L’histoire de la famille Bricault
et des « Trois Marchands » commence vers les années 1850 aux « Trois Pigeons »,
hôtel restaurant installé au bas du village de Cour-Cheverny, actuellement « La
Vieille Auberge ».
Ce n’est qu’en 1865 que commence
réellement l’aventure des « Trois Marchands », avec Mélanie Germain, l’arrière
grand-mère de Jean-Jacques Bricault, qui fut veuve de guerre très tôt. Elle
avait deux filles dont l’une, de forte stature, épousa Jacques Bricault, le père
de Jean et le grand-père de Jean-Jacques.
Jacques Bricault est arrivé à
Cour-Cheverny en 1918. Il débarquait de son Poitou natal et travailla comme
jardinier au château de La Borde. Il effectuait aussi de petits travaux au
château de Cheverny. Il trouva le gîte et le couvert aux « Trois Marchands »...
et même davantage puisqu’il finit par épouser la fille du restaurateur. Jean
Bricault naît de cette union en 1920.
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Les Trois Pigeaons, hôtel-restaurant installé en bas du village |
Entre les deux guerres, « Les Trois Marchands »
sont encore un relais de poste où sont hébergés une vingtaine de chevaux
C’est
« Bébert », petit bonhomme « multitâches », qui soignait des chevaux. Puis il
partait au jardin avec Jacques, son patron. Bébert habitait une petite maison
située près de la ligne de chemin de fer, non loin de l’actuelle gendarmerie.
Jacques et Bébert, de son vrai nom Albert Baron, étaient bien plus jardiniers que
restaurateurs : ce sont les femmes qui tenaient le restaurant.
Lorsque les
premières automobiles remplacèrent les voitures à cheval, Bébert commençait la
journée en cirant les chaussures des clients, puis il préparait le café et
nettoyait les parebrises des véhicules stationnés dans la cour.
La guerre
arrive
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De g. à dr. : Jacques Bricault et Albert Baron dit "Bébert" en 1928 |
Jean, qui a 20 ans, s’engage
comme pilote de chasse après un passage à l’école de pilotage d’Avord. Il finit
par se retrouver au camp de Salbris au STO (Service de travail obligatoire) jusqu’en
1944 où, avec Roger Corrère et son réseau, il fait sauter le camp et l’arsenal
de munitions.
1945
Jean fait la connaissance de Jeanine, la fille du
facteur Charles Marteau qui, avec son épouse, exploite un commerce de
tabac-journaux à Cour-Cheverny, en face du café de Paris. Charles Marteau avait
perdu un bras à la guerre, mais ça ne l’empêchait pas de faire toutes ses
tournées à vélo pour distribuer le courrier.
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L'entrée des anciennes écuries |
Jean Bricault était aussi un bâtisseur
- Le presbytère, vendu par la commune, était devenu « Le Vieux Logis », une pension de famille que Jean Bricault racheta dans les années 60.
- Une grange,
qui occupait l’espace de l’actuel Crédit Agricole, fut démontée et reconstruite
sur un terrain que possédait Jean Bricault, qui s’étendait de l’actuelle
gendarmerie à la salle des fêtes : c’est aujourd’hui un gîte communal. Il
laissa M. Letiche, alors grossiste en légumes, exploiter une bonne partie de
cet espace.
- Jean eut pour projet de construire un immeuble afin de doubler la capacité de ses chambres. Il
entreprit de grands travaux à l’échelle de Cour-Cheverny. Les fondations creusées
sous le présent parking de l’hôtel occupaient un rectangle de 60 x 7 mètres, soit
la surface de la cave du futur immeuble. La cave, d’une hauteur de 6 mètres,
était prévue pour permettre à un camion d’y entrer. La construction s’arrêta là
: l’immeuble n’est finalement jamais sorti de terre.
