La gare de Cour-Cheverny

Au fil des lectures des registres des comptes rendus des conseils municipaux depuis 1790, on constate que Cour-Cheverny a toujours su, à la faveur d’une position géo­graphique privilégiée sur un axe structurant entre le nord et le sud du département, saisir les opportunités d’évolution, grâce à des élus clairvoyants. Ils ont permis de faciliter la vie quotidienne dans la commune (abattoir, usine à gaz…) encouragés par une économie prospère dans de nombreux domaines : services de santé, commerces variés, viticulture, polyculture avec souvent de l’élevage, artisanat… L’arrivée du rail va permettre des échanges économiques plus larges, des déplacements des habitants plus faciles pour « aller à la ville » et peut-être plus souvent…


En séance extraordinaire du 9 août 1877, le Conseil municipal doit délibérer sur l’emplace­ment le plus avantageux de la gare, ainsi que sur les observations qu’il pourrait présenter sur l’emplacement des autres stations entre Romorantin et Blois. Selon un rapport des ingénieurs du Chemin de fer, la troisième station projetée sur cette ligne sera à Cour- Cheverny, sur le chemin vicinal ordinaire n° 7 appelé Rue Gillette. On y accèdera par une voie ouverte entre le chemin de grande com­munication n° 2 (Route de Bracieux) et la cour de la gare. Deux lieux sont proposés : le clos des Rajetières et le clos de Pigelée.
Selon ses informations, le maire, Alphonse Bonamy, indique que la population trouverait la gare mieux située au clos des Rajetières. Ce lieu est confirmé par vote car il représente plus d’avantages pour l’emplacement de la gare.
Quant aux autres stations, le conseil ne se prononce que sur celle de Soings-en-Sologne, reconnaissant que, située sur le chemin de grande communication n° 19, conformément au plan de l’enquête préalable, c’est le plus favorable.
L’emplacement de la gare de Cour-Cheverny est entériné le 24 mars 1878, conformément au voeu de la population. Précisons que la bataille fut rude entre Bracieux et Cour-Cheverny, mais c’est la ligne la plus directe qui fut choisie.
Le 3 novembre 1882, en session extraordi­naire, le maire, Alphonse Bonamy, expose au Conseil le futur établissement du Chemin de fer projeté de Savigny-sur-Braye à Romorantin par Vendôme, Blois et Cour-Cheverny avec embranchement de Cour-Cheverny à Saint- Aignan par Contres (ce projet ne se réalisera pas). Le Conseil municipal, après les expli­cations relatives à la déclaration d’intérêt général et au tracé, accepte le Chemin de fer à Cour-Cheverny, sauf les modifications qui pourraient être apportées au tracé.
En 1896, le chef de gare s’appelle Aristide Chaumilier, 37 ans et son employé, Aimé Dahurel, 41 ans. En 1901, il y a 3 salariés, le chef de gare est Marcel Jaffredo, 37 ans, assisté de 2 employés, Michel Gandeau et Marius Mardel.
La ligne Blois, Romorantin, Villefranche-sur- Cher (ligne grand réseau), est construite en 1884 et fonctionnera jusqu’en juin 1944, le bombardement du pont de fer sur la Loire, le 11 juin 1944 mettra fin à l’exploitation. Mais le trafic des voyageurs avait baissé dès 1938. La ligne desservait La-Chaussée-Saint-Victor, Vineuil, Saint-Claude, Mont-près-Chambord, Cour-Cheverny, Fontaines-en-Sologne, Soings, Mur-de-Sologne, Romorantin et Villefranche-sur-Cher. Trois trains par jour partaient de Blois vers Romorantin : à 5 h et 9 h le matin, 18 h le soir, et trois trains assu­raient le retour de Romorantin. Le trajet durait une heure trente à une heure quarante cinq de Blois à Romorantin et le train s’arrêtait dans chaque gare. À Romorantin, les correspon­dances avec le B.A (Le Blanc-Argent) étaient assurées et à Villefranche-sur-Cher, avec le Tours-Vierzon. Outre le transport des voya­geurs, les trains de marchandises représen­taient un intérêt économique important pour le transport du bois des forêts de Sologne (étais de mine), le foin, les denrées alimentaires comme les asperges, les primeurs et les vins. Sur le territoire de la commune, la ligne fran­chissait le pont sur le Beuvron au Patureau des Huards, (il reste des piles sur la route de Tour-en-Sologne), puis longeait Trubert où elle franchissait un pont et virait à gauche après La Touche vers La Maisonnette pour prendre la direction de Romorantin.
En avril 1904, une pétition des habitants de la commune demande à la Compagnie des Chemins de fer d’Orléans, un passage à niveau n° 202, au lieudit Les Trudelles, à Cour-Cheverny. Le Conseil, présidé par le maire Louis Mahoudeau-Maillard, donne un avis positif : « considérant que le hameau des Trudelles est situé à 5 km de Cour-Cheverny et à environ 4 km de Fontaines-en-Sologne, qu’un arrêt à cet endroit faciliterait le transport à Blois et à Romorantin d’une population de deux cents personnes, lesquelles sont obli­gées actuellement d’aller prendre le train à Cour-Cheverny ou à Fontaines ; considérant que la compagnie des Chemins de fer n’au­rait qu’avantage à retirer de cette création, attendu que le trajet des Trudelles à l’une des gares désignées ci-dessus se fait par la voie de terre, et qu’alors il aurait lieu par les voies ferrées ; considérant que les pétitionnaires s’engagent à supporter tous les frais occa­sionnés par la création de cet arrêt condition­nel, à l’unanimité le Conseil donne un avis très favorable à la création de l’arrêt et souhaite la réalisation dans les plus brefs délais » !
En novembre 1910, sur la proposition de deux conseillers municipaux, le Conseil signale que « l’état du matériel qui sert au transport des voyageurs de Blois à Villefranche-sur-Cher est dans un état de délabrement complet, que les wagons qui ne présentent aucun confort sont ouverts à tous les vents, et les jours de pluie envahis par l’eau ». Ils prient le maire, Léon Cazin, d’entrer en pourparlers avec les maires des communes desservies par la ligne pour faire une réclamation collective à la Compagnie des Chemins de fer d’Orléans, afin de mettre à disposition des voyageurs, des wagons plus confortables.
En novembre 1925, le maire, Louis Gargouil, donne lecture d’une lettre du maire de Mur-de-Sologne pour que « le Conseil de Cour- Cheverny émette un voeu afin qu’un wagon de voyageurs soit attaché au train de marchandises N° 4833, arrivant à Romorantin à 10 h 55, sur­tout le mercredi, jour de marché où le train 713 arrive à 13 heures 09, trop tard pour les voya­geurs ayant à faire au marché qui commence à midi ». Le conseil donne un avis favorable.
Le personnel de la gare de Cour-Cheverny.
En novembre 1938, une pétition demande le rétablissement des trains de voyageurs au moins une fois par jour. Quelques mois plus tard, en mai 1939, le Conseil, présidé par le maire Henri Duru, déplore que « les trains de voyageurs soient supprimés sur la ligne de Blois à Villefranche, ce qui gêne considérable­ment les touristes, cause un grand préjudice aux commerçants car les cars ne peuvent pas transporter tous les bagages et ne remplacent pas les trains. Le Conseil demande que la SNCF remette en circulation, sur la ligne de Blois à Villefranche-sur-Cher, au moins 2 trains de voyageurs par jour, dans chaque sens, et assure la correspondance avec les trains des grandes lignes ».
En décembre 1941, Georges Bégé, qui faisait fonction de maire, avertit le Conseil qu’il a enregistré de nombreuses doléances des habi­tants de la commune obligés d’emprunter les véhicules automobiles de la Société des Cars 17
Rouges pour faire le trajet Blois/Villefranche-sur-Cher et retour. Les usagers se voient souvent refuser l’accès à ce seul moyen de transport en commun qui rend les plus grands services à notre région. Le Conseil, au nom du maire et des habitants, souhaite que « M. le préfet veuille bien intervenir auprès du service officiel de la Société des Cars Rouges de Blois, pour obtenir un service de transport renforcé, permettant en particulier, les jours de marché à Blois (mardi et samedi) l’accès des véhicules dans les deux sens, pour toutes les personnes que leurs affaires amènent à utiliser cet unique moyen de transport ». Ce à quoi, les services intéressés ont répondu que, « malgré les cir­constances difficiles actuelles, la Société des Cars Rouges pouvait espérer être en mesure d’améliorer son trafic sur la ligne citée ».
Des répercussions de ces difficultés sont aussi sensibles pour le courrier. Considérant qu’il existe un trafic journalier avec Blois par autocars, le Conseil émet le voeu que les services compétents examinent la possibilité d’acheminer directement le courrier à Blois par l’intermédiaire du dernier car de chaque jour, au lieu du système inverse.
La guerre va modifier le service ferroviaire de notre département. Le bombardement du 11 juin 1944 détruit le pont du Chemin de fer sur la Loire entre la Chaussée-Saint-Victor et Vineuil. Les trains démarreront alors de Vineuil.
Le 27 septembre 1949 : le maire, René Chéry, informe le Conseil de la suppression éven­tuelle de la ligne Blois/Villefranche-sur-Cher et sollicite son avis. À l’unanimité, il proteste énergiquement contre cette éventualité, la ligne rendant de grands services à la commune et aux communes environnantes, pour le trans­port des voyageurs comme des marchandises (légumes frais, vins, engrais, etc). Cette ligne ne doit pas, selon le Conseil municipal, être déficitaire ! Il demande au préfet du Loir-et- Cher de bien vouloir transmettre sa protestation unanime et celles de tous les commerçants et cultivateurs de la commune au ministre des Travaux publics et des Transports.
