Le château de Cheverny va rajeunir de près de 500 ans !

Les lecteurs qui se sont rendus récemment au château de Cheverny ont pu apercevoir des échafaudages sur la partie centrale de la façade nord du château (côté orangerie). Les travaux, qui sont toujours en cours, sont relatifs à la réfection de la maçonnerie et des enduits de cette façade qui est très différente de la façade sud (façade principale construite, elle, en pierre de Bourré). 

L’entretien et/ou la réfection de ce type de façade en moellons a généralement lieu tous les 100 ou 150 ans.
Bien que la dernière intervention date semble-t-il du XXe s. (entre les deux guerres), Charles- Antoine et Constance de Vibraye souhaitaient, en ce début du XXIe siècle, redonner à cette façade du château son aspect de l’époque de la construction (c’est-à-dire il y a près de 500 ans, la construction en ayant été achevée en 1634-1635).
réfection enduits façades château de ChevernyC’est sur la base d’un rapport écrit par Cyril Boucaud, architecte DPLG et architecte du Patrimoine (Cheverny, étude d’évaluation de mars 2015) que les travaux actuels ont été entrepris sous le contrôle de la direction régionale des affaires culturelles (Drac).
La difficulté consistait à connaître l’évolution de cette façade du château et l’option qui a finalement été retenue est celle d’un enduit originel « en tapisserie » (1).
Cyril Boucaud arrive à cette conclusion après avoir étudié successivement :
• les éléments connus de l’évolution de la façade ;
• un article très référencé de Bertrand Jestaz à propos de la 139e session du Congrès archéo­logique de France qui s’est penché pour la première fois en 1981 sur la question de la maçonnerie de la façade nord du château ; (2)
• des documents iconographiques (une pein­ture et des dessins se trouvant dans les archives privées du domaine de Cheverny), ainsi que de la lecture du mur et des constata­tions faites sur place.
Cyril Boucaud écrit, en ce qui concerne l’évo­lution de la façade : « ... à la fin du XIXe siècle, il semblerait que l’enduit ait été décapé... Sur les premières photographies des années 1880-1890, l’état de l’élévation nord semble effectivement correspondre à une mise à nu volontaire et soignée par un rejointoiement à la chaux aérienne, d’après quelques rares résidus encore visibles entre les moellons sur les retours du pavillon central... Le rejointoie­ment au mortier hydraulique (3) actuellement visible peut, lui, être daté de l’entre-deux-guerres d’après les clichés et les cartes pos­tales qui présentent une inversion de teinte entre les moellons et leur enduit... ».
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Façade nord actuelle
L’intervention effectuée dans la seconde moi­tié du XIXe siècle aurait été commandée par Paul Hurault de Vibraye qui a effectué des travaux de restauration après le décès de son père en 1843. Il existait à cette époque une « tendance » de restaurer en éliminant les couches de finition qui parachevaient originel­lement les façades.

L’article de Bertrand Jestaz évoque un fond « d’enduit lisse, teinté, ou peut-être même en fausse brique... ». Cyril Boucaud rejoint Bertrand Jestaz compte tenu du fait qu’un « état original fait d’une maçonnerie de moel­lons assisés couverts d’un enduit à pierre vue est peu probable car incohérent avec ce qui se fait à la même époque sur les châteaux de ce niveau... ». S’il adhère à la première hypothèse, il rejette par contre l’hypothèse d’un enduit de fausses briques en l’absence de traces de chromie.
La peinture et deux dessins de la collection privée, antérieurs au ravalement de 1860- 1870 confortent l’hypothèse d’un traitement avec un enduit lisse teinté.
Et Cyril Boucaud de conclure : « …la recherche analogique que nous avons évoquée plus haut présente de nombreux exemples locaux d’élé­vations à encadrements et chaînes d’angle à bossages en harpe, sur fond de moellons enduits en tapisserie plus ou moins fine... ».

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Façade nord prête à recevoir les enduits
À l’époque où ces lignes sont écrites, seule une moitié centrale (à droite) a été traitée avec un enduit en tapisserie. La seconde moitié au centre a été dégarnie et piquetée (les moellons sont bien apparents) et elle est prête à recevoir les enduits. Les deux ailes seront traitées en dernier et sont encore dans l’état antérieur (mortier hydraulique qui laisse apparaître la pierre). Il faudra donc attendre encore plusieurs mois pour admirer cette partie du château telle qu’elle existait lors de sa construction.

(1) Un enduit tapisserie est un enduit de faible épaisseur, de l’ordre de 2 à 3 mm qui doit être réalisé avec un sable très fin (ex : sablon). Pour permettre cette faible épais­seur, le support doit être plan et une sous-couche est nécessaire pour boucher le creux des joints.
(2) Bertrand Jestaz - Le château de Cheverny : Congrès archéologique de France - 1981, p. 163-177. Bibliothèque Forney - cote : PER C4
(3) Mortier Hydraulique : mélange de chaux éteinte, d’eau et de ciment qui sert de liant dans les constructions.


Le Héron - La Grenouille n°40 - Juillet 2018