Jean-Jacques Bricault,
après être passé par l’école hôtelière de Thonon-les-Bains, revint travailler
avec ses parents aux Trois Marchands. Il reprend complètement l’établissement en
1973. Son père, Jean, décède accidentellement en 1978.
Quelques grands
moments racontés par Jean-Jacques Bricault
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L'ancien presbytère était devenu "Le Vieux Logis", pension de famille |
- Un
rituel oublié : chaque premier janvier, le personnel des Trois Marchands était
de service pour assurer le casse-croûte lorsque la Lyre de Cheverny/Cour-Cheverny
donnait son aubade sous les fenêtres du château pour souhaiter la bonne année à
Philippe de Vibraye.
- Un soir, un des médecins de La Borde se trompe de
manteau au vestiaire et, sans faire attention, paye son addition avec le carnet
de chèque du commissaire de police de Blois qui dînait dans la même salle.
- Un
monsieur très respectable qui s’apprêtait à passer une soirée - et une nuit -
en bonne compagnie, gare sa DS19 flambant neuve. Il en descend et ouvre la
portière à sa jeune invitée. Stupeur en ouvrant ensuite le coffre pour y
prendre les bagages : il y trouve son épouse légitime qui le prend en flagrant
délit...
- Quand Roger Duceau, alors adjoint au maire, proposa de mettre la rue
Nationale en sens unique, c’est Jean Bricault qui prit la tête de la fronde des
commerçants qui menacèrent de boycotter le garage Duceau en représailles.
À
l’occasion de l’inauguration du musée Tintin installé dans les communs du
château de Cheverny, Jean-Marie Le Pen, qui était l’ami d'Hergé, s’invita.
Devant le peu d’empressement du marquis pour le recevoir, il se replia aux
Trois Marchands pour y déjeuner en compagnie de quelques fidèles. Nous étions en
campagne électorale et les gendarmes bouclèrent le quartier pour assurer la protection
du candidat Le Pen. Ce dernier était de passage et devait se rendre ensuite à
Tours en fin de journée pour y tenir meeting. La table voisine était occupée
par un groupe de chefs d’entreprises. Le candidat Le Pen débattit longuement
avec eux sur l’avenir de la France en « arrosant » copieusement la
discussion... Le meeting fut raté...
En 2012, Jean-Jacques Bricault cède
l’Hôtel Restaurant des Trois Marchands à Bernard et Véronique Gattolliat qui
en écrivent aujourd’hui les nouvelles pages.
La légende des Trois Marchands (origine inconnue)
Il y a de cela deux fois cent ans
passés.
Le chemin neuf de Sologne était à peine ouvert, qu’un cabaretier avisé
transformait en auberge sa maison près l’église, au beau milieu du bourg de
Cour- Cheverny. Quelle auberge ! On y logeait à pied et plus encore à bidet
comme en voiture, puisque les écuries pouvaient abriter jusqu’à cent chevaux de
selle et de trait. Aussi ne tarda t’elle pas à devenir l’un des relais de
poste, entre Blois et Romorantin.
A ce relais ne pendait encore nulle enseigne,
et le maître de céans ne s’en souciait guère.
Mais un soir, trois gaillards
bien taillés heurtaient successivement le volet et demandaient asile.
C’étaient
trois bateleurs allant de foire en foire, des faiseurs de plaisances, des donneurs
de riens dont tout le monde a besoin, peu ou prou, en réalité des vendeurs d’enchantements.
Le premier s’appelait « Oubli ».
Lorsqu’il posa sur la table sa besace, il s’en
échappa une pacotille de tracas, de dépits, de fadeurs qui se dispersèrent
aussitôt.
L’autre qui vint un peu plus tard s’appelait « Plaisir » et sa
sacoche était bourrée d’attraits, de charmes et d’insouciances.
Le troisième,
entrant bien après, s’appelait « Espoir ».
Dans une grande corbeille qui
pendait à son cou, miroitaient des couleurs, des images, des reflets à parer
souvenance.
Quand tous les trois furent ensemble assis, en leur versant à boire
l’hôtelier dit : « Passants, c’est vous que j’attendais. Puisque vous voici
sous mon toit réunis, baladins, vendeurs d’illusions dont tous ceux qui
viendront après vous feront agréments de voyage, désormais ma maison
s’appellera : Hôtel des Trois Marchands ».
Ainsi fut fait pour le meilleur.
Le Col Vert - La Grenouille n°41 - Octobre 2018
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