Passage du dernier train de marchandise au pont
de Trubert en octobre 1953. Le pont a été démoli
en 1955
Mais l’état du matériel roulant ne s’améliore pas. La diminution du trafic ferroviaire due aux conséquences de la guerre, au budget restreint des compagnies, le remplacement et le développement des transports par la route, une montée en puissance du nombre d’automobiles, marqueront un coup d’arrêt au chemin de fer sur les petites lignes.
Lors de la séance du 5 novembre 1955, le maire, Fernand Brunet, évoque une entrevue du 27 juin 1955 avec la SNCF qui propose aux communes la vente de ses terrains. Cet achat des terrains permettrait de réaliser un jardin public, mais aussi de créer une rue entre le passage à niveau de La Touche et celui de la rue Gillette (route de Bracieux), après l’étude faite par les Ponts et Chaussées. La SNCF vendrait au prix fixé par les Domaines :
1) une partie de la cour des voyageurs entre la voie ferrée, le boulevard Carnot et la maison de Mme C., un particulier, et une ligne à fixer perpendiculairement au Boulevard Carnot, soit un rectangle de 25 x 55 m.
2) une bande de 800 m de long sur 11 m de large sur l’emplacement des voies ferrées car les Ponts et Chaussées demandent de prévoir une chaussée de 7 m de largeur avec trottoirs de 2 m. Le maire précise que les formalités dureront plus d’un an.
Par un courrier du 27 septembre 1956, la SNCF accepte de vendre une partie des ter­rains de l’ancienne voie ferrée sur l’ancienne cour des voyageurs ; l’ancienne plate-forme de la voie entre les PN 208 et 210 (La Touche et Route de Bracieux), pour la création d’une rue nouvelle. Le Conseil municipal approuve les plans et états parcellaires définissant les terrains à acheter à la SNCF et accepte le prix demandé de 375 000 francs pour les 2 lots. Le conseil demande au préfet de bien vouloir déclarer cet achat d’utilité publique en vue d’être exonéré des droits de timbre et d’enregistrement, cet achat étant fait pour c réer ultérieurement une voie publique.
En décembre 1956, la SNCF Région Sud- Ouest propose de remettre gratuitement à la commune, suite au déclassement de la voie fer­rée Romorantin/Saint-Denis-sur-Loire, les ter­rains occupés sur les chemins par les passages à niveau et divers ouvrages. Sont concernés à Cour-Cheverny : 8 passages à niveau et deux passages situés sur des voies vicinales, les terrains variant de 6 à 18 m de largeur.
Le Conseil accepte la remise gratuite par la SNCF des terrains et ouvrages, ce qui est fait officiellement le 21 janvier 1957. La SNCF mettra en vente aux particuliers toutes les maisonnettes situées le long de la ligne.
Le 2 mai 1959, le maire informe le Conseil que l’ex-gare des voyageurs, ainsi que sa cour, ont été vendues aux enchères le 27 mars 1959, sans que la commune ait pu se porter acquéreur : la publication n’ayant été faite que quelques jours avant les élections municipales, alors que le Conseil sortant n’avait plus de pouvoirs pour engager l’avenir, et le nouveau Conseil n’ayant été installé dans ses fonctions que 5 jours avant l’adjudication.
La commune s’était effacée précédemment dans cet achat parce qu’un commerçant-expéditeur qui occupait les lieux, souhaitait s’en rendre acquéreur. Mais il dut renoncer à l’achat des locaux et des terrains.
Le maire demande au Conseil de reprendre alors un projet dont l’exécution avait été différée et qu’il serait utile de réaliser : la création à Cour-Cheverny d’une auberge de jeunesse. L’Inspecteur départemental de la Jeunesse et des Sports, informé et consulté, est intéressé par ce projet, précisant que cette création serait très utile dans le Loir-et-Cher, qui manque de tels organismes.
Il précise que la situation financière de la com­mune en 1959 permet d’envisager cet achat sans solliciter de subvention. Il demande au préfet de Loir-et-Cher d’approuver ce projet et de prendre un arrêté le déclarant d’uti­lité publique. Le Conseil décide de créer une auberge de jeunesse à Cour-Cheverny, se rend acquéreur de l’ex-gare et de la cour des voyageurs cadastrée au lieu-dit « La Ville », et permet au commerçant occupant sans titre les lieux, de rester jusqu’à fin 1959.
Les aménagements d’aujourd’hui se sont décidés lors de la séance du 24 août 1959
Le maire, M. Brunet, informe « qu’avant la construction de la voie ferrée, l’actuelle rue Augustin Thierry se prolongeait par un chemin rural jusqu’au hameau de la Bigée, qui fut pris en partie à la commune pour être incorporé aux emprises de la Compagnie P.O. Depuis 1890, il a été classé en Chemin rural n° 35. Actuellement, partant de la Bigée, il se termine en cul de sac à 70 m d’une parcelle qui appartient aux Domaines et susceptible d’être vendue. De ce fait, les habitants de la Bigée ont, pour venir à Cour-Cheverny, à faire le détour d’environ 1 km en passant soit par la Touche, soit par la Croix aux morts (chemin rural n° 34). Il y aurait intérêt, pour la commune, à rétablir jusqu’à la rue projetée, le chemin rural N° 35 par une voie de 11 m de large, suffisante pour faire une rue ». C’est l’actuelle rue de la Bijaye.
« D’autre part, le terrain autour de l’emplacement de cette rue envisagée, est plat et solide. Il per­mettrait de préparer un lotissement de terrains à bâtir de 2 à 300 m² chacun. De tels terrains sont impossibles à trouver alors à l’amiable dans les environs immédiats de l’agglomération où de nombreuses demandes ont été faites à ce sujet à la mairie qui ne peut rien proposer pour donner satisfaction ». C’est aujourd’hui le lotissement du Clos Marchand. Le maire ajoute : « Le reste du terrain environ 500 m², non susceptible d’un lotissement pourrait être utilisé pour les besoins propres de la commune, jardin public, terrain de camping bien aménagé, un petit bâtiment, annexe de l’ancienne gare des voyageurs, existe déjà sur ce terrain ».
En octobre 1989, le maire, Bernard Billot, informe le Conseil qu’à la suite d’une entrevue avec les Domaines concernant le terrain ci-des­sus, un courrier du directeur de l’enregistrement et des Domaines donne priorité à la commune pour la cession amiable de ce terrain et des constructions qui y sont édifiées. À cet empla­cement a été construite la salle des fêtes.
La commune acquiert enfin l’ancienne gare
C’est seulement en mars 1967 que l’ex-gare, alors achetée par Roger Letiche de Blois, est en vente.
Le Conseil considère « que cet achat est important pour la commune, car il permettra d’avoir à disposition un appartement, doté de confort et remis à neuf pour loger soit le per­sonnel enseignant, soit des employés com­munaux, auxquels il est nécessaire d’assurer un logement convenable, si l’on veut recruter du personnel de valeur ! Il permettra d’offrir une place publique de plus de 2 000 m² pour organiser un parking indispensable pendant la saison touristique, bien que cet emplacement était déjà utilisé en tant que tel ; enfin il don­nera à la commune au rez-de-chaussée, deux grandes salles pour des réunions de groupes et de sociétés de jeunes de notre commune ». L’achat est décidé au prix de 140 000 francs par le Conseil qui demande qu’un arrêté préfectoral tende à déclarer cet achat d’utilité publique.
Lors de ce même Conseil est définie l’utilisa­tion des salles de l’ex-gare : au 1er étage, un appartement ; au rez-de-chaussée dans l’ex-salle des pas-perdus, le bureau des sports ; dans l’ex-salle d’attente 1ère classe, la salle de répétition pour les équipes théâtrales ; dans l’ex-cour des voyageurs, un emplacement parking pour les fêtes locales ; concernant le terrain à côté de la gare, au sud, aménage­ment d’un stand de tir de 12 m sur une bande de terrain de 20 x 35 m ; au centre : 4 000 m² pour la construction d’une salle des fêtes avec les dégagements nécessaires ; au nord : 2 000 m² environ de terrains disponibles pour l’implantation d’une piscine.
Le classement de l’ancienne voie de che­min de fer en voie publique est réalisé en septembre 1971 suite à une enquête publique, pour permettre une réglementa­tion de la circulation, notamment en ce qui concerne les poids lourds, dont la circulation rue Nationale pose de sérieux problèmes.
En 2001, les ateliers municipaux qui occu­paient des bâtiments peu esthétiques construits derrière la gare, sont transférés Route de Blois. Ils sont actuellement utilisés par des associations locales. En 2002, les deux salles du rez-de-chaussée sont réno­vées en 3 salles utilisées par les associations, ainsi que les salles de l’étage.
En mars 2004, les terrains sur lesquels étaient construits les anciens locaux de la gare des marchandises et de l’ex-Union ont été vendus et les bâtiments démolis. L’espace est maintenant occupé par des espaces com­merciaux et des logements, aménagés autour d’une place ouverte.
L’évolution de ce secteur de la commune, en 140 ans, est spectaculaire. S’il a permis l’agrandissement de l’espace urbain, un envi­ronnement paysager ouvert et agréable a su être aménagé et préservé. La végétalisation récente de l’esplanade de la Salle des fêtes et l’agrandissement du parking permettent un cadre bucolique agréable pour l’organisation des fêtes estivales locales comme la Fête du Pain ou le festival de bandas Festi’D’Lyre.
Sources :
- Registres des délibérations municipales de Cour- Cheverny de 1850 à 2010
- Gérard Bardon : Il était une fois Les Tramways et trains de Sologne au début du XXe siècle - CPE Editeur 2001.
Remerciements : Simone Meuvel- Daridan, Maryse Nicolle, Alain Thomasson.

