Du Roi de Pologne à Henri III

(Mémoires Philippe HURAULT - Episode n°4)
Après des débuts prometteurs à la Cour du Roi Henri II (1553), puis de François II et de Charles IX, nous arrivons pour ce 4e épisode à la fin de l’année 1572 et au cours de l’année 1573 (un an après le massacre de la Saint Barthélémy) toujours sous le règne de Charles IX.
Nous passerons sur le quotidien de la vie rurale de cette époque qui n’était qu’as­sassinats, attaques à main armée, empoi­sonnements, viols, etc. La vie humaine n’avait véritablement pas la même valeur qu’aujourd’hui ! Le chancelier de Cheverny était surtout préoccupé dans les semaines qui ont suivi la Saint-Barthélemy par la naissance de son premier fils. Ce dernier est alors porté sur les fonts bap­tismaux par le duc d’Anjou, futur Henri III et aussi par le roi de Navarre, futur Henri IV. La qualité de ces deux parrains ne le protégera pas pour autant de la mort qui l’emporte à l’âge de 18 mois dans sa ville de Vibraye.
La politique continue malgré tout et le duc d’Anjou, futur Henri III, est nommé par son frère, le roi Charles IX, et à la demande des ambassadeurs de Pologne, au trône de Pologne. Alliance stratégique d’un pays attaché à la religion catholique mais, pour ce jeune prince de France, cette décision constitue pour lui un choc de devoir partir dans cette lointaine contrée qu’est la Pologne à cette époque ! Il faut donc s’organiser et le jeune prince dépêche le chevalier de Cheverny, son fidèle Hurault, à Paris, pour accueillir en son nom les ambassadeurs de Pologne :
Nous sommes le 19 août 1573 et 300 polonais arrivent à Paris, en calèches, accompagnés de princes français. Durant plusieurs jours, tout ce beau monde festoie au Louvre où la Reine Mère, Catherine de Médicis, donne fête sur fête aux Tuileries. Puis vient l’élection solen­nelle en présence du Roi, de la Reine Mère, de tous les princes de sang, des cardinaux, ambassadeurs et de tous les princes étrangers. Une « petite » réception de 10 à 12 000 personnes… !
Pour finir, c’est à « Cheverny » qu’est confié « le Grand Décret d’Election », scellé de 20 sceaux et placé dans une cassette en argent doré et rangé chez lui à St Germain l’Auxerrois.
Toutes les bonnes choses ayant une fin, le duc d’Anjou, roi de Pologne, prend la précaution de laisser à son fidèle ami « Cheverny », la charge de veiller ici, en France, à ses intérêts personnels.
Le convoi vers la Pologne s’arrête à Vitry Le François car le Roi y tombe malade. Son frère pense rebrousser chemin et veut l’accompagner sur le chemin du retour ; mais l’honneur et le respect que lui confère sa nouvelle charge envers le pays qui l’attend l’obligent à continuer, conduite que lui dicte alors la Reine Mère. Mais le duc d’Anjou reste très méfiant à l’égard de son frère, le duc d’Alençon et du roi de Navarre et « Cheverny » reçoit des instructions secrètes en cas de complot contre la personne du roi de France. De retour à Paris aux environs de Noël 1573, « Cheverny » est prévenu d’un complot fomenté par Alençon et Navarre pour enlever le Roi. Le Roi, bien que très affai­bli, se fait escorter par les gardes suisses chez le maréchal de Retz où est organisé le contre-feu de ce complot. « Cheverny » réussit à prévenir le frère du Roi, à faire arrêter et embastiller le duc d’Alençon, le roi de Navarre et le duc de Montmorency. Mais cela ne sauve pas pour autant le roi Charles IX car la maladie le ronge et sa mère n’a de cesse de donner le change sur son état de santé afin de calmer les ardeurs des prétendants au trône ; le 31 mai 1574, Charles IX meurt. Le temps presse, Catherine de Médicis organise, avec le chevalier de Cheverny, la fuite du roi de Pologne qui deviendra Henri III.

Le Colvert (à suivre...) - La Grenouille n°20

Sources : « Le Chancelier de Cheverny » par le Comte Henri de Vibraye. Éditions Émile Hazan, Paris 1932.