon père plongeait alors l’épuisette au pied de celle-ci en raclant les barreaux de la grille ; ce faisant, il remontait l’épuisette frémissante de vie. Il réitérait l’opération afin de sortir quelques poissons intéressants que M. Dufraisse pouvait rapporter en rentrant chez lui. Vers le milieu de la nuit, M. Bouquin, l’autre garde, venait assurer la relève et nous pouvions rentrer nous coucher. Il fallait que le lendemain dès huit heures, l’étang soit en pêche. Pour amener ce niveau d’eau optimal au jour J, le début de la vidange avait commencé huit jours plus tôt.
Auguste Bourgeois avait établi, avec l’expérience de plusieurs pêches, un protocole de vidange qui agissait sur les quatre vannes de la bonde de façon chronologique et dont il avait établi un croquis avec indications précises comme indiqué sur le schéma ci-dessous.

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Ses notes précisaient : « Ouvrir progressivement la vanne n° 2 plusieurs jours avant, puis la vanne n° 3 à 48 heures du jour J. S’assurer que la rivière en aval ne déborde pas. Ouvrir la vanne n° 4 à 24 heures de la pêche avec surveillance du niveau d’eau durant le soir de veille et ajuster en fonction de l’arrivée de l’eau d’alimentation. Le matin de la pêche, ouvrir en plein les vannes n° 1 et 4, et 1 heure après, on peut pêcher ». 

Le jour de pêche
Le jour de la pêche était considéré comme un événement festif pour les habitants de nos deux communes. Aucune vente de poisson aux particuliers sur la digue n’était proposée (un pisciculteur local achetait toute la production), mais cependant de nombreux curieux ou des amateurs de belles pièces se pressaient sur la digue aux premières heures de la matinée. Dès 8 heures du matin, branle-bas de combat sur la digue : alors que le jour peine à se lever, les pêcheurs sont à pied d’oeuvre. La plupart des employés du château sont réquisitionnés : jardiniers, cantonniers, fermiers, gardes et le régisseur. Le pisciculteur avait disposé ses véhicules sur la digue et à proximité des bassins de pêche. Ceux-ci étaient équipés de grands réservoirs oxygénés à moitié remplis d’eau, prêts à recevoir le poisson. Les tables de tri du poisson étaient disposées près des bassins de pêche, car on ne pêchait pas directement dans l’étang. Le poisson arrivait par gravité dans ces deux bassins séparés par une grille assurant un premier tri. Les gros poissons restaient dans le premier bassin, les plus petits passaient dans le second.
La Rousselière en 1964
Le déroulement de la pêche
Pendant que tout se mettait en place, le garde levait la grille à l’aide d’un palan, et dès le signal donné, ouvrait la vanne n° 4. Aussitôt, une vague de 30 à 40 centimètres d’eau et de poissons dévalait dans les bassins de pêche. Quand le volume de poissons était jugé suffisant, on refermait partiellement la vanne, et la pêche commençait alors. Armés d’épuisettes, les employés sortaient le poisson soit depuis le bord des bassins, soit en descendant dans les bassins, équipés de cuissardes. On déversait le contenu des épuisettes dans des corbeilles en osier et dans de grandes caisses en bois ajourées pour les gros spécimens. C’était un spectacle extrêmement vivant et sonore, notamment lorsque les corbeilles étaient déversées sur les tables de tri ; ça sautait et ça tapait de la queue avec force bruit. Les trieurs, malgré l’équipement adéquat, étaient rapidement maculés de la tête aux pieds. Les exclamations fusaient et notamment lorsqu’un spécimen remarquable était présenté à une table de tri ou dans une grande caisse. On s’arrêtait quelques secondes pour admirer le trophée et évaluer son poids. Alors, quelques curieux se pressaient pour le voir de plus près et donner leur avis sur le poids et, parfois, un amateur prenait une photo. On triait d’abord les brochets, espèce la plus fragile, ensuite, les grosses carpes et les moyennes, espèce qui fournissait une grande partie de la récolte. Les grosses perches suivaient, puis les tanches et les anguilles, très présentes à l’époque. La friture, composée de gardons, rotengles, perchettes et petites tanches n’était pas triée sur place. Le pisciculteur en faisait son affaire ultérieurement dans ses bassins de revente. De temps en temps, on vidait quelques corbeilles de friture dans un des bassins pour le rempoissonnement ultérieur de l’étang. Lors du tri, on avait soin d’éliminer les espèces indésirables, telles perches arc-en-ciel ou poissons-chats. Dans l’autre bassin, on réservait un quota défini des autres espèces nobles à réintroduire. Chaque espèce triée passait ensuite au pesage ou officiait le Régisseur, M. de Berthier, avant d’être déversée dans les tanks oxygénés. Dès que le poisson se raréfiait dans les bassins de pêche, Auguste Bourgeois ouvrait à nouveau la vanne et la refermait quand le volume à pêcher était optimal. En fin de pêche, il ouvrait la vanne n° 1, la plus près du fond, et ainsi de suite jusqu’à la vidange complète de l’étang. En tant qu’écolier, j’ai eu l’occasion, avec des camarades, de courir après la classe jusqu’à cet étang pour assister à la fin de cet événement de la vie locale. La vue palpable de cette vie insoupçonnée de milliers de poissons, qu’on peine à imaginer lorsque l’étang est plein, est un souvenir inoubliable.