Françoise Berrué - La Grenouille n°40 - Juillet 2018

L'école communale de Cheverny

C’est en 1854 que la commune de Cheverny décide de prendre son autono­mie scolaire, mettant ainsi fin à l’indivision avec la commune de Cour-Cheverny, en créant une école de garçons qui sera construite en 1855.

C’est le bâtiment dont le pignon donnant sur la rue du Bûcher comporte une niche où est placée une statue de la Vierge. L’école est alors tenue par des frères religieux pendant plus de 20 ans mais, devant les démarches infructueuses pour renouveler les enseignants congréganistes, la commune de Cheverny opte pour l’enseignement laïque en 1876, qui deviendra gratuit en 1882.
Le pignon sur de l'école de Cheverny avec ses meurtrières qui
servaient d'aérations du temps où cette partie était un séchoir
à briques. La grande porte sur rue, condamnée aujourd'hui,
a servi par la suite de remise pour le corbillard municipal.

Une école de filles est créée en 1884, qui fit l’objet d’une nouvelle construction sur des ter­rains vendus à la commune par le marquis de Vibraye, incluant les bâtiments de l’ancienne tuilerie et permettant de regrouper dans le même ensemble l’école des filles et celle des garçons, avec des logements pour l’instituteur et l’institutrice. Concernant la pose de la pre­mière pierre, le 5 mars 1884, on retrouve le texte suivant : « Le procès-verbal ci-dessus, rédigé sur parchemin a été placé dans une fiole, et ensuite déposé dans un trou pratiqué dans la pierre du pavillon logement de l’insti­tutrice portant le millésime 1884 ». Quatre ans plus tard, les deux écoles accueillent environ 150 élèves.
La première pierre de l’école, posée en 1884.

À noter que les fournitures scolaires furent fournies gratuitement à partir du 1er octobre 1897. La 2e classe de l’école de filles fut trans­formée en classe enfantine en 1900, accueil­lant les enfants à partir de l’âge de 3 ans.
L’école a compté jusqu’à 4 classes et certains se souviendront des directeur(trice)s en poste depuis les années 50 : madame Dubois, René Defin (dans les années 50), Michèle Germain (1969), Michèle Martineau (1978), et Anne- Marie Lesimple quifut la dernière directrice.
Comme dans d’autres communes, la munici­palité a dû se résoudre à fermer l’école à la fin de l’année scolaire 1983/1984, et les enfants de Cheverny sont depuis cette date accueillis dans le groupe scolaire de Cour-Cheverny.

Le Triton - La Grenouille n°40 - Juillet 2018

Michel Bourgeois

Michel Bourgeois se souvient de ses pre­mières années de scolarité à l’école de Cheverny
La rentrée d’octobre 1950 vient de sonner, j’ai tout juste cinq ans du mois d’août et j’effectue ma première rentrée scolaire. L’école com­munale de Cheverny, comme l’ensemble des écoles de la République, à l’époque, n’accep­tait les enfants qu’à partir de leurs six ans dans l’année.

D’abord à Cour-Cheverny pour les moins de 6 ans
De ce fait, j’accom­pagne mes trois soeurs à l’école privée de Cour-Cheverny, qui accepte les en­fants de moins de six ans. Mes jambes sont bien courtes, mais j’arrive quand même à suivre mes soeurs sur les 2,5 km du trajet de la Morelière à l’école. Ce trajet comportait pour moi un passage délicat et attendu à la fois : le franchissement du Conon sur le pont de Beignon. Malgré la crainte et attiré par l’eau, il fallait que je regarde par-dessus le parapet. Je garde cependant un souvenir assez heu­reux de cette école. Les jeux occupaient les « récrés » et, dans la classe, les histoires que nous contait mademoiselle Madeleine, l’insti­tutrice, me captivaient. J’ai donc usé mes pre­mières galoches à fréquenter cette école pen­dant une année scolaire. J’ai appris à écouter, à côtoyer des enfants de mon âge, à manger à la cantine (mauvais souvenirs…). Chaque jour, je passais devant l’école de Cheverny et je voyais des enfants s’y arrêter. J’ai fini par demander à mes parents pourquoi, moi, je n’y allais pas ? Il m’a été répondu : « tu iras l’année prochaine, tu n’as pas l’âge » ! Chic, je vais gagner au moins neuf cents mètres de trajet.

Arrivée à l’école de Cheverny
C’est ainsi qu’à la rentrée d’octobre 1951, je découvris enfin l’école communale de Che­verny. Belle bâtisse du 19e siècle, qui fut mise en construction en 1884. Elle présente des encadrements d’huisseries en pierres de taille. Celles-ci, composées de calcaire dur et de tuf­feau, agrémentées de rangées de briques du pays, donnent un aspect solide et majestueux à l’édifice. Le pignon, côté nord, présente une niche où trônait autrefois une statue à carac­tère religieux. Dès 1905, suite à la séparation de l’Église et de l’État, cette statue, représen­tant une vierge, a sans doute été enlevée. La niche était vide lors de ma scolarité. On peut remarquer aujourd’hui que la statue a été re­positionnée sur son socle. L’extrémité sud du bâtiment présente un pignon percé de trous circulaires qui interpellent au premier abord. Il s’agit, au dire de l’instituteur et des anciens du pays, de vestiges de l’ancienne briquete­rie Bourbon. Ces ouvertures servaient à opti­miser le séchage des briques fabriquées en ces lieux. Lorsque je fréquentais cette école, cette extrémité du bâtiment servait de remise au corbillard de la commune. Je revois encore très bien, les jours d’enterrement, M. Bezault, l’agriculteur préposé à cette tâche, attelant cette carriole peinte en noir et parée de pen­deloques de la même couleur.
La mare à l’emplacement du lieu d’extraction de
l’argile pour la fabrication des briques à l'époque
de la briqueterie Bourbon

