Pierre Chevry est un personnage hors normes : « Ce n’est pas le travail qui tue, c’est l’ennui » martèle-t-il. De fait, il sait (presque) tout faire en mécanique, en hydraulique, en menuiserie, en charpente, pour creuser un étang, pour se désembourber au milieu d’une rivière, pour chasser le gros gibier, tendre des nasses dans la Loire, ramasser les champignons...
Pierre est habitué à travailler depuis sa jeunesse entre douze et quinze heures par jour. Il est infatigable en paroles et en actions... À presque 73 ans, son corps porte les stigmates d’une vie bien remplie : quelques vertèbres cassées et un coeur fatigué qui lui valut plusieurs transports en hélicoptère à l’hôpital Bretonneau de Tours.
Pierre fréquente l’école de La Gaucherie, jusqu’à 14 ans. Après son certificat d’études, il suit des cours de mécanique agricole à Contres. À 17 ans, il travaille à la ferme avec son père : moitié paysan du début du printemps à l’automne et homme des bois l’hiver à Cheverny avec les gardes du domaine.
En
1976, à l’âge de 23 ans, il reprend les terres familiales. Il est aussi employé
à façon dans l’abattage et le débardage en forêt de Cheverny pour le compte
d’Arnaud de Sigalas et de Laurent de Froberville. Les tronçonneuses commençaient
à faire évoluer le métier. Les derniers bûcherons qui abattaient encore à la
hache à Cheverny faisaient partie de la famille Vanneau.Jusqu’en 1995, Pierre
Chevry travaille seul sur toute la région, parfois un peu plus loin, en se
spécialisant sur des travaux compliqués très techniques que les autres
entreprises ne voulaient pas réaliser. Sa réputation, sur ce marché de niche,
lui permet de bien gagner sa vie, ce qui lui donne la possibilité d’investir dans
du gros matériel (tracteur, grue, tracteur à grumer...). Pendant des années, il
débarde la journée, charge les camions la nuit à destination de l’Italie et de
l’Espagne. Il déborde de travail.
Son métier va basculer en 1995, en forêt de
Tronçais où il débarde des chênes pour des entreprises de merrains destinés aux
Bordelais. Curieux de tout et intrigué par ce qu’il ne sait pas faire, il
rencontre, à La Guerche, un tonnelier qui lui dit : « Mon p’tit gars, ça
t’intéresse le travail ? Si tu veux, je te vends mon entreprise avec le
matériel ». Pierre rachète cette entreprise en 1996 et apprend à travailler le
merrain. Pendant 25 ans, il va travailler à façon pour des tonneliers bordelais
qui lui fournissent le chêne, matière première de son métier.
Pierre Chevry se
souvient de la crise de 2001 dans la région de Cognac. Les États-Unis boudaient
le Cognac et toutes les tonnelleries se sont retrouvées à l’arrêt. Les billes
de chêne restaient en attente dans la cour de l’entreprise. Puis le donneur
d’ordre bordelais demanda à Pierre de réfléchir à la possibilité de réaliser
des copeaux de chêne
de différents grammages destinés à être mélangés au vin afin de le fortifier en tanin.Pierre Chevry investira dans une trieuse et une broyeuse pour répondre à ce besoin.
P. D.
La Grenouille n°71 - avril 2026
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