Les
familles Hermelin sur Cheverny et Cour-Cheverny, avec plus de 300 personnes
recensées aujourd’hui, sont certainement avec les Cazin les plus nombreuses
dans nos communes.
Aussi loin que nous avons pu remonter l’histoire, c’est à dire vers
1720, tous les Hermelin étaient vignerons à Cour-Cheverny, à Cheverny et à
Cormeray.
Nous allons commencer l’histoire avec Louis Fortuné Hermelin, né en
1861. Il se marie avec Célestine Cazin (dite Hortense) en 1886. Le couple aura
trois enfants : Odette (née en 1891), Raoul (né en 1893) et Roland dit Paul (né
en 1911), le père de Jean-Paul. Ils s’installent au lieudit La Préale, à
Cour-Cheverny, pour exploiter la vigne, produire des céréales et élever du
bétail.
La vie de Fortuné avait commencé dans l’adversité avec le décès de sa
mère lors de l’accouchement de son frère en 1863. Il n’avait que deux ans. Le
second mariage de son père fut prolifique puisqu’arrivèrent onze demi-frères et
demi-soeurs (sept garçons et quatre filles).
Un malheur éclate dans la famille en 1919, lorsque la soeur de Paul,
Odette, meurt de la grippe espagnole deux jours après avoir mis au monde
Jacques. Le mari d’Odette meurt dix jours après sa femme. Ils laissent trois
orphelins qui seront gérés par les familles. Jacques est élévé par la
grand-mère Hortense avec son oncle Paul à La Préale, où il deviendra
agriculteur.
Paul (le père de Jean-Paul) fait son service militaire dans la
cavalerie. À son retour, il se marie en 1935 avec Louise Brillault (née en
1914). Louise avait grandi seule, son père étant mort dans les tranchées fin
1918. Sa mère se remarie avec Hubert Touchain et ils exploitent une ferme près
de La Préasle au lieudit Le Luth. La famille et les proches se rassemblent donc
autour de ces terres.
Paul et Louise ont une fille, Bernadette, née en 1936 (qui devint
madame Bernard Givierge).
En 1939, la guerre éclate et Paul, comme beaucoup d’autres Courchois,
reste prisonnier pendant cinq ans en Allemagne. Pendant cette période, c’est
Louise, son épouse, qui gère courageusement l’exploitation. L’entraide durant
la guerre, surtout en campagne, était de mise. Louise est beaucoup aidée par la
famille Menou. Jacques Menou, qui avait perdu ses parents de la grippe
espagnole, avait été élevé avec Paul par la grand-mère Hortense. Il était
devenu charcutier à Cour- Cheverny. À ce titre, il se rendait de ferme en ferme
tuer le cochon qu’il transformait en divers produits de charcuterie.
À son retour de captivité en 1945, Paul reprend du service à la ferme.
Jean-Paul naît en 1946.
Jean-Paul Hermelin
Jean-Paul Hermelin, né en 1946, est décédé en 2025. Il marque, tout au
long de sa vie, entouré de sa femme Danielle et de sa famille, un fort
engagement pour son métier. Travailleur acharné, il laisse à ses enfants le
fruit d’une vie de labeur et la culture des valeurs du terroir.
À cette époque, on ne va pas très loin pour trouver l’âme soeur, et
surtout pas en ville. C’est ainsi que Danielle, la soeur de Christian Daridan,
croisa Jean-Paul, peut-être un soir de bal ? Il faut se souvenir des bals à
Cour-Cheverny : au Café de Paris le dimanche après-midi, ou les bals sur
parquets de madame Martin « Moulins Rouges » place de la mairie qui accueillait
aussi les fêtes de Pentecôte avec ses auto-tamponneuses et les escarpolettes (1).
La jeunesse de Jean-Paul Hermelin
Elle commence à l’école primaire de Cour- Cheverny. Chez les Hermelin,
après la culture de la terre cohabite la culture de la musique. Patrice Duceau,
alors adolescent, se souvient avoir croisé Jean-Paul se rendant chez madame
Brunet (2) pour y prendre des cours de solfège. Patrice y venait, lui,
pour y suivre des cours d’anglais. Plus tard, Jean-Paul et sa trompette feront
partie de la Lyre de Cour- Cheverny.