Je me souviens aussi de la grande mare pré­sente à quelques mètres du mur de la cour de l’école. Cette excavation, remplie d’eau l’hiver, était sans doute le résultat de l’extraction de l’argile utilisée pour la fabrication des briques.
Le pignon sud de l’école de Cheverny avec ses meurtrières qui servaient d’aérations du temps où cette partie était un séchoir à briques. La grande porte sur rue, condamnée aujourd’hui, a servi par la suite de remise pour le corbillard municipal.
Cette mare occupait une partie du parking que l’on connaît aujourd’hui. À cette époque, elle était plus ou moins embroussaillée : saules, marsaules, roseaux et joncs la colonisaient sur les trois-quarts de sa surface. Un petit sen­tier serpentait entre le mur et la mare, donnant accès au bâtiment situé derrière l’école. Ce long édifice servait de logement aux employés du château, en activité comme en retraite. Les anciens l’appelaient couramment : la cour des miracles !... Une autre mare, plus profonde et plus vaste, fournissait aussi l’argile utile à la briqueterie. Nommée la fosse Fesneau, elle est située à environ cinq cents mètres, dans l’allée du Chêne des Dames, où elle est tou­jours visible. Cette mare servait d’abreuvoir aux vaches de M. et Mme Bezault, fermiers sur ces terres et occupant alors les bâtiments où se trouve actuellement la boulangerie.
Ma première rentrée officielle en école com­munale et obligatoire se fit donc en cet impo­sant bâtiment. Je fus accueilli dans la classe des petits, la plus au sud, par mademoiselle Derouet, l’institutrice en charge des petits et du cours préparatoire. Les bureaux, du mo­dèle d’époque avec siège attenant à la table, étaient à deux places. Le tableau, le bureau de la maîtresse sur l’estrade, la petite biblio­thèque se trouvaient côté mur du fond, au sud. Les fenêtres donnaient sur la rue côté droit et sur la cour des filles côté gauche. J’ai dû rester deux ans dans cette classe où je me sentais bien. J’adorais les histoires contées par la maîtresse. Ce que j’aimais moins, c’était les découpes aux pointillés, ainsi qu’une punition qui m’envoya au coin, à gauche, à côté de la bibliothèque.
Les récréations étaient communes avec les filles de tous les cours, y compris les grandes de 14 ans. Elles se déroulaient dans la cour, face aux classes des petits et des moyens. Il était interdit de passer la grande porte qui séparait l’autre cour, celle des grands garçons. Nous accédions à l’école, pour les piétons jusqu’au CE 2, par le premier perron, côté sud. Pour les chanceux qui venaient à vélo, l’accès se faisait par la cour des grands, ouverte sur la rue du Bûcher. Les vélos étaient entrepo­sés sous le préau de la cour des grands. Je revois encore le tas de vélos accolés les uns à côté des autres et parfois sous les autres. Du coup, les premiers arrivés étaient les derniers à retrouver leur « biclou », comme on disait alors. Les élèves arrivaient à l’école à pied, ou à vélo pour ceux qui habitaient loin.

Sur le chemin de l’école

La fosse Fesneau, allée du Chêne des Dames,
dite allée des Sapins dans les années 40.
Je n’ai pas le souvenir de voir des parents amener leurs enfants avec quelque véhicule que ce fût. Quoique ! j’ai moi-même bénéficié d’un véhicule, une fois ou deux, me chargeant sur le trajet. En effet, le fermier de la Rousse­lière, M. Dufraisse attelait parfois une carriole et, se dirigeant vers Cour-Cheverny, me faisait profiter au même titre que ses filles Jocelyne et Sylvie d’un transport pittoresque. J’ai le souvenir bien marqué du son que faisaient les sabots du cheval claquant sur le chemin empierré. Il arrivait au trot, et à ma hauteur, un « hoooo ! » prolongé m’indiquait qu’il allait s’arrêter. M. Dufraisse me proposait alors de monter, me tendait la main et me hissait d’une volée jusque sur la banquette en bois. Aussitôt reparti, un léger claquement de fouet mettait le cheval au petit galop et je sentais alors le vent dans les cheveux. Quel plaisir ! arriver si vite à l’école et sans effort ! Après un merci fort reconnaissant, je sautais de la charrette avec fierté devant les copains étonnés. Il m’arrivait aussi quelques rares fois de bénéficier du porte-bagage du vélo de ma soeur Renée. Elle travaillait à l’école de Cour-Cheverny et me déposait au passage.
À pied, le trajet du chemin de l’école me sem­blait long, surtout en hiver. Cependant, il me permit, sans m’en rendre compte, de voir et d’apprendre bien des choses sur la vie et le travail des hommes que je rencontrais dans ce monde rural dont je faisais partie. Je repense aux travaux pénibles qu’exerçaient tous ces gens de la terre. M. Vanneau abattait les tail­lis à la cognée, sciait les rondins à la scie à main, payé à la tâche et au stère. M. Combriat curait les fossés avec pelle et pioche. M. Dou­cet, avec pelle et fourche à cailloux, bouchait les nids de poules sur l’allée du Chêne des Dames. M. Briquet fauchait les accotements avec une faucheuse mécanique tirée par un cheval. M. Girardeau débardait le bois de chauffage avec deux chevaux attelés en tan­dem. M. Poumeyreau débardait des grumes énormes de pins maritimes ; je le vois encore passant avec ses deux superbes mules, assis au coin de sa trinqueballe (1) et les dirigeant de la voix avec son accent du midi. J’entends encore M. Bezault, encourageant son cheval blanc attelé d’une décavaillonneuse (2) travail­lant dans son carré de vigne.
Et la chasse à courre ? comment ne pas en parler, alors que deux fois par semaine, on entendait sonner la trompe, lorsque le vent était favorable. Souvent, quand je rentrais de l’école, j’ai eu l’occasion de rencontrer chiens et chevaux. Harassés et crottés, ils rentraient, bredouilles ou vainqueurs, conduits de mains de maître par messieurs Mathon, père et fils (piqueux et valet de chiens). Parfois, avec quelques camarades, à la sortie de l’école, nous courrions jusqu’au Chêne des Dames afin de voir traverser le cerf ou d’assister à la curée. Que de gens bien habillés ! et que de belles voitures d’époque ! Ah ! La Cadillac de la comtesse de Tristan, un monument pour des enfants de 10-11 ans. Elle brillait avec des chromes partout. Parfois, la comtesse invitait les gamins à venir prendre un gâteau ou une friandise. Dès l’ouverture de cet immense coffre, un attroupement se formait autour de cette voiture.
Que de choses, sans m’en rendre compte, j’ai appris sur le chemin de l’école... Fina­lement, le chemin, c’est déjà de l’école. Les années bonheur terminées, il fallut passer aux choses sérieuses : la classe de madame Defin. L’épouse de M. Defin avait en charge le CE 1 et le CE 2. Finies les histoires, finis les dessins, je découvris qu’on était à l’école pour apprendre ! Cette classe se situait proche de celle des petits, séparée par le couloir qui leur donnait accès. Actuellement, ces deux classes réunies forment la salle des fêtes, telle qu’elle se présente aujourd’hui. Pendant ces deux années, nous restions encore pour les récrés, dans la cour des filles, avec le préau dans le fond. Ce préau servait également de garage à la voiture de M. Defin : une Dina-Panhard. Aujourd’hui, ce préau est aménagé en salle de danse.

