Renouard, de Cour-Cheverny

Les beaux jours reviennent et l’on flâne plus volontiers, profitant de la douceur de l’air, de la luminosité... Avez-vous remarqué, en promenade ou occupé par des courses chez les commerçants de Cour-Cheverny, non loin du bureau de poste, une plaque «Paul Renouard», au-dessus de l’institut de beauté ?
Paul Renouard, à la célébrité discrète bien qu’exposé dans plusieurs musées de France (Paris, Tours, Orléans... et bien sûr Blois) ainsi qu’à l’étranger (au Luxembourg, au Japon, à Tokyo, en Belgique à Bruxelles..) est un peintre, illustrateur, né à Cour-Cheverny en 1845. Issu d’une famille modeste (son père est sabotier) d’origine solognote, il part, dès l’âge de 14 ans, à Paris pour gagner sa vie en tant que peintre en bâtiment.
Charles-Paul RENOUARD,
un courchois au destin exceptionnel

Remarqué par le maître Isidore Pils pour la qualité de ses croquis (sur les murs de l’école des Beaux-Arts, ou dans l’aide apportée à réaliser un dessin au sein de l’école, nous dit une autre anecdote), il devient l’élève de ce dernier en 1868. Il collabore avec lui pour les décorations intérieures de l’Opéra de Paris, puis réalise, seul, les fresques du plafond en 1875. Il travaille pour des revues comme l’Art, l’Illustration, Paris illustré, puis traverse la Manche pour s’établir à Londres.
Dès 1884, il dessine pour le Graphic à Londres, réalise de nombreux croquis de chefs d’État ou de grands personnages politiques (la reine du Royaume-Uni par exemple, pour son jubilé, le président Loubet, Waldeck-Rousseau). Insatiable, il croque tous les corps de métiers, les dockers de la Tamise et les débardeurs de la Seine, des avocats pendant leur plaidoirie, saisissant sur le vif les gestes et les expressions. Il fait également le portrait d’académiciens britanniques dans une série intitulée «L’Académie Royale». En 1892, il publie un luxueux album avec une trentaine d’eaux-fortes inspirées par les artistes de l’Opéra de Paris et d’un théâtre londonien (Théâtre Royal Drurylane). Ses autres suites le rendent célèbre : gens de robe, cuisiniers, orateurs des réunions publiques, chroniqueurs judiciaires, comédiens, Armée du Salut, etc.

Graveur animalier, il excelle dans la retranscription des expressions des animaux, démontrant ainsi avec brio ses dons d’observateur. Témoin de la Grande Guerre et, bouleversé, il nous livre de nombreux portraits de soldats saisissants de réalisme (portraits de groupe des « Gueules cassées »). Paul Renouard participe aux deux expositions universelles de 1889 et 1900 où il obtient la médaille d’or par deux fois. Il illustre également l’exposition universelle de Liège en 1905, lors de la commémoration de l’indépendance de la Belgique.

Secrétaire de la Société nationale des Beaux- Arts et professeur à l’École des Arts Décoratifs dès 1903, le musée national du Luxembourg lui consacre une grande rétrospective en 1904. Il devient l’ami des peintres Weerts et Degas (avec lequel il partage peut-être le goût pour les scènes de ballet), voyage beaucoup (Tunisie, Etats-Unis...).
Il décède à Paris en 1924, après avoir témoigné par ses croquis de tous les événements importants de son époque (procès Zola, procès Dreyfus...). Enterré au cimetière de Chambon-sur-Cisse, il a «sa» rue dans ce village, ainsi qu’à Blois, non loin de la cathédrale, et un fonds important de son oeuvre est conservé au château de Blois (environ 550 dessins et gravures, ainsi que des peintures). Une grande exposition lui a été consacrée au château de Blois en 2008-2009. 
Parmi la bibliographie qui lui est consacrée, Benezit (volume 7) trace bien le portrait de cet artiste : « Renouard est un documentaire et laissera sur notre époque un vaste reportage dessiné des plus piquants... Son originalité est d’apporter dans l’observation une vision spirituelle et humoristique (sur les murs de l’école des Beaux-Arts) sans tomber dans la déformation caricaturale...»

La Libellule – La Grenouille n°16 – Juillet 2012