Michel Leopold Daniel Cazin est né le 18 avril 1923 à Cour-Cheverny (voie de Chercherelles) où son père Augustin était viticulteur. Il ne le connut quasiment pas car celui-ci, admis à la réforme en septembre 1917 pour « tuberculose pulmonaire » en raison des séquelles des gaz de combat utilisés pendant la Première guerre mondiale, décède en juin 1923. Emma Michel, sa mère, l’élèvera seule. Michel Cazin est reconnu pupille de la Nation par le Tribunal civil de Blois le 22 mai 1924. De son parcours scolaire, nous n’avons que peu de traces hormis les souvenirs qu’il partagea lors de la conférence inaugurale à la chaire de mécanique industrielle qu’il donne le 4 novembre 1960 au Cnam (2), où il évoque le couple d’instituteurs (3) de l’école communale de Cour-Cheverny « ne laissant de côté aucune vocation et les provoquant par l’enseignement si vivant, si précis et si patient des éléments conventionnels de la connaissance civique et intellectuelle ». Il poursuit sa scolarité au Collège Augustin Thierry de Blois qu’il quittera avant l’obtention du baccalauréat, qu’il préparera seul dans les locaux de l’IHP (Institut Henri Poincaré) (4) à Paris. Cette situation s’explique sans doute par des raisons financières, sa mère ne percevant qu’une pension de veuve de guerre, et c’est pour gagner sa vie que Michel Cazin arrive à l’IHP en 1939, à 16 ans.
Le temps à l’Institut Henri Poincaré : un moment
décisif
Un cousin de Michel Cazin, Jean-Louis Destouches (1909-1980) (5), alors secrétaire de l’IHP, lui a trouvé un emploi d’huissier
et jouera un rôle important pour lui. En témoigne cet hommage que Michel Cazin
lui rend lors de sa conférence inaugurale au Cnam le remerciant de s’être « toujours comporté envers [lui] comme un grand frère si
compréhensif et si désintéressé », et de l’avoir orienté vers l’enseignement scientifique.
Michel Cazin raconte sa rencontre avec les sciences au Palais de
la Découverte en 1937 : fasciné par la machine Van de Graaff (générateur de
courant continu) et le nombre π, il explique avoir été « émerveillé par les expériences qui [lui] révélaient les interactions entre courants, entre aimants et
courants », et avoir « éprouvé une sensation de mystère » en lisant certaines formules mathématiques.
Il saisit la chance de poursuivre des études scientifiques « dans l’ambiance extraordinaire de l’Institut
Henri Poincaré, entouré de célébrités scientifiques » et y fréquente Louis de Broglie (6). Mais la guerre arrive et, le 19 mai 1940, ordre est donné d’évacuer
l’IHP. Les savants et personnels présents partent en convoi, avec le matériel.
Partant avec Destouches, de Broglie organise le départ de Michel Cazin et de sa
mère, une attention que l’intéressé n’oubliera pas. Ils se retrouvent à Blois
au château de la Vicomté, puis le 11 juin, une partie des personnes présentes
se dispersent. Louis de Broglie part à la suite des bombardements sur Blois
dans la nuit du 14 au 15 juin avec Michel Cazin et sa mère. Ils rejoignent le
château de Contenson, à Saint-Just-en-Chevalet (Loire). À l’arrivée de l’armée
allemande dans cette commune, le groupe remonte à Paris après le 19 juin. Cette
période crée des liens indissolubles entre de Broglie, Destouches et Cazin.
La période passée à l’IHP par Michel Cazin fut courte mais elle va
profondément le marquer, notamment par la rencontre du jeune homme de 16 ans
féru de sciences avec Louis de Broglie, dont il devient le secrétaire
particulier. Sa passion pour la mécanique trouve certainement là sa source.
Le temps des études supérieures
Michel Cazin poursuit ses études supérieures pendant la période de
la guerre. En 1942, il obtient le certificat de mathématiques générales puis
celui de calcul de probabilités. Il intègre l’École nationale supérieure des
mines de Paris dans la promotion 1944 et obtient le certificat de calcul
différentiel et intégral en 1945, puis deux autres en 1946 : mécanique rationnelle
et physique générale.