Après l’obtention de son certificat d’études, Jean-Paul rejoint l’école
d’agriculture Augustin Thierry de Blois. À 18 ans (1964), il devance l’appel
avec l’espoir de partir en Allemagne dans une caserne où on pratique la
musique. Il ne partira pas en Allemagne mais se retrouvera muté à la musique
militaire de Tours.
De retour à la vie civile (1966), il rejoint le corps des pompiers
volontaires de Cour-Cheverny, dirigé par le capitaine Roger Duceau.

En 1968, Jean-Paul épouse Danielle Daridan. Le couple s’installe à la
Marigonnerie. À cette époque, Danielle travaille à la blanchisserie de son
oncle Roland Daridan, à côté des Bains-douches (3). En 1971 apparaît
Stéphane, le premier enfant du couple, puis Bertrand en 1974 et Fabienne en
1979. Danielle rejoint Jean-Paul pour accompagner ses idées novatrices visant
à améliorer la rentabilité de l’exploitation.
En 1976, Jean-Paul, avec l’aide de Danielle et de ses parents Paul et
Louise, plante les premiers fraisiers et se lance dans l’élevage des lapins.
Danielle s’occupait des 8 000 poulets label rouge dont le nombre se
renouvelait trois fois dans l’année, soit 24 000 poulets/an à nourrir, nettoyer
et charger la nuit avec les enfants dans les camions.
L’exploitation continuera à grandir en superficie céréalière.
L’élevage de lapins s’arrête quand Jean-Paul rachète les terres et les poulaillers
de son voisin. La production de fraises bat son plein et c’est la maman de
Louise qui commence la vente à la ferme.
Les enfants grandissent. Les week-ends et les vacances sont occupés
pour eux à la cueillette des fraises. Question loisirs, Jean-Paul interdisait
à Stéphane et à Bertrand de jouer au foot pour mieux se consacrer à la musique.
L’argument de Jean-Paul : « Toute sa vie on peut jouer de la musique alors
que l’on ne peut pas jouer au foot et courir bien des années »...
1985. Jean-Paul consacre du temps, depuis une dizaine d’années, à
l’organisation deL’aventure du Gaec commence en 1996 avec multiples fêtes qui
font la joie du monde rural Jean-Paul, Danielle et Stéphane, Bertrand le
dimanche : les concours de labours ou les fêtes des moissons
auxquels il est assidu et très
performant...
Il quitte la Lyre,
ayant fait son temps, mais y laisse Stéphane au saxo, Bertrand au tambour et Fabienne à la clarinette, après son apprentissage de cantinière (4). Le
virus de la musique achetaient la production aux enchères descen-étant très
présent chez Jean-Paul, il rejoint dantes (5) et livraient
ensuite à Rungis.alors les sonneurs de trompes locaux.
Stéphane Hermelin
Après
l’école d’agriculture d’Areines près de Vendôme, un BTS à Carcassonne, un service
militaire à Blois prolongé de 14 mois au service volontaire, Stéphane arrive en
1996 sur l’exploitation familiale (il a 25 ans). Il apporte des idées
novatrices à l’exploitation qui deviendra Gaec (groupement agricole
d’exploitations communes). Stéphane développe les céréales avec l’irrigation
et la culture des melons, courgettes et fraises. Il épouse Sophie Croissandeau
avec laquelle il a trois enfants : Antoine, Mathias et Étienne... et la musique
n’est toujours pas loin : Stéphane sera président de la Lyre de 2004 à 2014. La
famille y est aujourd’hui bien représentée avec Sophie et ses enfants Antoine
et Étienne.
Bertrand Hermelin
Bertrand suivra le même cursus d’études que son grand frère, d’abord
dans l’établissement professionnel de mécanique agricole Ampère à Vendôme,
puis au lycée agricole de Montpellier où il obtient un BTS en mécanique
agricole option machiniste.
En 2002, il se marie avec Hélène Lemaire. Ils ont deux enfants : Maëlle
et Johan.
Il rejoint l’exploitation familiale comme ouvrier en attendant que son
père Jean-Paul prenne sa retraite et modifie la structure en Gaec Hermelin
frères en 2006.
Fabienne, la soeur de Stéphane et Bertrand apparue en 1979, très
studieuse dans ses études, se destine au professorat d’histoire. Après sa
licence, elle rencontre Mathieu, fils d’un artisan de Montoire et se passionne
pour la fleuristerie une dizaine d’années avant de rejoindre l’entreprise de
son mari. Ils ont trois filles : Perrine, Élisa, Romane.