Les courses de hors-bord 
Dans le courant des années cinquante, les fêtes de toutes natures sont à leur apogée, y compris les manifestations nautiques. J’ai eu l’occasion d’assister, sur l’étang de la Rousselière, à une course de bateaux à moteur comme on disait à l’époque. Le mouvement de ces hors-bord bruyants, colorés et rapides, était un vrai spectacle, inédit pour la plupart d’entre nous. Il était difficile de suivre le classement, mais j’ai le souvenir précis des vagues géantes qu’ils provoquaient lors des virages juste devant la bonde où l’eau était projetée sur les spectateurs, pas toujours ravis de se faire doucher.
On voyait alors que les pilotes prenaient un malin plaisir à réitérer ces manoeuvres. Le ski nautique y a aussi été pratiqué, et notamment par le docteur Benoistel qui s’y adonnait en famille. L’été, il laissait son bateau amarré aux tubes de protection de la bonde, sans le moindre système antivol. Mais c’était une autre époque… 

La canicule de l’été 1959
L’été 1959 fut particulièrement chaud et sec. Mon père m’envoyait garder nos vaches dans la peupleraie bordant l’étang, seule zone présentant de l’herbe encore verte en cette saison. Passant tous les jours devant ce « chouette » bateau, la tentation fut plus forte que la crainte. Attiré par une envie d’aventure nautique, j’entrepris de détacher le bateau et, malgré le risque de me faire surprendre par le garde, je sautai dans le hors-bord. À l’aide de la rame de secours, je m’éloignai de quelques mètres de la digue. Super sensation, mais cet engin est difficile à manoeuvrer à la rame, après un demi-tour laborieux, je regagnai le port d’attache. Après avoir rattaché le bateau avec précaution, je retrouvai, encore tremblant, les vaches qui s’étaient avancées dans les peupliers. Ce même été, cet étang fut le théâtre de nombreuses baignades, notamment avec quelques camarades de 14-15 ans, que je retrouvais les dimanches après-midi, jour de repos du vacher. Chacun venait avec la bouée de l’époque : une chambre à air de 2 CV !... Au début, nous allions où nous avions pied, puis, rapidement, au bout de quelques séances, carrément devant la bonde. C’est ainsi, qu’à la fin de l’été 1959, nous avions suffisamment d’assurance pour nous passer des bouées… ; c’était notre piscine à nous, gratuite, sans chlore et sans maître-nageur !

C’était cela, l’étang de la Rousselière... Mais c’était au 20e siècle ! 

Michel Bourgeois

(1) Comme en témoignent les écrits de Paul de Vibraye dont nous parlerons dans un prochain article…
(2) La sauvagine désigne couramment les animaux aquatiques tels que ragondins, rats musqués et loutres.
(3) Le rotengle (Scardinius erythrophthalmus) est une espèce de poissons d’Europe et d’Asie de la famille des Cyprinidae (Wikipédia).
(4) La foulque macroule (Fulica atra) est une espèce d’oiseaux, petits échassiers de la famille des Rallidae. Fulica est un genre d’oiseaux de la famille des Rallidae (Wikipédia). (5) Le terme embâcle désigne une accumulation d’objets obstruant un cours d’eau (Wikipédia).
   

La Grenouille n°53 - octobre 2021

Des rues et des Hommes à Cour-Cheverny

 Des rues et des Hommes (ou des femmes) à Cour-Cheverny(1)

La commune de Cour-Cheverny possède environ 140 avenues, rues, ruelles, boulevards, voies, allées ou places dont une vingtaine portent un nom de personne. Certaines d’entre elles sont célèbres natio­nalement ou internationalement (Victor Hugo, Sadi Carnot, Léon Gambetta…), d’autres le sont plus localement et d’autres enfin n’évoquent rien à la plupart des habitants de la commune, qui s’interrogent parfois sur l’origine de ces appellations. De la même façon que nous nous intéressons à l’origine des noms de lieudits, il nous a paru utile de répertorier ces rues associées à des personnages afin que certains, surtout les plus méconnus, ne tombent pas dans l’oubli…

À noter que seule la commune de Cour- Cheverny possède des rues portant le nom de personnes ; les rues de Cheverny ne portent que des noms dont l’origine est liée à des lieudits ou/et à la topographie locale.

Des rues et des Hommes à Cour-Cheverny
Préparatifs du marché avenue de la République
La désignation des rues de Cour-Cheverny en 1905
« Lors de la réunion extraordinaire du Conseil municipal du 2 avril 1905 et sur proposition du maire, Monsieur Mahoudeau, le Conseil décide d’attribuer aux rues et places du bourg les dénominations suivantes : les rues Martinet et Gilette conservent leur appellation d’origine. Les noms de certaines rues comme Barberet, Munier, Denet, Ribeiro, Decuves, Leroy, Fourché, ont été attribués pour perpétuer le souvenir de généreux bienfaiteurs commu­naux. Les autres noms ont été choisis parmi ceux d’hommes illustres qui, par leur dévoue-ment et leur patriotisme ont contribué au déve­loppement de nos institutions actuelles. Le Conseil décide que des plaques indicatrices seront posées à l’entrée de chaque rue ou place (ce qui est une innovation), et charge le maire d’en faire l’acquisition ».

Des rues et des Hommes à Cour-Cheverny
Rue de Bracieux devenue rue Barberet
Nous présentons ci-dessous un aperçu des rues concernées par cette décision, avec plus ou moins de détails, certains personnages faisant l’objet d’articles plus complets parus ou à paraître dans notre revue, d’autres étant très connus et pour lesquels vous savez déjà tout… Figurent aussi dans cet inventaire des rues portant des noms d’événements particu­liers (République, Convention, etc.).