Michel Cazin reçoit le diplôme d’ingénieur civil de l’École des
mines en 1947 mais ne se dirige pas vers l’industrie et la seule trace de son passage
par cette école est un ouvrage intitulé « Les mines » paru en 1951 aux éditions
« Que sais-je ? ».
Attaché de recherche au Centre national de la recherche
scientifique (CNRS) à partir de 1946, il obtient un diplôme d’études
supérieures de sciences physiques. En juin 1949, il soutient une thèse
concernant la mécanique ondulatoire (7), sous la direction de Louis de Broglie.
De la recherche à l’enseignement
Les autres engagements de Michel Cazin
En 1961, il fonde avec Maurice Pradier et Paul Lefort l’Institut
polytechnique des sciences avancées, dont la première promotion sort en 1965 et
qui sera cédé en 1987. Michel Cazin, alors âgé de 64 ans, enseigne également à
l’Institut supérieur des matériaux et de la construction mécanique.
Un homme passionné et passionnant
Michel Cazin était un passionné de la mécanique et de son
enseignement auquel il a consacré l’essentiel de sa vie. Georges Lochak (8) dit de lui « Comme à peu près tous ceux qui connaissaient Cazin, j’avais tout
de suite été pris de sympathie pour ce colosse intelligent, éclatant de santé
et de bonne humeur ». Il est également décrit comme
un travailleur infatigable. Ses élèves «[…]l’adulaient et étaient intarissables sur lui, […] pour la
qualité de son enseignement et ses qualités humaines ».
Admis en 1988 à faire valoir ses droits à la retraite, il fut
maintenu en activité jusqu’à la fin de l’année universitaire 1990-1991. Mais il
continua à s’investir à l’Institut supérieur des matériaux et de la
construction mécanique jusqu’à la fin de sa vie.
Des attaches courchoises
Cazin est un patronyme très présent dans nos communes, et Michel
Cazin fait partie des ancêtres de plusieurs familles locales, dans lesquelles il
a laissé le souvenir d’un personnage hors du commun et très attachant.
L’état civil nous indique aussi l’union en troisièmes noces de
Michel Cazin « domicilié à Huisseau-sur-Cosson
et résidant à Cour- Cheverny boulevard Carnot » avec Monique Bussac, docteur en médecine, célébrée le
20 décembre 1968 à la mairie de Cour-Cheverny.
Décédé le 30 août 2003 à Villejuif et inhumé au cimetière de
Cheverny, Michel Cazin a laissé derrière lui une oeuvre très importante dans le
domaine scientifique, pour laquelle il avait affirmé son refus de toute
décoration.
P. L.
Merci à Virginie Fonteneau qui nous a permis de
découvrir cette personnalité du monde scientifique, ainsi qu’à la famille
Cazin.
(1) Source principale : Virginie Fonteneau, « Cazin,Michel » (18 avril 1923-30 août 2003) », in Claudine Fontanon, André Grelon (dir.), Les professeurs du Conservatoire National des Arts et Métiers, à paraître (2022).
Autres sources :
• Annales de la Fondation Louis de Broglie,
Vol. 29, n°1-2, 2004,
• Archives Départementales du Loir et Cher,
• Archives municipales de Cour-Cheverny.
Notes 2 à 7 : Wikipédia
(2) Le Cnam est un établissement d’enseignement supérieur et de
recherche, fondé par l’abbé Henri Grégoire à Paris le 10 octobre 1794 pour «
perfectionner l’industrie nationale ».
(3) Il sagit sans doute de Émile et Renée Gentils, instituteurs à
Cour-Cheverny dans les années 30.
(4) Institut Henri Poincaré : institut de recherches mathématiques, fondé
en 1928.
(5) Jean-Louis Destouches (1909-1980) : physicien et philosophe de la
physique.
(6) Louis de Broglie (1892–1987) : mathématicien et physicien français,
lauréat du prix Nobel de physique en 1929, à 36 ans, pour sa découverte de la
nature ondulatoire des électrons.
(7) Louis de Broglie a posé en 1923 les bases de la mécanique ondulatoire
en découvrant que tous les atomes dégagent une onde.
(8) Georges Lochak (1930-2021) : physicien français ; il fut président
de la fondation Louis de Broglie.
La Grenouille n°55 - avvril 2022
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