La classe des grands
C’est en passant dans les cours moyens et de fin d’études que nous avions droit à la cour des grands. C’est aussi à cette époque que mon cartable s’alourdit légèrement. Le cartable sur le dos, je courais souvent, il est vrai qu’il était cependant plus léger que ceux des enfants d’aujourd’hui. Très solide, en cuir épais, il fit toute ma scolarité, même si, à la fin, il semblait un peu défraîchi. Composé d’un seul compartiment, il ressemblait à une gibe­cière, de couleur brique, avec une bretelle que je passais autour de mes épaules. Bien calé sur le dos, j’avais ainsi les mains libres. Je l’avais décoré par quelques décalcomanies du monde de Walt Disney… eh oui ! cela existait déjà ! Son contenu était quelque peu dispa­rate. J’y rangeais : le cahier du soir, le cahier de brouillon, le cahier de récitations, le cahier et le livre de la matière à étudier aux devoirs du soir (histoires, géo, sciences, etc.) et le plumier. Il fallait aussi rajouter le torchon dans lequel maman mettait le pain, la timbale pour le lait, les éventuels compléments au repas de midi. Parfois, pour améliorer celui-ci, j’achetais chez madame Cayron, l’épicière, une tranche de jambon et chez M. Tessier, le boulanger, une ficelle. Dans la classe, le cartable-musette était accolé à un pied de la table.
Nous étions alors accueillis dans la classe de M. Defin. Cette classe était située entre le préau des garçons et l’ancienne cantine. Son accès, aujourd’hui condamné se faisait à par­tir du préau. C’est aussi à partir du 3ème perron que nous accédions à l’école, pour les piétons. C’est dans cette classe que je passais donc les dernières années de ma période scolaire, sanctionnée par le « certif ». Quelques rares privilégiés passèrent en sixième à Blois. J’ai dû en connaître deux ou trois sur l’ensemble de ma scolarité (dont le fils de l’instituteur). Dans cette classe, les tableaux (verts et non
noirs) et le bureau du maître sur l’estrade, tout était côté du mur nord. Je revois parfaitement les trois doubles rangées de tables, bien plus modernes que dans les classes précédentes. Les pieds en tubes de couleur verte, le plateau en bois clair et toujours l’encrier en porce­laine dans le coin droit (tant pis pour les gau­chers…), la rainure en haut pour les crayons. Je revois aussi nettement les cartes carton­nées représentant la France avec ses fleuves, ses montagnes, ses principales villes et ses départements ainsi que la mappemonde où nous découvrions le monde. Et, sur le coin du bureau, l’éternel globe terrestre avec son air penché qu’on aimait voir tourner sur son axe afin de voir l’autre face de la Terre. J’ai aussi un souvenir reconnaissant du gros poêle rond, caché derrière sa grille de protection. Il nous prodiguait ses ronronnements rassurants mais surtout sa bonne chaleur parfumée au feu de bois. Je revois encore les deux élèves dési­gnés d’office à la récré de 10 heures. Ils ap­provisionnaient ce poêle en longs quartiers de chêne grossièrement fendus. Ils en déposaient une lourde brassée dans la grande caisse en bois. Les odeurs d’une classe d’école sont inoubliables. De même que les silences stu­dieux, lorsque tout le monde planchait sur les deux problèmes quotidiens d’arithmétique ou encore pendant l’énoncé d’un texte, où seul le phrasé du maître résonnait pour la dictée, elle aussi quotidienne. Seuls, les soupirs trou­blaient ces silences, quand arrivait un mot dif­ficile ou un accord délicat.
M. Defin, l’instituteur, nous paraissait aus­tère. Il ne riait pas souvent, mais, je le com­pris plus tard, il était aussi très compétent. Ses méthodes d’enseignement, basées sur des exemples concrets et des moyens mné­motechniques me convenaient bien. J’étais bavard et parfois dissipé, ce qui me valut quelques expulsions à la porte, mais aussi quelques tours de cour. J’ai également eu droit aux 100 lignes réglementaires pendant la récré. Cependant, j’ai eu ma minute de gloire lors d’une question posée à l’ensemble de la classe. Au cours d’une dictée où il était mentionné qu’un élève possédait un plumier chinois, le maître demanda : « comment re­connaît-on que ce plumier est chinois ? » Je lève la main et là, je répondis : « à ses yeux bridés ». J’ai fait rire l’assistance et j’ai vu alors à son sourire qu’il avait de l’humour… Je l’ai vu aussi parfois quelque peu agacé, notamment, lorsque l’église sonnait le glas et qu’il fallait libérer pour l’enterrement les 3 ou 4 enfants de choeur scolarisés. En effet, à cette époque, un curé officiait à l’église de Cheverny avec le concours d’enfants de choeur. Ces derniers trépignaient d’impatience, attendant l’ordre libérateur. Évidemment, l’école était laïque, mais ces coutumes étaient encore pratiquées même si, à cette époque, la statue religieuse du pignon nord avait été retirée de sa niche.

Les récrés
Ah ! ces récrés si attendues ! Tout le monde déboulait dans la cour plus ou moins bru­yamment. On reprenait les jeux arrêtés à la précédente récré ou on en commençait un autre. Les jeux de groupe étaient transmis par les grands, avec leurs règles et leurs noms bizarres : loup-mout (langage cou­rant des élèves pour loup-mouton), senne, verré. Ces jeux de groupe, pratiqués l’hiver, consistaient à courir autour des éternels til­leuls. Un élève désigné par l’ensemble, ou parfois auto-désigné, devait courir assez vite, et rattraper un à un les éléments du groupe et ce jusqu’au dernier. Dans certains jeux, il était aidé par les rattrapés. D’autres jeux plus classiques étaient pratiqués : balle-aux-pri­sonniers, cache-cache, chat-perché, etc. Les étés nous voyaient entamer des occupations plus calmes : d’interminables parties de billes, des circuits de Tour de France creusés dans le sable de la cour, maçonnés, fignolés et qui servaient plusieurs jours. Quand il faisait très chaud ou qu’il pleuvait, le préau des garçons (actuellement la salle des Séniors) accueillait les compétitions de toupies que l’on faisait ron­fler sur le sol cimenté, des jeux de devinettes et même des parties de cartes. Ces dernières étaient assez mal vues du maître.
Les récrés étaient, comme dans toutes les écoles je pense, turbulentes et bruyantes. On criait, on s’interpellait avec force décibels, par nos noms, nos prénoms et, à cette époque, par de nombreux surnoms. Nous étions vite bap­tisés, notamment par les anciens. Je me sou­viens de certains camarades affublés de sur­noms vraiment difficiles à porter et sans aucun rapport avec leur patronyme réel. J’ai côtoyé un cannelle, un bosco, un gorille, un kopa, un Mexique, un queue de rat, un mistoufle, un toto l’électrique, un cochon et quelques autres du même genre. Chacun s’en accommodait, sans vraiment y prêter attention, du moins en apparence.
Je revois très bien la disposition de cette cour, avec ses cinq tilleuls, ses WC à la turque avec ses demi-portes. Le potager du maître, au-delà du mur, sur lequel on s’asseyait par groupe ou par deux pour discuter. La pompe à balancier et son bassin en ciment où, l’été, nous venions nous désaltérer. Un camarade pompait et chacun à son tour nous buvions l’eau qui coulait dans nos mains accolées servant d’écuelle. L’hiver, cette eau servait au lavage des blouses grises, des mains et des genoux souillés par les chutes provoquées lors de jeux quelque peu virils. La technique consistait à gratter la boue à l’aide d’un canif (outil très répandu chez les élèves à l’époque) et à rincer à l’eau de la pompe. Les égrati­gnures des genoux et des mains étaient aussi soignées à l’eau de la pompe (celle-ci n’existe plus aujourd’hui). J’ai vu, dans mes dernières années scolaires, le modernisme arriver sous la forme de lavabos avec robinets individuels (quel luxe !).
Les blouses étaient encore omniprésentes, mais, un changement vestimentaire se fai­sait sentir. Elles souffraient beaucoup dans les récrés. Dans les jeux physiques, souvent les poches craquaient et aussi les ceintures. Mais personne ne se plaignait, ni au maître ni auprès des parents. Quand une punition tombait, c’est qu’elle était méritée et acceptée comme telle. Souvent, on omettait d’en parler aux parents, de peur de la voir doublée.

