La visite des écuries du château de Cheverny m’a remis en mémoire une
anecdote historique concernant les chevaux de Philippe Hurault seigneur de
Cheverny, alors chancelier du roi Henri IV.
L’histoire que rapporte Gabrielle d’Estrée
dans ses mémoires se passe une nuit de février 1591, alors que commence le
siège de la ville de Chartres par Henri IV.
Gabrielle d’Estrée, qui n’était pas
encore devenue la maîtresse du roi Henri IV, se rend, à l’invitation de sa
tante Madame de Sourdis (Isabelle Babou de la Bourdaisière) et de Monsieur de
Cheverny (1) à la Cour, qui se trouve
alors à Mantes près de Paris, alors que le roi est censé se trouver ailleurs.
Madame de Sourdis fait tout ce qu’elle peut pour favoriser les rencontres entre
le roi et la belle Gabrielle que le roi poursuit de ses assiduités, mais cette
dernière ne songe, à cette époque, qu’à rejoindre Roger de Saint Lary, seigneur
de la Bellegarde dont elle est amoureuse depuis qu’elle est toute jeune. Ce qu’elle
ignore donc, et que sa tante lui a caché, c’est que le roi est aussi à Mantes,
pour elle. Il se découvre un soir à la faveur d’une visite de Gabrielle à l’hôtel
de Madame de Sourdis et l’entreprend sans détour.
La situation ne peut mieux
être résumée que par le récit de ses sombres pensées : «Ces dix jours me semblèrent un piège inévitable ; non
que je doutasse de ma fermeté, mais par crainte des violences coutumières de
Henri. Ma tendresse n’était moindre pour Bellegarde dont je n’avais nouvelle
quelconque ; au contraire je m’acharnais à l’aimer pour m’aguerrir contre le
roi. Icelui me suivait comme à la piste…»
Se
sentant prise au piège et n’attendant aucun secours de sa tante et de Monsieur
de Cheverny, elle décide alors, sur les conseils de Perinet, astrologue et
confident attaché à son service, de «contrefaire une maladie», espérant que
le roi s’en irait s’occuper de ses affaires (le siège de Chartres, notamment). Cette
ruse échoue. Cependant, le roi, qui avait fait quérir son premier médecin
Alibour et demandé à Cheverny de s’occuper du siège de Chartres, l’assure alors
qu’il ne la quitterait point tant qu’elle ne serait pas guérie. Elle ne voit
alors pas d’autre issue que la fuite. Mais pour cela, elle a besoin de l’aide
de Périnet à qui elle demande de lui procurer des habits de page, ce qu’il fit.
Mais il faut aussi trouver un moyen de transport car, pour sortir discrètement
de la ville, il n’est pas question de prendre un carrosse.
C’est à ce moment
que les chevaux de Monsieur de Cheverny entrent en scène ; mais je laisse
Gabrielle vous conter la suite : S’adressant à Périnet, alors qu’il lui apporte
les vêtements «Trouve moi des montures, chevaux, ânes ou mules, car
avant demain matin nous aurons couru 12 lieues…» et lorsqu’il revient la chercher à la nuit tombée et qu’elle l’interroge
sur les montures, il lui répond qu’il a repéré les chevaux de Monsieur de Cheverny,
qui doit se rendre au siège de Chartres.

C’est
ainsi, que grâce aux chevaux de Monsieur de Cheverny, Gabrielle d’Estrée
échappa provisoirement aux ardeurs du roi.
(1) Ces personnages ont déjà été évoqués dans « Les enquêtes » de La
Grenouille n° 8.
Le Héron - La Grenouille n°14 - janvier 2012
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