• Place Victor Hugo
Victor Hugo (1802-1885) : on ne le pré-sente plus… Auparavant place de l’Église. Communément, on a toujours, et encore aujourd’hui, employé les deux noms pour désigner cette place.
En juillet 1928, il est prévu une voie nou­velle passant derrière l’église (alors nommée impasse Berrué-Marteau) rejoignant la rue Augustin Thierry. Du fait de nombreux litiges avec les riverains et l’impossibilité de trouver un accord avec la municipalité quant au prix du terrain, la jonction ne fut jamais réalisée et cette voie est restée une impasse...

• Place de la République (et avenue)
Auparavant : place de la Mairie. En 1906, suite à une demande, le Conseil municipal autorise le maire « à faire abattre les quelques arbres de l’avenue de la République qui, pour la plupart sont morts, et en raison de leur peu de valeur, à les vendre à l’amiable au mieux des intérêts de la commune, sans avoir recours à une adjudication ».
En novembre 1921, le conseil décide « la pose de chaînes pour attacher les chevaux les jours de marché, à l’emplacement le mieux approprié de la place pour ne pas gêner la circulation. Plus tard, il fait poser des barres ou traverses destinées à recevoir les licols ou tous autres liens qui empêchent les animaux de circuler librement sur la place du marché ».
En 1925, « des travaux d’assainissement sont réalisés sur la partie située devant la salle des fêtes (l’actuelle mairie) où se tient le marché, dans la saison d’hiver, afin que les vendeurs et acheteurs ne soient plus obligés de patauger dans la boue, sur un terrain rendu boueux par le déversement des gouttières avec le marché public et le piétinement sur place pendant les quelques heures que dure la vente des produits. Après l’exposé des frais : achat de grilles, buses, etc., nécessités pour rendre la place saine et praticable, le Conseil approuve le devis de 2 000 francs, et demande l’exécution des travaux, avec le plus d’économie possible ».
À noter qu’en mai 1940, Louis Sauvage, adjoint faisant fonction de maire, l’assemblée communale donne le nom du maréchal Pétain à l’avenue de la République, « en l’honneur des services que le chef de l’État rend à la patrie (1)L’Histoire fera que quelques années plus tard, cette avenue reprendra son nom d‘origine.

• Rue Nationale
Auparavant : Grande Rue.

Des rues et des Hommes à Cour-Cheverny
La Grande Rue est devenue Rue Nationale en 1905.
En réalité, lorsqu’en 1905, le Conseil muni­cipal de Cour-Cheverny décide de substituer le nom de rue Nationale à celui de Grande Rue, la route de Blois à Romorantin était une route départementale qui ne devint nationale qu’en 1931. Ce changement de nom n’était, en fait, dû qu’à un « élan » républicain (la IIIe République s’étoffait) du Conseil qui, dans la même délibération, rebaptisa la place de la Mairie place de la République, la rue de Fougères rue Félix Faure et l’avenue de la Gare boulevard Carnot. Pour ce qui est de la route nationale, son histoire commence à la fin du XVIIIe siècle, peu de temps avant la Révolution française, époque à laquelle fut construite entre 1770 et 1776 la nouvelle route de Blois à Romorantin (2).

Rue Félix Faure
Auparavant : rue de Fougères. Félix Faure (1841-1899) : président de la République du 17 janvier 1895 jusqu’à sa mort.

• Rue Denet
Auparavant : rue dite Thori (nom d’un proprié-taire de l’endroit). Louis Joseph Denet : maire de Cour-Cheverny sous la Restauration, du 21 avril 1822 au 9 octobre 1831, puis conseiller municipal pendant la Monarchie de Juillet durant le mandat du maire Jean Touchain à partir du 3 mai 1842, sous la IIe République. Il décède en 1850. M. Denet a fait un don de 4 000 francs au bureau de Bienfaisance.

Des rues et des Hommes à Cour-Cheverny
Augustin Thierry
• Rue Augustin Thierry (et ruelle)
Auparavant : rue Creuse.
A u g u s t i n Thierry est né en 1795 à Blois et décédé en 1856 à Paris. Il est
« reconnu comme l’un des premiers his­toriens à avoir travaillé sur des sources originales ; il se démarque de ses homologues contempo­rains par une narration très vivante et presque romancée, mêlant érudition et imagination. On lui doit aussi la première étude critique des institutions communales françaises » (3). Il a donné son nom en 1872 au collège communal de Blois, qu’il a fréquenté de 1806 à 1811 avant d’entrer à l’École Normale.
En 1872, le maire communique au Conseil une lettre du préfet notifiant qu’un arrêté du mois de janvier du ministre de l’Intérieur accorde à la commune une subvention de 300 francs pour travaux d’utilité communale. Après consultation des propriétaires présents au Conseil, Messieurs de Sèze, Martinet, Cochet et Grasset, il est décidé que cette somme servirait « aux travaux de terminaison de la rue Creuse, et à l’achat d’un terrain mitoyen ». En 1924, un élargissement de la rue Augustin Thierry est demandé par le maire, dans les parties non encore bâties. « Le peu de largeur de cette voie conduisant à la gare des marchandises rend la circulation difficile quand deux véhi­cules se rencontrent ». Un plan d’alignement de cette voie est demandé. En janvier 1925, « l’élargissement du chemin vicinal n°13, rue Augustin Thierry est reconnu comme répon­dant à un besoin réel et incontesté. La largeur est limitée à 8 m, de plus il est admis la construction de trottoirs avec demi-caniveaux ; la largeur de la chaussée empierrée se trouvera de ce fait sensiblement élargie, de sorte que la circulation pourra s’y faire normalement ». Le projet est voté par 10 voix contre 2.
En 1926, le maire sollicite M. d’Ouvrier, pro­priétaire du château de La Favorite et des nombreuses terres l’entourant, pour acheter une bande de terre de 73 m² lui appartenant, au prix de 4 francs le m² pour élargir la rue. Un autre propriétaire est également sollicité pour une bande de terrain de 10 m de large, au même prix. Ce qui est accepté par le Conseil qui charge le maire de conclure ces achats.

