1787 : les prémices de la révolution à Cheverny et Cour-Cheverny

(Mémoires Comte DUFORT - Episode n° 1)
L’histoire du domaine de Cheverny est liée, depuis le XIIIème siècle (1270) à la famille Hurault de Vibraye, avec cependant deux parenthèses durant ces sept siècles. 
En 1528, le domaine appartient à Raoul Hurault et à Marie de Beaune. Celle-ci va mettre au monde son septième enfant, Philippe, pendant que son père, général des Finances de François 1er se fait tuer à Naples lors des guerres d’Italie. Ne pouvant assumer seule la garde du domaine, elle le vend alors à Diane de Poitiers qui le revendra ensuite à ses fils en 1564. 

La seconde parenthèse a lieu de 1755 à 1829, période pendant laquelle le domaine passe entre plusieurs mains avant d’être repris en 1829 par Paul de Vibraye qui lui redonne alors toute sa splendeur. Issu d’un Maréchal de France, Henri de la Tour d’Auvergne, Vicomte de Turenne, le Comte Dufort vit avec son épouse des moments de joie et de plénitude dans le domaine qu’il acquit en 1764. 

Transportons nous deux ans avant la Révolution. Le Compte Dufort se déplace souvent à Paris où il se consacre aux Arts et aux Sciences ainsi qu’aux spectacles. Il constate alors que la contestation gagne les couches supérieures de la société et que les parisiens se moquent de plus en plus du roi. En cette année 1787, la préoccupation du moment était d’établir une assemblée provinciale à Orléans, comme aujourd’hui ! Ceci nourrissait le débat chez les notables avec la diffusion des idées des philosophes, mais le débat d’idées et d’opinions politiques en régime de monarchie absolue peut sembler paradoxal et n’intéresse pas les masses populaires. Ces dernières s’attachent davantage à des personnages comme Mandrin qui défie la fiscalité du roi. 
Dans le Loir-et-Cher, à Cheverny et à Cour-Cheverny, de terribles grêles s’abattent sur le vignoble au cours de l’été 1788. L’hiver qui s’en suit est redoutable et bloque la navigation sur la Loire ainsi que le commerce qui en découle. Des inondations viennent clôturer le cauchemar des populations qui deviennent de plus en plus nerveuses face au manque de nourriture et de travail. 
Dans ce contexte agité, M. de Salaberry est désigné par la Cour pour faire partie du noyau dur de cette assemblée provinciale où il compte bien faire nommer aussi le Comte de Cheverny. Mais ce dernier refuse d’aller siéger à Orléans pour se contenter d’accepter la présidence de l’assemblée départementale (le Conseil Général actuel) à la place de M. de Thémines, évêque de Blois. Il est rejoint par M. Menard de Chousy et le Vicomte de Beauharnais. 

Le décor est planté, qui verra naître la Révolution de 1789 et ses conséquences locales que nous relaterons dans les prochains numéros de “La Grenouille”. 

A suivre ...

Sources : 
  • “Les Chanceliers de Cheverny”, par le Comte henri de Vibraye, éditions Émile Hazan 
  • “Mémoires du Comte Dufort de Cheverny : La Révolution”, éditions Plon, 1909
  • “La terre de Cheverny”, par Paul de Vibraye, éditions Lecesne, Blois 1866
  • “Le Loir-et-Cher de la préhistoire à nos jours”, par Croubois, Denis, Loisel, Sauvage, Vassort, éditions Bordessoules, 1985.  
Le Colvert  - La Grenouille n°2 - Janvier 2009