La cantine
Ah la cantine ! Un moment délicat pour moi. Il fallait manger tout et de tout, même quand ce n’était pas bon, et c’était souvent pas bon… Un potage composé d’eau trouble où nageaient quelques squelettiques vermicelles, du riz sec et dur, cuit dans des grands plats d’aluminium sans la moindre noisette de beurre, de la pu­rée épaisse, avec très peu de lait et encore moins de beurre, des grosses nouilles soit-di­sant gratinées au four mais sans gratin, etc. Les rares plats que j’arrivais à manger avec un minimum d’appétit étaient : les haricots secs, les choux et les épinards que j’accom­pagnais de deux oeufs durs apportés de la maison. Il fallait également apporter son pain. Nous étions végétariens avant l’heure. Seuls, les desserts avaient à mes yeux, ou plutôt à mes papilles, une attention digne d’intérêt, soit deux cuillerées de compote ou de confiture ou deux gâteaux vitaminés au goût de citron. C’était dur pour les baby-boomers !...
La cantine était située dans un premier temps à l’extrémité nord du bâtiment, au rez-de-chaussée du logement de M. et Mme Defin. Deux fenêtres s’ouvraient sur la rue, juste en face de l’épicerie de M. Pierre Gauthier. Celui-ci fournissait le lait dans un grand bidon métal­lique, comme on en trouve dans les laiteries. Je le revois encore frappant à la fenêtre par laquelle la cantinière, madame Lecomte (puis madame Leclerc qui lui succéda) récupérait le bidon. Nous avons connu le verre de lait obli­gatoire de l’école, résultat de la loi Mendès- France de 1954. Celle-ci supprima le vin dans les écoles et le remplaça par le fameux verre de lait de la récré. Il est vrai que le vin était la boisson de l’époque. J’ai effectivement vu des enfants de 12-14 ans apporter leur boisson, le breuvage était composé d’eau et de vin rouge, (le pourcentage d’alcool n’était pas indiqué sur l’étiquette…). Le contenant était souvent en verre, de type bouteille de sirop avec bou­chon à vis (le plastique était quasi-absent à l’époque). Cette boisson était courante dans les campagnes, où la vigne était très présente, et considérée comme normale. Le lait était dis­tribué à la fin d’une récréation afin de pallier les carences en calcium. Selon le slogan du Président du Conseil cité plus haut : « Pour être studieux, solide, fort et vigoureux, buvez du lait ». Comme on le trouvait fade et pas su­cré, la cantinière y ajoutait quelques grammes de cacao. Chacun apportait sa timbale per­sonnelle (dans son sac d’écolier, avec le pain et les oeufs durs), qu’on était tenu de boire en entier devant le maître ou la maîtresse.
Cette cantine fut ensuite déplacée pour faire place à une quatrième classe. Le baby-boom était maintenant en âge scolaire. Nous étions environ 30 élèves par classe, soit 120 enfants scolarisés à Cheverny. Il fallut installer une nouvelle cantine. Celle-ci trouva sa place dans le rez-de-chaussée du logement de l’institu­teur. Ce bâtiment, qui n’existe plus aujourd’hui, fermait la cour sur la route du Bûcher. L’institu­teur fut totalement relogé à l’étage au-dessus de la nouvelle classe.

Le certificat d’études primaires
Le bâtiment de l'ancienne cantine, qui donnait
route du Bûcher, a été démoli en 1986
Dans les dernières années de ma scolarité, j’avais réussi à récupérer un vieux vélo de ma mère et j’eus l’autorisation de l’utiliser pour venir à l’école. Quel bonheur, en cinq ou six minutes, j’étais arrivé et, surtout, j’échappais à la cantine car je revenais manger le midi à la maison. La dernière année scolaire arriva, en 1958-59. Les choses sérieuses se précisèrent. Les compositions devenaient de vraies com­pétitions pour la première place et j’aimais ça. Je trouvais très stimulant le fait d’être talonné, voire même dépassé par quelques cama­rades. Cela me poussait à être plus assidu et plus concentré sur le travail. Je me souviens de la période où l’instituteur devait nous prépa­rer au « certif » (certificat d’études primaires). Dès le mois de mai, il « sélectionnait » les candidats potentiellement aptes au C.E.P., au grand dam des autres. Il nous préparait par une heure d’étude supplémentaire, le soir, après la sortie normale : calcul, dictée, ques­tions, grammaire, conjugaison, etc. L’étude était entrecoupée d’une récréation au cours de laquelle le maître nous préparait aussi pour le brevet sportif populaire (B.S.P.). L’entraîne­ment se déroulait dans la cour. Les tilleuls en pleines fleurs embaumaient et les cris des mar­tinets envahissaient l’espace où l’atmosphère était studieuse. Je vois encore notre « instit » se muer en coach sportif, en blouse grise ! Nous avions, cet été là, abandonné la blouse grise pour le short et la chemisette. Étaient au programme : le saut en hauteur, le lancer du poids, le grimper de corde lisse, les mou­vements de gymnastique et la course à pied (sprint). Je le vois encore, notre coach d’un été, nous initiant au lancer du poids, le bou­let collé derrière l’oreille et, d’un mouvement de rotation, propulser le poids avec le bras. À l’époque, j’étais « enflé comme une anse de sieau », comme cela se dit en Sologne ! Et j’avais l’impression que c’était moi qui reculais quand je lançais le poids. Par ailleurs, j’étais très vexé car une fille le lançait plus loin que moi… Heureusement, je grimpais à la corde comme un singe, je courais vite et sautais haut, ce qui faisait dire à notre prof de gym : « Je ne m’en fais pas pour toi, tu passeras large­ment ». Nous étions neuf candidats au C E P en ce mois de juin 1959 : trois filles et six gar­çons. Les épreuves se déroulaient à Contres. Comme la plupart des parents n’avaient pas d’auto, M. Defin en emmena une partie et un autre parent se chargea des autres. Le résultat fut inespéré car aux dires de notre « instit », beaucoup paraissaient trop justes… : 9 candi­dats présentés, 9 reçus ! Il était intérieurement très ému et nous ravis. C’est ainsi que, muni du double sésame de l’époque (C E P et B S P), dès le 1er octobre 1959, j’embauchais dans l’atelier du village comme apprenti chaudron­nier avant de retrouver mes racines forestières après de nouvelles études.

Du travail dès la sortie de l’école
À l’automne de ces années cinquante, nous étions au début des « 30 glorieuses », comme les décrivent les économistes d’aujourd’hui. Tout le monde trouvait une place dans la vie active. Le travail ne manquait pas, mais il était manuel à 80 %. Ainsi, la quasi-totalité de mes camarades des classes 43 à 46 trouva un em­ploi dans ce domaine. Nous étions : vendeuse, coiffeuse, serrurier, boulanger, peintre en bâti­ment, plombier, mécanicien auto, électricien, maçon, plâtrier, et d’autres, fils d’agriculteurs et de vignerons allaient travailler avec leurs parents, et souvent sans réelles rémunéra­tions… La formation s’effectuait la plupart du temps « sur le tas ». Moi-même, j’ai intégré le seul atelier pluridisciplinaire de la com­mune (à part le château) qui s’appelait CEIC (Compagnie Electro Industrielle du Centre) appartenant à M. René Louis Roy. Les activi­tés comprenaient trois corps de métiers princi­paux : un atelier de tôlier-chaudronnier, un de plombier-chauffagiste et un d’électricien toutes disciplines. Nous étions entre 6 et 8 ouvriers par corps de métier.
Appartenant au château, ces bâtiments se trouvaient derrière son mur d’enceinte. L’en­trée de la cour, toujours visible aujourd’hui, se situe face à la place de l’église. On y trouve encore la grande porte blanche donnant accès à la cour intérieure et qui desservait les divers bâtiments alloués à chaque corps de métier. Le bâtiment des plombiers était face à cette entrée, on le devine de la rue. L’atelier de tôlerie se situait à l’emplacement occupé ac­tuellement par la billetterie du château. Celui des électriciens était à l’étage au-dessus des plombiers. Les électriciens occupaient aussi, pour le câblage d’armoires électriques, une pièce accolée au bureau du contremaître. Ce bureau était contigu au restaurant Le Grand Chancelier situé à l’angle de la rue du Château. La cour intérieure, occupée par la terrasse du café-restaurant, est aujourd’hui tronquée en partie. Le mur d’enceinte, partiel­lement abattu, laisse l’accès à cette terrasse. Seul le vieux puits, vestige rescapé de cette époque, est encore visible. C’est là que, midi et soir, nous nous lavions les mains…

(1) Trinqueballe : Le triqueballe ou trinqueballe est un engin forestier, de type du fardier, qui sert au transport des troncs d’arbres peu de temps après leur abattage au cours du débardage. (Wikipedia).
(2) Décavaillonneuse : charrue conçue pour travailler la terre des vignes au plus près des ceps, là où la charrue or­dinaire ne peut intervenir, afin de désherber (Wiktionnaire)


Le Circaète - La Grenouille n°40 - Juillet 2018

La vie rurale au XIXème et au XXème siècle dans nos communes

Cheverny et Cour-Cheverny, ruralité oblige, n’ont pas attendu le XIXe siècle pour la mise en culture du sol et la pratique de l’élevage, mais, jusqu’à la première moi­tié du XIXe s., les terres étaient pour la plu­part impropres à toute culture et élevage intensifs (la viticulture sera traitée à part dans le prochain numéro de La Grenouille). Il existait par contre de très nombreuses petites exploitations appelées closeries (1) (petites structures, en général de moins de 10 ou 15 ha pratiquant la polyculture avec quelques animaux (un cheval, une ou deux vaches, un cochon, des volailles et quelques hectares de vignes).
Le nombre de closeries avait fortement aug­menté au XVIe s. et de nombreux clos n’étaient d’ailleurs que des clos de vigne appartenant à des bourgeois de la ville (« Chaque bourgeois a sa closerie, c’est-à-dire son clos à vignes, dans les environs ». Michelet, Journal 1831, p. 101). Quelques fermes, ou métairies (1) peu nombreuses constituaient des installations agricoles plus importantes dont les grandes fermes, rattachées à un domaine (ou à un château), qui étaient soit exploitées direc­tement par leur propriétaire avec un chef de culture, soit louées à un métayer ou un fermier.
Note : quelques cultivateurs ont pratiqué la culture du tabac comme culture d’appoint de la fin des années 30 aux années 1970 (voir La Grenouille n° 34 de janvier 2017).
C’est essentiellement entre la fin de la seconde guerre mondiale et les années 1990 que la plupart des clos et des fermes tradition­nelles (hors viticulture) ont cessé leur activité, dont toutes les fermes, closeries et métairies des châteaux. Pour certaines, les bâtiments ont même été détruits. Il ne reste qu’une dizaine de fermes indépendantes toujours en activité au début du XXIe s.
Disposant de documents et de témoignages, nous vous proposons un tour d’horizon de cette vie rurale qui a participé à l’animation de nos deux communes. Toutefois, cet article ne prétendant pas être exhaustif, nous n’y déve­lopperons que quelques exemples.