Des rues et des Hommes à Cour-Cheverny
L’avenue de la Gare, devenue boulevard Carnot.
Boulevard Carnot
Auparavant : avenue de la Gare. Sadi Carnot (1837-1894), président de la République fran­çaise de 1887 à 1894, année où il fut assas­siné. C’est en 1916 que le maire soumet au Conseil le projet d’élargissement de la ruelle allant du chemin de grande communication n°2 (actuelle rue Barberet) au chemin vici­nal n°3 (rue Augustin Thierry). Une enquête dévoile qu’une protestation collective conte­nant 62 signatures a été déposée, contestant l’utilité du projet et les intentions du Conseil municipal concernant les dépenses à enga­ger. Un argument mis en avant est l’inopportu­nité du projet en raison de l’état de guerre. Or ce projet a été élaboré début 1914, avant les hostilités. Il s’agit de terminer les formalités. De plus, « le gouvernement a exprimé le désir que les affaires reprennent leur marche normale pendant la guerre ». Le Conseil n’a pas l’intention d’engager des dépenses nouvelles pendant les hostilités, mais de ter­miner une affaire en litige... La protestation reproche également la dilapidation des fonds communaux ; le maire prouve que « ce sont des travaux d’assainissement qui ont été faits pour l’embellissement de la commune et réalisés à l’aide de "bonis", à la fin de chaque exercice. Et ce projet sera réalisé de la même façon. De plus, ce projet va contribuer à créer des emplacements pour bâtir et ainsi contribuer à l’embellissement de la commune. L’élargissement se fera au fur et à mesure des demandes d’alignement en payant aux propriétaires le terrain qui leur sera pris ».

Des rues et des Hommes à Cour-Cheverny
Boulevard Munier, autrefois rue de la Gendarmerie
Rue Barberet
Auparavant : rue de Bracieux.
En 1862, Mme Barberet, de Pont-Chardon, fait don de 700 francs à la commune « valeur approximative de l’ancien cimetière » selon elle, en assortissant cette offre de certaines conditions (4) . Mme Barberet a fait « don de 20 000 francs au bureau de Bienfaisance, plus l’emplacement de l’usine à gaz, sur lequel a été construit le monument aux Morts en 1922- 1924 et inauguré en 1924 ».

• Impasse de la Convention
Auparavant : rue de la Convention. La Convention nationale est un régime poli-tique français qui gouverne la France du 21 septembre 1792 au 26 octobre 1795 lors de la Révolution française. Elle succéda à l’Assemblée législative et fonda la Première République. Elle fut élue, pour la première fois en France, au suffrage universel masculin afin de donner une nouvelle constitution à la France, rendue nécessaire par la déchéance de Louis XVI lors de la journée du 10 août 1792 (3).

• Boulevard Munier
Auparavant : rue de la Gendarmerie (5).
Louis Laurent Munier, né le 16 janvier 1788 à Cour-Cheverny, ancien négociant en vin à Paris, se retira à la fin de sa vie dans le faubourg de Vienne à Blois. À sa mort le 6 août 1869, […] « par testament, il a légué à la ville de Blois une somme suffisante à l’achat de 200 francs de rente perpétuelle, lesquels doivent être employés à l’acquisition de quatre livrets de caisse d’épargne à distribuer chaque année à quatre enfants de 12 à 16 ans et sortant des écoles laïques de Blois » (6). En 1955 et 1956, 50 francs sont attribués à 3 filles et 1 garçon de Cour-Cheverny ; de 1957 à 1960, 250 francs sont attribués à 2 filles et 2 garçons chaque année ; en 1961, 2,50 nouveaux francs à 2 filles et 2 garçons ; et jusqu’en 1966, 5 nouveaux francs sont attri­bués chaque année. Il semble qu’il n’y ait plus eu d’attribution après cette date.

Des rues et des Hommes à Cour-Cheverny
Rue Fourché
• Rue Fourché (parfois nommée rue- Fourche)
Auparavant : rue basse de l’Abreuvoir (2).
« M. Fourché a fait un don de 1 000 francs au Bureau de bienfaisance, pour les pauvres de la commune ».

• Rue Gambetta
Auparavant : rue Neuve ou rue de l’Église. Léon Gambetta (1838-1882). Membre du gouvernement de la Défense nationale en 1870, chef de l’opposition dans les années suivantes. Président de la Chambre des dépu­tés (1879-1881), puis président du Conseil et ministre des Affaires étrangères du 14 novembre 1881 au 30 janvier 1882 (3).

• Rue Decuves (écrit parfois Descuves) 
Etienne Philippe Decuves, propriétaire d’une closerie au Tertre à Cour-Cheverny. Par déli­bération du conseil municipal du 29 août 1822, Le maire, Louis Denet, informe que, « par tes­tament du 8 avril 1822, M. Decuves Étienne Philippe a fait don et légué au Bureau de Bienfaisance de Cour-Cheverny d’une rente annuelle et perpétuelle de 100 francs hypo­théquée sur sa closerie du Tertre, pour les pauvres de Cour-Cheverny ».

• Rue de Saint-Aignan
Auparavant dénommée « la ruelle menant à la Fontaine Saint-Aignan ».