Le Gaec « Hermelin frères »
L’aventure du Gaec commence en 1996 avec Jean-Paul, Danielle et
Stéphane, Bertrand étant encore aux études.
Le projet était de développer deux ou trois hectares de fraisiers sur
quelques années pour participer, comme d’autres à cette époque, à la vente au
Cadran de Sologne à La Gaucherie. Les acheteurs, grossistes ou
semi-grossistes, achetaient la production aux enchères descendantes (5) et
livraient ensuite à Rungis.
Stéphane se souvient du début des années 2000 quand la production des
fraises se vendait avec difficulté et qu’il fallait de temps en temps pousser
la porte de la banque locale pour boucler les fins de mois...
En 1998, Bertrand est victime d'un grave accident de la route et reste
plus de 18 mois en convalescence. Une fois remis, il reprend ses études dans le
but de s’installer avec son frère et sa mère, Jean-Paul arrivant bientôt à la
retraite. Bertrand passe donc un BPREA (brevet professionnel responsable
d’entreprise agricole) pour adulte en un an au lycée agricole d’Areines.
Revenu à la ferme, la production battait son plein et il fallait la
vendre.
Le Gaec Hermelin se fit donc connaître sur toute la région en vendant
ses légumes et ses fruits en étant cinq ou six fois par semaine sur les marchés
des environs.
Dix ans après son démarrage (2006), le Gaec développe un atelier de maraîchage avec de nombreux tunnels « multi-chapelles » (6) pour produire des tomates, des melons, des courgettes, des salades... en plus des fraises. Le tout en gardant les 90 hectares de céréales et la production de poulets.
En 2024, le Gaec passe en SCEA (Sociétécivile d’exploitation agricole).
En 2026, la production de fraises est d’environ 45 tonnes/an (+/- 10% suivant les années).
En pleine saison sur l’exploitation en pleine terre, 35 personnes travaillent sous les tunnels. Produire plus mais surtout mieux n’est pas chose aisée. La renommée et le sérieux des deux frères leur ont permis de fidéliser les saisonniers depuis de longues années. Lorsque l’on aborde avec Stéphane le sujet du personnel, il évoque l’énormité du temps passé à remplir les formulaires de l’administration... Les travailleurs et surtout les travailleuses marocaines (le personnel est en majorité féminin) sont très sérieux. Ils arrivent du Maroc pour rejoindre la ferme de La Préale chaque année depuis des décennies de fin avril à fin août. Les deux frères se félicitent de cette main d’oeuvre fidèle et compétente.
À l’horizon arrive à pas feutrés Antoine, avec ses 27 ans, le fils aîné de Stéphane, en espérant que de nouvelles normes européennes et françaises ne se révèleront pas « hors sol »...

Danielle est très fière de son statut de grandmère avec ses huit petits enfants. Fini pour elle le temps de poulets, des lapins, des fraises et des courgettes. Aujourd’hui, elle aime rassembler ses « petits » le matin de bonne heure autour d’un café. Elle pourrait prétendre au label rouge d’une mamie mère poule...
P. D.
(1) Escarpolette : siège suspendu par des cordes et sur lequel on se place pour être balancé.
(2) Mme Brunet : épouse de Fernand Brunet, maire de Cour-Cheverny entre 1959-1970.
(3) Bains-douches : voir « Cheverny et Cour-Cheverny en Loir-et-Cher - à la poursuite de notre histoire » ; page 162 « Les Bains-douches ». Éditions Oxygène Cheverny - novembre 2022.
(4) Cantinière : dans l’histoire militaire, les cantinières ont accompagné les armées sur le champ de bataille, remplissant diverses missions pour les soins, l’intendance, l’alimentation, l’habillement, etc., y compris pour l’approvisionnement en eau-de-vie pour remonter le moral des troupes, contenue dans un tonnelet que les cantinières portaient en bandoulière. Nos fanfares actuelles ont souvent une lointaine origine militaire, et la tradition de la cantinière en début de défilé (comme le porte-drapeau) a été longtemps conservée et existe encore en certains endroits.
(5) Enchères descendantes : l’organisateur de la vente annonce un prix de départ élevé, puis l’abaisse par étapes, jusqu’à ce qu’un enchérisseur se déclare preneur.
(6) Tunnel multi-chapelles : serre multi-tunnels.
La Grenouille n°71 - avril 2026
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