Le domaine du château de Cheverny
Pour le XIXe s., le document de référence est celui du marquis Paul de Vibraye intitulé « La terre de Cheverny, Loir-et-Cher, ses améliora­tions de 1829 à 1866 ».
Le marquis Paul de Vibraye devient proprié­taire du domaine de Cheverny en 1829 (en recueillant l’usufruit au décès de sa mère - il était déjà nu-propriétaire depuis 1825). C’est à partir de cette époque qu’il se donne comme but de développer la culture intensive des céréales sur une partie des terres, de détruire les « champaix » (terme solognot qui désigne les terres incultes sur lesquelles se développent les bruyères servant au pâturage des animaux), de faire une place importante à la vigne et enfin d’assainir et de reboiser les espaces forestiers.
En 1844 il estime qu’il a fait assécher des étangs et défricher des bruyères sur 346 hectares et que 700 hectares de bois ont été repeuplés.
Son plus grand ouvrage a été le reboisement des bois appartenant au domaine tels que nous pouvons les voir aujourd’hui.
Afin de mieux nous rendre compte de l’ampleur de la tâche, voici comment Paul de Vibraye définissait la terre de Cheverny en 1829 : « Lorsqu’en 1829 je me suis trouvé proprié­taire d’une terre de Sologne (2 900 hectares) presque entièrement en friche, je sentis naître la nécessité de triompher de cette nature sauvage, de lutter contre l’envahissement des bruyères et de rendre à la culture ces landes qui me semblaient être alors sans limite... On ne pouvait alors songer à la culture intensive lorsque les trois quarts des fermes étaient en friche. Le noir animal (2) et les engrais phos­phatés sur défrichement étaient inconnus à cette époque ; les bois étaient noyés par les eaux, détériorés par l’extraction des souches et privés de moyens de transport ; les produits, par suite de l’impossibilité d’en tirer aucun profit, séjournaient indéfiniment sur l’assiette des coupes... ».

Les fermes du château de Cheverny
Paul de Vibraye précise encore dans son ouvrage « ...j’ai disposé successivement sept fermes à recevoir utilement des fumiers. J’ai cultivé parfois jusqu’à 300 ha en même temps et cette exploitation avait pour moi le double but de préparer les cultures et d’avoir à ma disposition le matériel nécessaire aux opéra­tions de boisement... ».
Les fermes (aujourd’hui toutes disparues ou reconverties pour les bâtiments) s’appelaient :
La Philippière, La Rousselière, Les Vallées, Poussard, Courson, La Bouletière, Le Bourg.

La ferme de la Rousselière

La ferme de la Rousselière en 1987,
avant la construction du golf.
Avec cette ferme, qui était la ferme pilote choisie par Paul de Vibraye, c’est un territoire cultivé de 456 hectares qui lui a permis de concourir pour la « prime d’honneur » décer­née dans le département de Loir-et-Cher en 1667. Il était membre et président de la Société d’Agriculture et du Comice agricole du département. Le 23 février 1863, il est choisi comme représentant de l’Académie des Sciences et devient membre de l’Institut de France.
Paul de Vibraye nous donne des indications concernant les cultures pratiquées. Outre les prés, étaient cultivés : des luzernes, des blés, des avoines, des trèfles, des choux, des bet­teraves et carottes, des maïs et du sarrasin...
À propos de la main d’oeuvre, il précise : « La main d’oeuvre est assez abondante mais la culture de la vigne la rend chère pendant la majeure partie de l’année ». L’essentiel de la main d’oeuvre était constitué par des ouvriers (non nourris) ou des tâcherons en sus des domestiques nourris à la ferme et comprenait des charretiers, des bergers, des servantes et des vachers.
L’élevage occupait une place importante : le cheptel des béliers, moutons et brebis (princi­palement de race solognote, déjà bien implan­tée) se composait de 254 brebis, 145 moutons d’engraissement, 221 brebis et moutons d’un an, 8 béliers solognots et South down.
Il y avait 47 taureaux et vaches et 8 chevaux de race percheronne.
Après avoir exploité personnellement les sept fermes, (quelques unes ont été abandonnées et certaines ont été données en location à des fermiers à la fin du XIXe s et dans la première moitié du XXe s), Jean Duffraisse a été employé par le château comme chef de culture à La Rousselière de 1950 à 1961. Il devient fermier à la ferme de Poêly en conti­nuant à cultiver pour partie les terres de La Rousselière jusqu’en 1987.
La ferme de La Rousselière avait été trans­formée pour l’autre partie en une « ferme de chasse » qui s’appuyait sur l’étang de La Rousselière et pratiquait les cultures de chasse. Sa situation privilégiée en bordure de la forêt avec l’étang de 60 ha a permis d’y construire en 1988-1989 un golf international 18 trous (voir La Grenouille n° 6 d’octobre 2009).

La ferme (closerie) de Courson

Henri Blanchet (à gauche)
lors des vendanges vers 1930.
Elle était située sur le territoire de la commune de Cour-Cheverny, en bordure de la route menant à Fougères-sur-Bièvre, dans le parc forestier du château (partie non accessible au public). Elle jouxtait la ferme Poussard et le lieudit Batereau.
Florence Charron, fille de Maurice Blanchet, nous a transmis le témoignage écrit de son père qui a connu cette ferme :
« Mes grands-parents Blanchet sont arrivés à Courson entre 1895 et 1900 et ont exploité la ferme jusqu’en 1919. Mes parents prirent alors la relève et restèrent jusqu’en 1947. La ferme de Courson était une closerie, mon père en était donc le closier, seulement pour la vigne par bail de 9 ans renouvelable qu’on appelait fermage.
Le vin était partagé à la récolte avec le pro­priétaire qui, en principe, participait mais très peu aux frais d’entretien. Il vendait le fumier de ses chevaux et fournissait pour la vigne le fumier des chiens de meute qui, comme on le sait, n’est pas un amendement idéal.
À Courson, l’électricité a été installée seule­ment en 1943 et la ferme a été rasée en 1949. Les vignes furent alors arrachées et toute la surface des terres plantée en bois. Les sapins à l’est et au sud-ouest, près de la maison, furent plantés avant la guerre de 1914 et l’if qui est près du puits (que l’on peut encore voir en 2018), est un de mes sapins de Noël des années 20 que mon père avait replanté tout près des bâtiments. La surface totale pour l’ensemble était d’environ 15 hectares dont 3,5 hectares de vignes ».

La ferme dite « du Bourg »
Elle était située à la sortie du bourg, rue du Chêne des Dames, en face de l’ancienne école deve­nue salle des fêtes et gîtes. Gérard Cazin, qui exploite aujourd’hui la ferme de La Galochère, nous précise : « Dans les années 30, cette ferme était exploitée par monsieur Ribouleau (culture de la vigne devant le mur d’enceinte du château entre la route de Contres et l’allée du Chêne des Dames et céréales). En 1972 l’exploitant se nom­mait Bezeault ». L’exploitation ayant cessé, les bâtiments, cédés à la mairie, furent réaménagés en boulangerie en 2010.

Moissons près de l’allée des Sapins à Cheverny
dans les années 40, autour de la ferme des Vallées.
La ferme des Vallées
Voir notre article dans La Grenouille n°5.