• Impasse Ribeiro.
M. Ribeiro a fait un don de 2 000 francs au Bureau de Bienfaisance. Le document indique « Impasse conduisant aux maisons Leroux » mais on ignore ce que désigne ce terme.

• Rue Leroy
Lors de sa séance du 13 août 1882, le maire donne au Conseil municipal communi­cation du testament olographe fait par Marie Alexandrine Le Roy, demeurant à Versailles, où elle est décédée. Elle lègue les sommes ci-après désignées « que mes légataires ne toucheront qu’au décès de mon mari… Aux communes de Cour et Cheverny (Loir-et- Cher) la somme pour chacune d’elles de six cents francs qui sera plus particulièrement employée pour les orphelins ». M. Leroy a donné une rente annuelle et perpétuelle de 22 francs en faveur d’un orphelin de la commune de Cour-Cheverny.

Pour d’autres rues, la décision du Conseil municipal n’est pas datée à ce stade de nos recherches, mais nous pouvons cependant publier quelques précisions :

• Rue Martinet
Auparavant : rue de Pigelée. Ce nom désigne maintenant la voie qui part du giratoire et longe la RD 765.
Eugène Martinet : conseiller municipal sous le Second Empire durant le mandat de Louis Pierre Ganne, à partir du 14 août 1853, puis président par délégation spéciale (et non maire) de Cour-Cheverny désigné par le préfet sous le Second Empire, du 29 sep­tembre 1870 au 11 mai 1871. Il sera à nou­veau conseiller municipal durant le mandat du maire Alphonse Bonamy du 11 mai 1871 au 3 janvier 1886.

• Square Fernand Brunet
C’est une dénomination méconnue car il n’y a pas de plaque la signalant, mais l’emplace­ment du Monument aux morts est bien nommé ainsi, comme indiqué sur le site de la mairie. Edouard Fernand Brunet est né en 1893 à Savigny sur Braye. Engagé volontaire en 1913 à Cholet, il entreprend une longue carrière militaire qui le mènera au grade de lieutenant-colonel. Il combat durant les 5 années de la Première Guerre mondiale, notamment à Verdun. Il est blessé à deux reprises en 1916 et 1917, et reçoit de nombreuses médailles et citations qui soulignent son engagement et sa bravoure au combat. Il épouse en 1921 Rolande Leroux originaire de Cour-Cheverny où le couple s’installe. Cette même année, il intègre l’École militaire de Fontainebleau comme instructeur, puis devient professeur adjoint à l’École militaire de l’infanterie en 1925 et intègre l’École supérieure de guerre en 1931. Il est fait prisonnier le 26 juin 1940 et envoyé à l’OFLAG XB (7) de Nienburg-sur- Weser en Allemagne pendant 5 ans. Il est libéré le 26 avril 1945 par les Alliés. Revenu à Cour-Cheverny à la fin de sa carrière militaire, il en devient le maire en 1953 jusqu’à son décès en 1970.

Plus tard
Suite à la délibération municipale du 12 décembre 1964, le maire décide « d’honorer la mémoire de deux enfants de Cour-Cheverny qui ont acquis une certaine notoriété dans les arts » : à savoir Pascal Forthuny et Paul Renouard.

Des rues et des Hommes à Cour-Cheverny
Pascal Forthuny
• Rue Pascal Forthuny
Pascal Forthuny (1872-1962) (8). Forthuny est le pseudonyme de Georges Cochet, érudit, artiste peintre, poète, romancier et sinologue. Son père était né à Cour-Cheverny et Pascal Forthuny venait très souvent à Cour-Cheverny chez ses grands-parents. À la disparition de ces derniers, il fréquentait l’hôtel des Trois Marchands, et s’il n’y avait plus de chambre disponible, il logeait à proximité chez l’artisan bourrelier-matelas­sier Eugène Berrué, dont le père était né à Cour-Cheverny (à l’emplacement actuel du Crédit Agricole).
Pascal Forthuny avait aussi des dons de médium et a publié de nombreux ouvrages traitant des phénomènes psychiques. Extrait de la délibération du conseil municipal du 8 août 1960 : « Le maire, M. Brunet, lit au conseil la lettre de Pascal Forthuny du 12 janvier 1960 qui offrait à la commune 480 exemplaires de ses oeuvres (parmi lesquelles « Pour les roses futures » - 1955 - Éditions de l’ICP à Paris), sous la seule condition d’en prendre livraison à Paris, boulevard de Magenta, et d’en disposer au mieux pour maintenir le souvenir de l’auteur dans notre commune, où il a passé son enfance et sa jeu­nesse ». Le Conseil décide d’accepter cette offre. Le transport et leur dépôt à la mairie de Cour-Cheverny ont lieu le 27 juin 1960, par les messageries Chandon de Blois, pour un mon-tant de 22,44 NF que la commune mandatera au transporteur.
Citons également le « Prix de poésie Pascal Forthuny » : c’est un prix annuel de l’Acadé­mie Française créé en 1959, qui récompense un auteur de poèmes de deux cents vers maximum, quel que soit le genre. Il a été décerné de 1966 à 2006.

