Le chemin des Bœufs et les mottes féodales

Dans l’antiquité, à l’époque des Gaulois, de nombreuses voies traversaient la Gaule dans toutes les directions. Ces voies antiques servirent jusqu’au début du XIXe siècle aux marchands pour mener leurs troupeaux, surtout vers Paris (1).

Durant le Moyen-Âge (XIe au XIIIe siècles), existaient la route des moutons venant du Berry, la route des boeufs venant de Limoges, la route du sel, la route du poisson et les chemins des meuniers dans toutes les direc­tions... Tous ces chemins traversaient des domaines, des baronnies, des petits royaumes seigneuriaux...

À cette époque, les étendues boisées étaient beaucoup restreintes : il existait davantage de cultures, d’élevages et de surfaces de vignes. Le but des mottes était d’installer le pouvoir féodal sur les terres du seigneur et de se protéger en même temps des voleurs de grands chemins.

Le chemin des Bœufs et les mottes féodales à Cour-Cheverny
Il s’établit donc un équilibre social et consenti entre le seigneur et la population locale qui se partageaient le « gardiennage » de ces petits fortins en donnant du temps pour cette gestion du bien commun. Cette contrainte s’appelait « la corvée », un dû au seigneur qui s’engageait en échange à protéger les chemins.

Le tronçon du chemin des boeufs qui passe sur les communes de Cheverny et Cour-Cheverny s’étire depuis le lieudit Marçon (dans la forêt de Cheverny), à l’entrée de la Z. I. de Contres, jusqu’à Fontaines-en-Sologne. Il coupe la route du Chêne des Dames près duquel existe encore des restes de fossés qui marquent l’emplacement d’un ancien fortin en bois. En poursuivant vers le nord, au-delà de la route de Romorantin et Ingrande, nous arrivons au domaine du Gué-la-Guette, à la limite de Cour-Cheverny. La plaine en pâturage qui suit se nomme « le Paquis du roy » (1). C’était vrai­semblablement un lieu où s’arrêtaient les trou­peaux pour se reposer, manger et boire avant de reprendre leur chemin, sur la gauche, pour remonter vers Sérigny.

Le chemin des Bœufs et les mottes féodales à Cour-Cheverny
Ces lieux servaient l’organisation royale. Nous retrouvons, sur les hauts de Sérigny, entre le Rouvre et la chapelle du château, une motte féodale d’où l’on pouvait observer très loin. Le château de Sérigny que nous connaissons n’existait pas à cette époque. L’endroit est un point culminant de Cour-Cheverny. La protection, l’abri et le ravitaillement, ponc­tuaient régulièrement le pénible chemin de la transhumance lors duquel les bêtes comme les hommes étaient soumis à bien des périls.

Plus loin, en suivant toujours le chemin des boeufs vers le nord, après le carrefour de Fontaines-en-Sologne, aux Ogonnières, à 100 mètres, se distinguent trois chênes remar­quables de l’époque de François 1er. À l’op­posé, sur le chemin de Fontaines-en-Sologne, on y trouve une mare avec de nombreux chênes tétiaux (2), des fossés et une motte.

Le chemin des Bœufs et les mottes féodales à Cour-Cheverny
Il fallait plusieurs semaines pour rejoindre Paris et les troupeaux devaient souvent se reposer et s’engraisser avant d’être abattus par la corporation des bouchers de Paris. Plus tard, au XIXe siècle, on construisit les abattoirs de La Villette et de Vaugirard.

Le XIIIe siècle connaît une grande révolution agricole. La vie des paysans s’améliore avec l’augmentation de leurs surfaces de cultures. Auparavant, ils laissaient 50 % des surfaces en jachère. Désormais, ils n’en laisseront qu’un tiers. L’augmentation des productions qui s’ensuit améliore aussi les revenus des seigneurs. Progressivement, ils abandonnent l eurs châteaux en bois pour d’autres en pierre.

P. D.

(1) Paquis : type de pâturage situé autrefois dans les parties non labourées du terroir.

(2) Têtiau (ou têteau) : Voir «Les grandes heures de Cheverny et Cour-Cheverny en Loir-et-Cher... et nos petites histoires - Éditions Oxygène Cheverny ) novembre 2018 : page 234, le têteau de La Touche.

La Grenouille n°71 - avril 2026

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