Le domaine agricole du château de Troussay
Stanislas de Sainte-Marie qui fut le propriétaire du château de Troussay (voir La Grenouille n° 29 d’octobre 2015) et Philippe Tessier (aujourd’hui viticulteur à Cheverny) nous ont confié leurs souvenirs :
Roger Tessier 
Stanislas de Sainte-Marie : «...dans les années 20, [le comte Delamare de Monchaux, grand-père de Stanislas de Sainte-Marie était à l’époque propriétaire de Troussay] Eugène Tessier (père de Roger et grand-père de Philippe) à la fois régisseur et chef de culture, et son épouse, aidés par des hommes de jour­nées, s’occupaient de l’exploitation agricole sur 48 ha (terres, parc et bois). Au décès de mon grand-père en 1952, l’activité agricole est confiée à Roger Tessier d’abord en métayage, puis en fermage... ».

Philippe Tessier nous précise à son tour : « Mon père, Roger Tessier, a exploité comme fermier la ferme de Troussay de 1952 jusqu’au début des années 60, époque à laquelle il a acheté en viager les 45 hectares du domaine de Troussay pour développer une ferme dans les bâtiments sis voie de la Rue Colin, achetés aux époux Callu qui en étaient propriétaires. La ferme était dédiée à l’élevage (une dizaine de vaches à lait) et à la culture des asperges sur 5 hectares lui appartenant. C’est à cette époque que la ferme du château a cessé son activité dans les communs.
En 1981 nous avons constitué un Gaec (3) avec mon père qui a pris sa retraite en 1988. L’élevage et la culture des asperges ayant été abandonnés en 1986, je me suis entiè­rement consacré à la viticulture (aujourd’hui biologique) ».


Les closeries, les fermes de La Preasle et des Saules
Comme indiqué au début de cet article, les closeries constituaient la majorité des exploi­tations agricoles au XIXe et au XXe s.
En prenant comme exemple la partie du territoire de nos deux communes située au nord-ouest du parc du château de Cheverny (coté route de Fougères-sur-Bièvre), Jean- Paul Hermelin témoigne :
Autour de la ferme des Vallées, en 1933.
« Il existait à La Borderie (Cour-Cheverny), 3 closeries ; côté Cheverny, aux Petites Péraudières 2 closeries, une au Luth, une à la Preasle, une au Petit Chambord et une à l’Au­mône. En ce qui concerne le Luth (Cheverny), et La Preasle (en limite de Cour-Cheverny), ma grand-mère Léontine Sintier veuve Briand, remariée avec Hubert Touchain, exploitait fin XIXe, début du XXe s. la closerie située au Luth. Cette closerie appartenait à la famille Sommier de Cour-Cheverny. Sa fille, Louise Briand et son mari Roland Paul Hermelin, mon père, ont repris la closerie jusqu’en 1960, époque à laquelle la propriétaire Rolande Bailli, née Sommier, a repris les lieux. Dans le même temps, mon grand père Louis Fortuné Hermelin (côté branche paternelle) exploitait la closerie de La Preasle. Après la vente du Luth, l’exploitation s’est concentrée sur la ferme de la Préasle. Actuellement le Gaec diri­gé par mes deux fils, Stéphane et Bertrand qui m’ont succédé, est l’une des fermes encore en activité au début du XXIe s.».

La ferme des Saules
Selon Didier Merlin qui exploite aujourd’hui des chambres d’hôtes dans l’un des bâti­ments de l’ancienne ferme, cette closerie « était exploitée par la même famille depuis au moins 400 ans. De la fin du XIXe s. jusqu’en 1920 par Marcel Hermelin, ensuite, après la guerre de 14-18, par René Adolphe Hermelin et son épouse jusqu’en 1950 : il s’agissait d’une petite exploitation agricole pratiquant la polyculture avec quelques animaux (deux vaches, un cochon, des volailles...) comme la plupart des exploitations de la région à cette époque ». L’exploitation, abandonnée pendant 10 ans, est reprise en 1960 par Claude Merlin et son épouse Andrée Hermelin, fille de René Hermelin, jusqu’à la reconversion des terres en centre équestre en 1965, puis en camping (l’actuel camping des Saules).

Les fermes des châteaux du Breuil, de La Borde et de Sérigny
La ferme de l’Haut-Bois, qui faisait
partie du domaine de La Borde (Cour-Cheverny).
En ce qui concerne les domaines du Breuil à Cheverny, de La Borde ou de Sérigny à Cour- Cheverny, vous pouvez vous reporter aux articles parus dans La Grenouille qui évoquent l’existence des fermes exploitées par leur pro­priétaire (La Grenouille n° 36 de juillet 2017 concernant les chapelles des châteaux) ou à l’enquête sur les toponymes Sérigny et le Rouvre (La Grenouille n° 21 d’octobre 2013). Il y avait au moins deux fermes à la Borde, l’une à côté du château et l’autre au lieudit Le Haut-bois. À Sérigny la ferme était située au Rouvre. Les fermes de La Brossure et Béon étaient rattachées au domaine du Breuil, ainsi que la locature des Châtaigniers.

Quelques fermes toujours en activité au début du XXIe s.
La Ferme des Galochères (Cheverny)
Exploitée actuellement par Gérard Cazin (avec son épouse Pierrette), ce dernier nous précise :
« Avant 1883, la ferme appartenait à un vinai­grier de Cour-Cheverny, monsieur Trottereau. En 1883 elle est achetée par Justin Cazin- Prévost, mon arrière-grand-père ». Ont suc­cédé à son arrière grand-père, Denis Cazin, son grand-père et Paul, son père, dont il a pris la suite.
En 1970, ils ont également exploité les terres de La Bouletière (ancienne ferme du château de Cheverny) jusqu’en 2008. Elles étaient exploitées auparavant par Camille Girardeau.
Les époux Cazin, qui possèdent en pleine propriété 14 hectares de terres, ont exploité jusqu’à une centaine d’hectares (dont des terres du château de Cheverny en location) et ont possédé jusqu’en 2008 une quarantaine de vaches. Ils se consacrent aujourd’hui à la culture des céréales.
La ferme de La Preasle (Cour-Cheverny)
Comme indiqué ci-dessus, les frères Hermelin exploitent 110 hectares dont 90 ha de céréales et le reste en polyculture notamment maraî­chère (avec vente à la ferme).
La ferme de Poêly (Cheverny)
Thierry Dufraisse, qui a succédé à son père Jean en 1987, rachète les bâtiments et 3 ha de terres au domaine de Cheverny en 1990.
Il exploite en tout 140 ha de céréales et pra­tique l’élevage de vaches laitières (vente à la ferme de lait et de fromages).
La ferme élevage des Bruyères (Cour- Cheverny)
C’était jadis une ferme du château de la Sistière. Elle est exploitée par la famille Dassise (élevage de bovins pour la bouche (avec vente à la ferme).
La ferme dite de La Touche (Cour- Cheverny)
Exploitée par Daniel Hermelin (essentielle­ment culture de céréales).
La Ferme de La Bisolière (Cheverny)
Élevage d’ovins, de caprins et volailles (Pascal Cazin).
Le Gaec Julien (Cheverny)
Les frères Julien sont installés voie de Villavrain : céréales et cultures maraîchères.

Conclusion
Depuis les années 1960, le nombre d’exploi­tations agricoles a considérablement diminué. Toutes les closeries et métairies ont dis­paru, remplacées par une dizaine de fermes (cultures des céréales et maraîchères ainsi que différents élevages). Durant la même époque se sont constituées des exploitations viticoles plus importantes qui ont obtenu le classement des vins en AOC. Il y a treize vignerons à Cheverny et Cour-Cheverny. Cette évolution a amené une profonde modi­fication de l’implantation des commerces et la disparition de certains anciens métiers (d’où la quasi absence de commerces dans le centre bourg de Cheverny).

(1) Métairie et Closerie : La métairie est plus importante (de 40 à 50 ha en moyenne) que la closerie (jusqu’à 15 ha, souvent moins de 10 ha). Elle sont exploitées par un métayer ou un closier qui sont des locataires qui payent un pourcentage de la récolte au propriétaire. Le fermier, lui, paye un loyer .
(2) Le noir animal, ou charbon d’os, ou charbon animal est une matière riche en carbone obtenue par la calcination à l’abri de l’air des os dans un creuset pour empêcher l’accès de l’air.
(3) Gaec : Groupement agricole d’exploitation en commun.

Le Héron - La Grenouille n°40 - Juillet 2018