Des rues et des Hommes à Cour-Cheverny
Paul Renouard
• Rue Paul Renouard
Paul Renouard : peintre et illus­tra-teur, né à Cour-Cheverny en 1845. Issu d’une famille modeste (son père est sabo­tier) d’origine solognote, il part, dès l’âge de 14 ans, à Paris pour gagner sa vie en tant que peintre en bâti-ment, puis se consacre à son art, dans lequel il rencontre beaucoup de succès (9).
En février 1924, Edouard Fillay, président de l’école de la Loire à Blois, par courrier au maire de Cour-Cheverny, demande « à ce que le nom du maître Paul Renouard, enfant du pays, soit donné à une rue ou à une place de la localité, en souvenir de ce grand artiste, parti d’une origine tout à fait modeste et qui arriva à la plus haute notoriété artistique ». Le Conseil municipal de Cour-Cheverny décide de donner à la salle des délibérations du conseil le nom de Paul Renouard, et de faire apposer une plaque en marbre sur la façade de la maison qui a vu naître cet illustre enfant du pays, et perpétuer ainsi le souvenir de cet artiste que fut Paul Renouard.
Au n° 82 de la rue Nationale, on peut voir la plaque « Maison natale de Paul Renouard - 1845-1924 ».
À noter que l’école primaire publique de Cour- Cheverny porte également son nom.

Des rues et des Hommes à Cour-Cheverny
Rue Gilette dans sa partie
devenue aujourd’hui avenue de Verdun.
Rue Gilette
Nous n’avons pas retrouvé l’origine exacte de la dénomination de cette rue. L’hypothèse la plus vraisemblable serait que le « Chemin vicinal n°7 » désigné ainsi en 1877 et même avant 1854 (10) aurait pris le nom de rue Gilette du fait qu’il menait à une maison ou un terrain appartenant à un propriétaire portant ce nom, comme nous l’avons déjà explicité pour d’autres lieux (11).
Précisons également que Gilette est un pré-nom féminin assez rare, utilisé notamment dans les années 1920, ou masculin très ancien comme l’indique le site généalogique Filae, devenu également un patronyme.
En 1907, les propriétaires de la rue Gillette adressent une pétition au maire, demandant à ce « que les ormeaux plantés dans cette rue soient abattus car ils causent aux propriétaires riverains des dégâts appréciables de nature à motiver cet abattage, mais que d’un autre côté leur ombrage est très utile en été, et est un embellissement pour le pays. A l’unanimité, il est décidé que ces arbres seront vendus et abattus, à la condition qu’ils soient remplacés par d’autres d’une essence moins nuisible et plus belle, et que les propriétaires consentent à les laisser planter à la même distance de leur propriété que ceux existants de manière à ne pas rétrécir la voie ».

• Autres voies urbaines de la commune
En mars 1966, « Les amicales d’Anciens com-battants et Victimes de guerre, des Anciens prisonniers de guerre ont adressé à la mairie des courriers demandant que des noms, com­mémorant des grandes dates des campagnes 1914-1918 et 1939-1945 soient donnés à des voies urbaines de l’agglomération. Seul le monument aux morts et un square main-tiennent ces souvenirs à Cour-Cheverny ».

Le Conseil à l’unanimité décide :
« de dénommer boulevard de Verdun (aujourd’hui avenue) la partie de la rue Gillette entre le carrefour de Talcy (RD 102) et le bou­levard Munier. Le nom de rue Gillette restera à la partie de cette rue entre le boulevard Munier et la RN 765 ».
« de réserver le nom de rue du 8 Mai 1945 à la partie de la voie communale n°3 entre son intersection avec la RN 765 (actuellement rue Nationale) et le passage à niveau des Carelles. Cette dénomination ne sera effective qu’après le classement dans la voirie urbaine de cette portion de voie communale n°3. Ce qui sera fait dans de brefs délais puisque des constructions sont déjà réalisées dans le lotissement bordant ces voies ».

Dans cette même catégorie, citons également la rue du 11 Novembre 1918 et la rue des Anciens combattants d’Afrique du Nord (AFN) qui ont été tracées sur l’ancienne voie de chemin de fer Blois-Romorantin ; les anciennes maisons de garde-barrière dite des Carelles et celle de la rue Barberet en sont les témoins.

Les autres voies et lieudits de Cour- Cheverny
Sur les plans et/ou les cartes, on repère environ 300 noms pour désigner l’ensemble des voies et lieudits de la commune… : un beau programme de recherche, quand on sait que jusqu’à présent, nous n’avons évoqué qu’une cinquantaine d’entre eux dans nos publications…

P. L. & F. B.

Sources :
L’essentiel des éléments publiés ci-dessus ont été ras-semblés par Françoise Berrué, extraits des archives municipales de Cour-Cheverny. Certains d’entre eux ont été publiés dans les Bulletins municipaux de 1989 à 2004. Nous remercions Jean-Alain Jutteau, petit-fils de Fernand Brunet qui nous a donné accès aux archives de sa famille

(1) La Grenouille n°45 – « La vie difficile à Cour-Cheverny de 1939 à 1947 » / Françoise Berrué.
(2) Extrait du livre « Les grandes heures de Cheverny et Cour-Cheverny en Loir-et-Cher… et nos petites histoires - Éditions Oxygène Cheverny 2018 - page 104.
(3) Wikipédia.
(4) Extrait du livre « Les grandes heures de Cheverny et Cour-Cheverny en Loir-et-Cher… et nos petites histoires - Éditions Oxygène Cheverny 2018 - page 112.
(5) Extrait du livre « Les grandes heures de Cheverny et Cour-Cheverny en Loir-et-Cher… et nos petites his-toires » - Éditions Oxygène Cheverny 2018 - page 120 et La Grenouille n° 45 – « Quand La Grenouille mène l’enquête… à propos de la Gendarmerie ».
(6) Blois, le dictionnaire des noms de rue - Pascal Nourisson – Editions CLD – 2003
(7) OFLAG : abréviation de Offizier-Lager « camps d’offi-ciers » ; c’est le nom donné en Allemagne aux camps de prisonniers de guerre destinés aux officiers durant la Seconde Guerre mondiale (Wikipédia).
(8) Extrait du livre « Les grandes heures de Cheverny et Cour-Cheverny en Loir-et-Cher… et nos petites histoires » - Éditions Oxygène Cheverny 2018 - page 102.
(9) La Grenouille n°47 - « Paul Renouard croque les animaux de la ferme » ; et La Grenouille n°16 - Juillet 2012 - « Renouard de Cour-Cheverny ».
(10) Extrait du livre « Les grandes heures de Cheverny et Cour-Cheverny en Loir-et-Cher… et nos petites histoires - Éditions Oxygène Cheverny 2018 - page 120.
(11) Extrait du livre « Les grandes heures de Cheverny et Cour-Cheverny en Loir-et-Cher… et nos petites histoires » - Éditions Oxygène Cheverny 2018 - page 295.

La Grenouille n°52 - Juillet 2021

La famille Poisson, charpentiers de père en fils

La famille Poisson, charpentiers de père en fils à Cour-Cheverny de 1905 à 2009

La famille Poisson, charpentiers de père en fils à Cour-Cheverny de 1905 à 2009
Le livret d'ouvrier d'Alphonse Aristide Poisson,
charpentier daté du 11 juillet 1896 et
validé par le maire de Chouzy-sur-Cisse

La famille Poisson vivait à Chouzy-sur- Cisse. Le père était maçon. Il avait 5 en­fants, 3 garçons et 2 filles. Alphonse Aristide, né le 30 novembre 1879, était le père de Maurice (1909-1998) et de André (1913-1998). Il était aussi le grand-père d’Annette, née en 1935 et de Jean, né en 1949. 
Alphonse Aristide part faire le tour de France des Compagnons en mai 1896 à l’âge de 17 ans, jusqu’en mai 1905, pour apprendre le métier de charpentier. Cet apprentissage est cependant interrompu par son service militaire qu’il effectue de septembre 1900 à mars 1904.

La famille Poisson, charpentiers de père en fils à Cour-Cheverny de 1905 à 2009
La famille Poisson, endimanchée, au bord du Conon. 
À l’arrière, le pont de Chantreuil. 4ème personne à partir
de la gauche, Renée, André, Alphonse et Maurice.

Le livret d’ouvrier (loi du 22 juin 1854)
Les ouvriers de l’un ou l’autre sexe attachés aux manufactures, fabriques, usines, mines, carrières, chantiers, ateliers sont tenus de se munir d’un livret d’ouvrier délivré par le maire. L’employeur doit, au moment où il reçoit l’ouvrier, inscrire la date de son entrée dans l’entreprise sur son livret. Il transcrit sur un registre le nom et le domicile du chef d’éta­blissement qui l’a employé précédemment. À l’issue de son stage, l’employeur inscrit sur le livret la date de sortie de l’ouvrier et l’acquis des engagements. Dans tous les cas, il n’est fait sur le livret aucune annotation favorable ou défavorable à l’ouvrier. Le livret est visé par le maire de chaque commune où l’ouvrier est amené à travailler.


La famille Poisson, charpentiers de père en fils à Cour-Cheverny de 1905 à 2009
L’entreprise de charpente Poisson-Clamet à
Cour-Cheverny (1907). Alphonse Poisson, au premier plan.
L’arrivée à Cour-Cheverny
Après sa période de formation, Alphonse se fait embaucher comme ouvrier charpentier chez M. Clamet, rue Fourché, à Cour-Chever­ny. La poésie et la fraîcheur du Conon ne suf­fisent pas à calmer la flamme qu’Alphonse finit par déclarer à Renée, la fille de son patron. Il l’épouse...

Son fils Maurice prend la suite de son père en 1935, année où il se marie, le 31 juillet, avec Mariette Auger. Les beaux frères, Alphonse Poisson et Raymond Clamet (frère de Renée) ne s’entendaient guère. Ils se séparèrent rapi­dement pour créer deux entreprises distinctes. Il en fut de même avec leurs enfants, Maurice Poisson et Pierre Clamet, qui étaient cousins et charpentiers tous deux à Cour-Cheverny.
Les deux familles habitèrent longtemps rue Fourché, la dernière maison à étage, à gauche, juste avant la rivière. Ils habitèrent un peu plus tard en face de l’hôtel des Voyageurs, une mai­son jouxtant le cabinet du docteur Benoistel

La famille Poisson, charpentiers de père en fils à Cour-Cheverny de 1905 à 2009
De g. à dr. Alphonse, Renée, 
André (au banjo), Maurice, en août 1931
La guerre est déclarée
Le 18 juin 1940, jour de l’appel de de Gaulle, Alphonse et Renée, pressentant l’arrivée imminente des Allemands à Cour-Cheverny, écrivent une lettre à leurs enfants.
« Mes chers enfants,
En cas d’accident, vous trouverez les outils à main et courroies, etc. sous l’épure de l’esca­lier au chantier. Enlevez 2 ou 3 planches auprès de la scie à ruban, passez les mains entre 2 lambourdes, poulies de chèvres (1), etc. sous le casier, pointes, sucre, conserves, etc. Hangar bois sur la noue en zinc à côté du vieux chantier, tout ça est caché. Cordages, etc. sous les ardoises à côté de la cave, banjo, accordéon à gauche dans un sac grenier. Ou­tils de jardinage, vin, derrière vieilles ardoises descente de cave, bicyclette grenier de la grande maison, grenier parqueté au long des murs à gauche. Cadre, roues pas à côté, sous débris pièces moto à Nénette. Sous l’escalier de la maison, dans le fond un peu d’argente­rie divers dans le trou où on avait enlevé les pierres. Les Allemands arrivent, nous restons. Si j’ai le temps, les valeurs seront dans le pou­lailler sous les pigeonniers par terre, la caisse à lapins serait dessus. La carabine dans les greniers au-dessus de la cuisine derrière les vieilles croisées, notre argent et bons est sur nous. Le livret d’André est dans les titres avec les nôtres.
Vous pensant en bonne santé mes chers petits, nous vous embrassons de tout notre cœur.
Votre père et mère qui vous aiment
Alphonse et Renée ».

Durant la guerre, Maurice Poisson est fait prisonnier et détenu en captivité en Alle­magne pendant 4 ans

La famille Poisson, charpentiers de père en fils à Cour-Cheverny de 1905 à 2009
Maurice Poisson,prisonnier en Allemagne (1942)
À son retour de captivité, Maurice reprend l’activité de l’entreprise de charpente, qui était plutôt florissante, surtout grâce à la demande importante de constructions de hangars avec des charpentes en bois (la construction métal­lique viendra longtemps après). La construc­tion de pressoirs pour les vignerons locaux commençait à se développer, complétée par la réalisation d’escaliers et de cercueils...

La famille Poisson, charpentiers de père en fils à Cour-Cheverny de 1905 à 2009
La famille Poisson en juin 1948.
Maurice, à gauche avec le béret.

La famille Poisson, charpentiers de père en fils à Cour-Cheverny de 1905 à 2009
Construction d'un hangar par l'entreprise Poisson
L’accident
Le métier de charpentier comportait des risques. Maurice frôla la mort dans les an­nées 60, lorsqu’il tomba d’un toit de la ferme de la famille Gandon, à La Béchardière. Son état était critique. Une collecte de sang pour « sauver Maurice » a été organisée à Cour- Cheverny par Roger Duceau, capitaine des pompiers, et Gérald Poirier, directeur de la vinicole. Il s’en suivit une amitié très forte entre ces 3 hommes.
Une fois tiré d’affaire, Maurice, pour remer­cier tous les donneurs de sang, organisa une grande fête dans sa maison de la rue Martinet.
Patrice Duceau, (fils de Roger), se souvient : « Maurice Poisson était très impliqué dans la vie locale : à la Lyre de Cheverny/Cour-Che­verny, il faisait partie, comme mon père, du corps des pompiers et était conseiller munici­pal. Comme ils étaient "forts en gueule" tous les deux, je me souviens de leurs engueulades mémorables après les réunions du Conseil municipal. Maurice traitait mon père de "con" et ce dernier de lui répondre : "ça ne décharge pas ta charrette !.. Viens boire un coup à la maison...".

Une méthode de séduction d’un autre temps
P. D. : « Quelques années après son accident, Maurice, la casquette sur le coin de l’oreille et la cigarette au coin du bec, racontait sa vie dans le bourg de Cour-Cheverny à un groupe de femmes qui faisaient leurs courses. Il n’était pas rare qu’il remonte sa chemise jusqu’au menton pour montrer sa cicatrice en "L" qui couvrait tout son thorax ».
Jean Poisson, né en 1949, succède à Mau­rice, son père, en 1976, après avoir suivi des études de charpentier à Orléans. Jean, à l’inverse de son père, est un homme très réservé. Il traversa sa vie professionnelle avec la rigueur d’un chef d’entreprise responsable. Il cède son entreprise à Laurent Girardeau en 2009. Jean s’impliquait beaucoup dans le secteur associatif local. Dans les années 90, sa passion pour les cibistes lui fit passer quelques nuits blanches. Puis il s’impliqua, avec d’autres amis de Patrice Duceau tels les couples Delebecque, Jousselin, Loth... pendant une douzaine d’années aux Rallyes des Trois Châteaux (2). Jean fut président de 1995 à 2008, de l’association VBR (Vélo entre bruyère et roseaux). Il était aussi de la partie au festival Jazz’in Cheverny, à la fête des ven­danges et au club de marche.

La famille Poisson, charpentiers de père en fils à Cour-Cheverny de 1905 à 2009
Les jolies vacances
P. D. : « À l’époque où j’étais enfant de choeur du temps de l’abbé Tertre, Jean Poisson ne ser­vait pas la messe, mais n’était pas le dernier à faire des farces. Nous chassions, pendant les vacances scolaires, un gibier rare : les "chave­niaux". Nous persuadions quelques copains parisiens de l’existence de cet animal étrange que nous savions comment capturer à coup sûr... Ces oiseaux vivaient dans le grenier. Mais comme ils ne volent pas la nuit, si on leur fait peur en les poussant hors du grenier, ils tombe­ront comme des fruits mûrs sur le sol de la cour. Le piège à chaveniaux consiste donc à pos­ter plusieurs de nos copains parisiens munis de sacs à pommes de terre devant la porte du garage en leur disant : "Ouvrez grand vos sacs et tenez les bien ! Jean et moi montons au grenier pour effrayer les chaveniaux". Nous avions préparé des seaux d’eau en attente dans le grenier. Puis en criant "Attention, ils arrivent !", les parisiens prenaient quelques dizaines de litres d’eau sur la tête ».

P. D.  

Merci à Jean Poisson pour sa collaboration active.
(1) Poulie de chèvre : la chèvre est un appareil de levage.

(2) Le Rallye de Cheverny, initié en 1992, s’appellera plus tard « Rallye des Trois Châteaux » et « Rallye Coeur de France »

La Grenouille n°52 - juillet 2021




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